Casablanca/Colloque : La poésie et le mysticisme s’invitent au Centre culturel Kamal Zebdi

L’Association Chatla pour la Culture et les Arts a organisé récemment un colloque sur la poésie et le mysticisme au Centre culturel Kamal Zebdi de Casablanca. Les intervenants ont souligné l’importance de la poésie et du mysticisme dans la quête de sens et de spiritualité. Animée par Karima Delyasse, poétesse et présidente de l’Association organisatrice, la rencontre a rassemblé des personnalités de renom telles que Salah Boussrif, poète et chercheur, Mohamed Allout, critique littéraire, Loubaba Laalej, poétesse et plasticienne, ainsi qu’Abdallah Cheikh, critique d’art et chercheur. Ces intervenants ont mis en avant le rôle fondamental de la poésie et du mysticisme dans la quête de sens et de spiritualité, en opposition à la superficialité du monde moderne. Karima Delyasse a expliqué les grandes lignes du colloque. Elle a mis en lumière les multiples facettes de la valorisation des expériences poétiques mystiques, démontrant ainsi que la poésie demeure un moyen privilégié pour exprimer les visions intérieures de l’âme humaine. Selon elle, «le poète et le mystique sont tous deux à la recherche du secret de l’absolu. Ils se préoccupent de creuser et d’explorer l’inconnu, en utilisant des symboles et des connotations spirituelles et émotionnelles pour plonger dans les secrets du moi et de l’absolu, à un point tel que la métaphore devient le point de convergence entre le discours poétique et le discours mystique. L’un des points de convergence les plus importants est le sentiment d’anxiété et d’aliénation entre le poète et le mystique. Tous deux sont étrangers à la réalité et à la société et vivent dans un état d’abnégation pour s’identifier aux objets, aux êtres et à l’univers et puiser l’énergie en eux-mêmes afin d’établir leur propre monde créatif et spirituel». Ce colloque a été introduit par la directrice du Centre culturel Kamal Zebdi, Asmaa Rifai, qui en a souligné les objectifs, aspirations et perspectives. «Nous avons décidé, avec nos partenaires de l’Association Chatla pour la Culture et les Arts, d’aborder le thème de la poésie et du mysticisme, en identifiant la relation entre le mysticisme et la littérature en général». Il s’agit d’une relation étroite, car les mystiques ont utilisé la poésie, le zajal et les aphorismes pour s’exprimer et exprimer leurs expériences de vie spirituelles et existentielles. Puis ils sont passés aux écrits créatifs modernes, et à la plasticité comme une forme d’art visuel expressif. De son côté, le chercheur Mohamed Allout a examiné, dans son intervention, l’expérience du poète Salah Boussrif dans ses recueils « Parle que je te vois» et « Le Porteur de miroir». « Le voyage symbolique est présent en tant qu’ancrage dans les traversées des miroirs, de l’extérieur du soi vers l’intérieur et de l’intérieur du soi vers l’extérieur du soi. De la conscience connue à l’inconscient inconnu. De son appartenance au sol de l’histoire à ses appartenances abstraites et symboliques à l’absolu humain. Dans ce parcours symbolique, l’essence du simulacre du narrateur se manifeste comme une voix qui efface l’effet de multiplication selon le processus d’effacement du reflet au profit d’un langage poétique plein de l’effet de la voix cosmique/multiple», a-t-il expliqué. Intervenant lors de ce colloque, Loubaba Laalej, poétesse et plasticienne, a souligné le lien entre poésie et mysticisme. L’auteure de l’ouvrage «Mysticité et Plasticité», a mentionné que la poésie, avec ses métaphores et ses symboles, peut permettre d’explorer des concepts spirituels et transcendants. «L’expérience mystique n’a pas de religion et n’appartient à personne ! Elle frappe à sa guise le croyant le dogmatique ou l’athée détachée de la religiosité, elle est souvent incomprise et traitée de dérive! Elle choque par le changement, l’étrangeté et l’inquiétude. Elle parle d’un intérieur et d’un extérieur fondus plutôt que confrontés. Elle sollicite l’énigme du mystère qui se passe de la voie et de tous les « ismes » et tout disparaît devant une seule et unique apparition sans forme ni structure comme l’émergence d’un cri primal « il n’y a de Créateur que Lui», a-t-elle indiqué à ce sujet. Et d’ajouter : «Dieu amour inconditionné suprême est le seul recours, point de salut hors lui. Caché vertical et entier, il touche toutes nos profondeurs ! La mysticité appelle le pur et le simple pour soulager du fardeau de la forme. Elle apprend à lâcher plutôt qu’à prendre, c’est une communion d’une dévotion intense!». Le critique d’art et chercheur Abdallah Cheikh a, quant à lui, a analysé la poésie mystique de manière approfondie, soulignant sa capacité à dépasser les limites entre visible et invisible, réel et spirituel. «Comme les soufis, Loubaba Laalej a des expériences subjectives qu’elle puise à sa source inépuisable, et vit ses mondes dans le langage de l’illumination, des luttes et des convictions intérieures, sans artifice, ni mode. Elle écoute profondément le moment présent (le présent) avec toutes ses révélations et ses manifestations dans le langage des métaphores, avec un engagement envers l’être humain avant tout, en dehors de tout dogme et de toute doctrine étroite, car l’être humain est l’essence du monde et sa raison d’être» a-t-il affirmé. Pour sa part, le poète et chercheur Salah Boussrif a indiqué que la langue telle qu’elle est représentée par le mystique, telle qu’il l’a créée, et telle qu’il s’y est immergé, telle qu’elle l’a immergé, est une langue de métaphore. Il énonce ainsi : «Le mysticisme, dans son ascension et les étapes qu’il franchit, est une langue métaphorique. Il passe d’un niveau à l’autre, d’une conscience à l’autre, non pas dans le sens de la conscience qui est le contraire de l’inconscience, mais la conscience mystique. Celle-ci est une intention, qui à son tour est une métaphore, une traversée, dans le sens de la métaphore dans toutes ses dérivations de passage, de chemin, de traversée, et même de pénétration du sensible, de l’opération de l’intuition et de l’imagination. Tout cela pour atteindre le moment d’illumination qui permet au mystique de cligner des yeux dans sa manifestation, de s’unir dans sa solitude et d’être caché par l’obscur».
Congo.« Lumière sous la canopée », nouveau recueil de poèmes signé Alain Psaume Bouithy

POESIE. L’auteur, poète et journaliste congolais Alain Psaume Bouithy publie son deuxième recueil de poèmes, « Lumière sous la canopée » (octobre 2023), après « Les fleurs du passé ont fleuri » paru en août 2019 aux éditions Edilivre (France). Composé de 23 textes poétiques, écrits en l’espace d’un mois, à Casablanca au Maroc où il vit depuis plusieurs années, le nouveau recueil offre une passionnante plongée poétique empreinte de spiritualité qui se distingue par son style inspiré, simple et d’une grande profondeur. L’auteur, connu pour ses critiques sociales, adopte dans son nouveau recueil un ton spirituel, invitant les lecteurs à chercher la face de Dieu à travers des écrits invitant à rechercher la face de Dieu. Du haut du ciel et de son trône, Le Père que tu as tant loué T’offre une vie nouvelle Empreinte de piété Loin de ce monde aux abois En quête perpétuelle de repères(…) Un tisseur de mots ancré dans les valeurs et la simplicité Alain Psaume Bouithy propose un voyage dans un monde où l’amour, la confiance, la patience, la volonté et la foi se côtoient et élèvent l’Homme. Un monde où les mots sont comparés à des graines destinées à germer dans les cœurs des lecteurs. Lorsque tu franchiras les marches du Grand Jardin Tes ennemis reconnaîtront en toi le zélé Qui a trouvé refuge sous les ailes D’un Père protecteur et généreux Veillant sur les enfants et les justes (…) Ce périple nous invite en quelque sorte à sortir de nos cancans, doutes et à nous démarquer du monde dans lequel nous vivons et qui ne nous réussit point. Le poète appelle par ailleurs à un changement, une évolution Le temps des bustes est passé Il rejoint dans les abîmes Celui des sirènes Et de la race des fougueux (…) Journaliste au sein de la rédaction du quotidien marocain Libération, Alain Psaume Bouithy a successivement exercé les fonctions de responsable des rubriques culture, monde, société et économie. Son recueil de poésie est disponible en ligne sur Amazon (format kindle). Patricia Engali
POESIE CONGOLAISE. Les morsures obscures (1) : de la poésie à la « proésie »

Les morsures obscures est un recueil de poésie, qui, par son style apparait comme la continuité du précédent ouvrage de l’auteur intitulé L’appel du Kilimandjaro. Les morsures obscures, un recueil d’une quarantaine de textes qui se fondent sur l’image de la femme dans plusieurs dimensions, sur l’homme dans sa situation sociale et sociétale qui parfois est à la recherche d’un ailleurs meilleur ; s’y remarque aussi le poète dans l’antre de la philosophie. Bien sûr que d’autres pistes pourraient être exploitées par la critique car comme l’écrivait Georges Pompidou dans son Anthologie de la poésie française publiée en 1961 chez Hachette, nous citons : « Si l’art des vers me parait difficile et sans doute le premier de tous, c’est parce que le poète prend un risque redoutable : délibérément, il fait profession de prétendre à ce que les autres peuvent n’atteindre que de surcroit ». Et c’est ce risque que prend aussi le critique pour analyser l’œuvre d’un poète en insistant que sur quelques textes qu’il juge pertinents ; certains d’entre eux s’appelant les uns les autres, analyser tous les textes d’un recueil emmène souvent à une tautologie manifeste. Le poète et l’image de la femme Difficile de parcourir une œuvre poétique, et même littéraire, sans percevoir l’image de la femme. Aussi, Les morsures obscures de Julien Makaya Ndzoundou n’échappent pas à cette règle. Et c’est sa mère qu’il met en évidence en lui rappelant, dans un premier temps, sa venue au monde : « Je suis le fruit de tes entrailles Je suis venu au monde à l’aube sans entraves » (p.19) Et cet amour de l’homme pour sa mère qui se consolide avec le temps devient une dette incommensurable pour le poète dans l’âge avancé de leur existence : « Je ne pourrai jamais payer cette dette De tes leçons quotidiennes pour façonner ma tête (…) Chère mère ! Ton voyage vers la vieillesse Te rapproche de nos ancêtres et excite ma tristesse Savoir que tu n’es pas éternelle engendre le stress J’admire tes rides et tes mirifiques tresses » (p.19) Le regard du poète sur la femme se révèle aussi dans son adresse à une grande figure noire, Christiane Taubira, pour chanter la fierté de sa noirceur, comme pour demander aux femmes africaines d’être fières de leur peau que certaines d’entre elles torpillent par un blanchiment regrettable ; et cela se remarque dans le poème « L’hymne de la fierté » où l’auteur clame son africanité et sa fierté d’être noir : « Je suis très beau Grâce à la couleur de ma peau (…) Je vis au sud du Sahara Territoire de la Reine de Saba » (p.21). Contrairement à certains poèmes de ses autres recueils qui font l’apologie de l’amour lyrique, dans Les morsures obscures, se développe l’obscurité de la femme. Cette dernière devient un porte-malheur de l’homme. Dans le poème « Douleurs du cœur », elle porte en elle une foultitude d’épithètes, créant une succession de « vers-mot », en majorité négatifs que nous dévoile le poète : « Que vaut la vie d’un homme Devant une femme Terrible Insensible Répréhensible Timide Intrépide Incivile Difficile Impudique Cyclothymique Hystérique Incivique Déplorable Condamnable Blâmable Punissable Critiquable Méprisable Elle ne vaut que Douleurs du cœur » (p.32) Et c’est à travers le poème « Le Judas intemporel » que l’auteur revisite le portrait moral de la femme pour déceler un autre caractère on ne peut plus insupportable de celle-ci : « Elle reste rebelle et préfère les choses à l’envers Elle ne changera pas sa nature, malgré les veillées de prière Elle restera mauvaise tout au long de sa carrière sur terre » (p.33) Et même quand s’annonce l’amour idyllique dans ce recueil, la femme est toujours l’émanation des douleurs de l’homme : « J’ai perdu l’amour Mon amour de toujours Qui me considère aujourd’hui comme un fou Privé de ressources, je ne suis plus à son goût » (p.54). L’homme vu par le poète à travers le social et le sociétal Dans Les morsures obscures, le bonheur de l’homme semble être mis en cause. Et le sous-titre de « les funérailles du bonheur » donné à l’ouvrage apparait comme le signe annonciateur des difficultés de l’homme dans la société. Ce dernier, pour le poète, n’est que poussière de vie comme il le signifie dans le poème éponyme à la page 58 : « Tout est éphémère Tout est précaire (…) Profite de l’amour dans tous les vestiaires Bon retour dans la termitière Sur cette terre, tu n’es qu’un vacataire ». Et cette idée d’impuissance de l’homme dans la société se poursuit dans le poème « La vanité » qui rappelle à l’homme sa petitesse sociale et sociétale sur cette terre : « Humain ! Cultive l’humilité et la charité Ne convoque pas l’altérité Pour vanter ta supériorité Car vanité des vanités, tout est vanité » (p.59). Cette impuissance de l’homme dans la société le pousse à s’abriter dans le rêve d’un ailleurs meilleur à travers le cri d’angoisse lancé par les jeunes du continent qui préfèrent affronter les dangers de la Méditerrané. Et le poète de nous rappeler ce cri de détresse d’un jeune Africain : « Les gouvernants ont tourné le dos à l’excellence Mon destin est immolé sur l’autel de l’incompétence C’est pour cela que j’irai mourir en Méditerrané Après avoir avalé le Ténéré sous mes pieds » (p.38) Pour les candidats à l’immigration, il n y a aucun espoir, aucun futur dans leur pays. La recherche de cette quiétude loin du pays déclenche chez l’auteur un souvenir des supplices de la guerre qu’a connue son pays. Comment ne pas penser à la recherche d’un ailleurs paisible devant ce sombre tableau de la bêtise humaine. Voici ce que dit le poète : « Il faut partir ! Partir, pour ne plus voir ces kalachnikovs distribuées à des bambins, pour défendre la tribu, l’ethnie ou le pouvoir, privatisé par une bande d’aventuriers » (p.22). Mais, de la société et de l’histoire de son pays et du continent, le poète constate qu’il y a eu des hommes qui ont eu une dimension politique au cours de leur vie. Il fait un rêve qui, paradoxalement est en porte-à-faux avec les réalités sociopolitiques du continent. Hélas ! : « Je rêve d’une Afrique où le culte du fric ne
LITTERATURE CONGOLAISE. Quand la femme chante l’amour en poésie

Une pierre précieuse sur l’île de Virginie (1) : un chant d’amour multidimensionnel Une poésie d’amour sans fausses hontes, un chant déclaré par une femme à son amour. Un véritable amour dont elle semble être prisonnière tout en demandant à son homme de la chérir, de l’adorer, d’être une pierre précieuse pour le bonheur de leur destin. Ce chant d’amour donne une autre dimension à la femme qui se dévoile dans la lumière qui éclaire un certain homme qu’elle appelle nommément par Pierre qui, curieusement rime avec une pierre qui lui est précieuse. Et dans ses vingt huit textes qui constituent ses envolées lyriques, se reflète l’amour de la poétesse pour son homme, pour sa mère et sa grand-mère. S’y découvrent aussi deux poèmes qui chantent l’amour du pays natal. Une pierre précieuse sur l’île de Virginie, une poésie qui navigue dans le bonheur, loin des douleurs, des larmes de tristesse provoquées paradoxalement l’amour, à certains moments. Une femme au cœur de l’homme aimé La foi en amour devient pour la poétesse une sorte de religion qui fait de son homme aimé une espèce de Christ, un amour indélébile dans le cœur de l’homme. Se dégage dans la majorité des textes, le bonheur d’aimer et d’être aimée. Dans ce recueil, certains textes s’appellent les uns les autres, créant ainsi une isotopie de l’amour exponentiel d’une femme pour son homme. Un amour qui parfois sème le doute : « L’amour est une chose extrêmement sérieuse / C’est pourquoi j’ai toujours eu peur de tomber amoureuse » (p.36). Mais pour Virginie Ngolo Awé, les frontières de l’amour pour son homme ont été détruites par le destin. Elle a décidé d’aimer l’homme qu’elle estime et qui doit être l’homme de sa vie ; une sorte d’engagement : « Quand je m’engage, c’est sans partage / Quand je m’engage, c’est pour l’éternité » (p.26). D’abord exprimé implicitement à travers le bestiaire avec l’image du colibri : « Gentil colibri / (…) Sois mon ami / Fais de moi ton abri » (p.27), image où s’exprime la beauté de l’amour à travers cet oiseau enchanteur, la poétesse se dévoile ouvertement à partir du texte intitulé « Ma pierre précieuse » ; un texte qui exprime le bonheur de la poétesse d’avoir rencontré la perle rare, un certain homme qui se prénomme Pierre : « La Divine Providence / A voulu qu’on t’appelât Pierre / Pierre Ngolo, l’élu de mon cœur : Ma pierre d’amour / ma pierre pour toujours » (p.30). Aussi, l’homme aimé dévoilé au grand jour devient en quelque sorte le nerf directeur de l’amour qu’exprime la poétesse à son Pierre, une pierre précieuse. Pierre : l’homme-vie de la poétesse En parcourant ce recueil, tout homme se sentirait heureux d’être à la place de ce Pierre que la femme adore, aime, adule et estime de toute son âme, de toute sa clairvoyance. Cet homme qui, par coïncidence, se prénomme Pierre, apparait ici comme une pierre précieuse pour la poétesse, à l’instar d’un morceau de diamant qui illustre la couverture de l’ouvrage.. L’amour est une épreuve difficile à affronter ; mais l’auteure a su quand même le contenir pour l’être aimé : « Je suis amoureuse / Et je suis heureuse / Car à l’épreuve du temps / Nombre d’amours s’émoussent / Comme de la mousse » (p.31). Dans ce recueil, la poétesse s’interroge sur l’homme en ce qui concerne ses qualités avant de mettre en exergue l’homme parfait qu’est son Pierre : « Existe-t-il un homme parfait ? / (…) Existe-t-il une pierre / Plus précieuse que les autres / (…) Que ma pierre à moi, oui / (…) C’est un diamant d’homme / Un homme parfait, mon Pierre Ngolo » (pp. 35-36). Et à tout moment, l’image de cet homme reste accroché à son cœur comme on peut le remarquer dans « Amour lunaire » quand on peut lire : « Pays des roses et d’Eros / Où moi Virginie, jument de Vénus / J’ai succombé à Pierre, étalon d’Apollon » (p.40). Aussi, dans « Mon précieux », elle écrit « Si j’avais été un gnome ? / À toi, Pierre Ngolo, j’aurai offert / Les plus belles pierres » (p.49) ; dans « Merci infiniment », elle clame : « Merci Pierre pour la pureté / La douceur et la force incontestable de ton amour » (p.51) et dans « Sur cette pierre, j’ai bâti ma maison », elle récidive : « Mon amour s’appelle Pierre / Et sur cette pierre j’ai bâti ma maison »(p.59), la poétesse clame aux yeux du monde l’attachement qu’elle a pour son homme. Un amour permanent et constant qui n’a pas subi les turpitudes du destin comme on le remarque souvent pour certains tourtereaux : « De mes émotions déchaînées / Dégoulinent de ma plume / Pour traduire la constance de mes sentiments / À l’endroit de mon Prince charmant / Après toutes ces années, rien n’a changé ; / Car en amour / Rien n’est plus important que la constance » (p.39). Malgré l’amour qui la lie à son homme, amour qui a enflammé et qui enflamme encore son cœur, la poétesse n’oublie pas ses parents et son pays natal qui occupent aussi une partie de son cœur. Mère et grand-mère dans le pays natal Même si on aime follement son homme ou sa femme, on ne peut oublier le cordon ombilical qui nous lie à une autre femme-mère. Aussi, se réveille en nous l’amour maternel. Et Virginie Ngolo Awé ne fait pas exception. C’est d’abord à sa maman qu’elle exprime son amour : « Mère Michou / (…) J’écris ces mots pour te dire / Et te redire encore que je t’aime infiniment » (p.69). Mais cette femme qui est sa mère aussi a, à son tour, une mère. Peut-on aimer sa mère sans penser à sa grand-mère ? Impossible pour notre auteure. Elle exprime son attachement à la mère de sa mère dans « La femme à la main garnie » quand elle s’exclame : « La générosité, le respect et l’amour du / prochain sont des qualités que j’ai héritées de : cette femme au grand cœur, ma grand-mère » (p.74). De cet amour que la poétesse a pour sa mère et sa grand-mère se réveille celui de son Congo natal. Et le sentiment d’appartenir à un terroir se lit
LITTERATURE CONGOLAISE. Sanglots pour Loango (1) : Une poésie de Florent Sogni Zaou

Au pays de Tchicaya U Tam’Si et de Tati Loutard, continuent à germer sur les vagues de l’océan Atlantique quelques « poèmes de la mer ». Et l’écrivain Florent Sogni Zaou nous invite à partager avec lui le triste destin de ce bout de son terroir et de l’accompagner dans ses « sanglots pour son village Loango ». Une cinquantaine de textes constitue Sanglots pour Loango. Des textes qui s’appellent les uns les autres sous le ciel du village de Loango dont le regard se voit fixé sur la mer qui accompagne son destin. La mer, mère de Loango se révèle triste, sanglotant à cause des voyages sans retour de ses enfants vers un ailleurs incertain. Sanglots pour Loango, une poésie où s’expriment la douleur et la tristesse d’un enfant de la mer. Evocation de la mer sur fond de tristesse avec un petit bonheur Tout poète en général, et surtout ceux du côté de l’Atlantique, ne peut s’empêcher de chanter la mer dans tous ses paramètres aquatiques, mythiques et mythologiques. Sanglots pour Loango nous fait revivre le côté lugubre et triste des « poèmes de la mer » de Tati Loutard (2) où l’évocation des parents déportés est manifeste. Déjà dans « De sang dans le cœur », les enfants partis de l’autre côté de l’océan est manifeste : « Le cœur a bu le sang / L’enfant que j’ai envoyé / À la mer / Est rentré les mains vides » (p.19). Un retour stérile de l’enfant dont le poète, accepte malgré lui, de vivre le triste sentiment d’un aller sans retour : « Sur les rivages / Les femmes en pleurs / Attendent des visages qu’elles ne reverront plus » (p.25). Avec Sogni Zaou, la mer semble être en complicité avec l’envahisseur étranger dans la déportation de ses ancêtres de Loango. Aussi trouve-t-il inacceptable le mariage entre la mer et les négriers : « Sur la terre ferme l’effroi / Les négriers ont pris pied / La rafle / La terreur enflamme / L’œil du négrillon / Qu’on prend à la gorge » (p.38). On se retrouve dans le village de Loango, jadis un paradis, qui s’est transformé en enfer avec la déportation. Et revient dans le subconscient du poète ce voyage sans retour de ses arrières grands-parents : « Loango / C’était autrefois fête sans fin / (…) Jetés à fonds de cales des négriers / Tes enfants plus jamais ne reverront / Ton sourire à l’aurore » (p.39). Chaque poème qui se fonde sur l’aquatique marin appelle toujours l’image de Loango sur laquelle le lecteur revoit, dans le rétroviseur du passé, la mer comme une sépulture. Aussi, le poète ne peut s’empêcher de remémorer ses parents jadis victimes de la déportation : « J’ai levé les bras vers le ciel / Pour grandir plus que la mer / Qui m’attirait vers ses profondeurs / Où dorment tant des miens » (p.58). Mais cette tragédie, qui se révèle presque dans tous les textes du recueil où le poète marie la mer au voyage sans retour de ses parents, nous annonce paradoxalement une lumière d’espoir. Dans « Chanson d’espoir », malgré la tragédie de Loango, le poète croit à un espoir certain qui l’empêche de pleurer. Aussi préfère-t-il danser pour manifester l’espoir qui l’habite : « Le soleil de Loango de nouveau fera refleurir l’aube / (…) Je ne pleure plus / Sur la ligne de l’océan / À longueur de journée je danse » (p.61). Et sur la frontière entre la mer et l’océan, l’auteur nous signifie son regard de poète. Nous remarquons qu’avec la mer, le poète nous pousse à la tristesse, au malheur du voyage sans retour de ses parents tandis qu’avec l’océan dans « Chanson à l’espoir », il nous fait revivre le bonheur de Loango : « Sur la ligne de l’océan / À longueur de journée je danse » (p.61). Mais en remontant le temps, on peut revivre le bonheur de Loango à travers l’image maternelle du poète : « Ma mère m’a dit / (…) Loango c »était autrefois citadelle / De la grâce et du sourire » (p.36). Ce bonheur se répète aussi à travers les souvenirs paternels : « Mon père me l’a dit (…) Loango c’était autrefois citadelle / De la grâce et du sourire » (p.36). Le thème de la mort dans Sanglots pour Loango À l’évocation de la tristesse du poète, se greffe la mort qui accompagne les déportés de Loango, sentiment sombre qui ne quitte pas son imaginaire. L’annonce d’un voyage sans retour au-delà de la mer se traduit généralement par la mort : « Ô citadelle mienne partie dans l’orage / Plus donc je ne te reverrai » (p.21). Dans le poème « Le bruit des morts », Sogni Zaou nous fait vivre l’horreur à travers le triptyque « bateaux – vagues – négriers », comme on peut le lire ci-après : « Le bruit des morts / Le tangage des bateaux / Le mugissement sourd des vagues / Le bal des négriers » (p.38). Cette évocation de la mort revient plus loin dans « La mort descend dans les cales », un poème qui exprime douleur et tristesse : « Dans la cale froide des bateaux [où] / Les enfants de Loango ont trouvé leur sépulcre » (p.54). L’image de la femme Souvent chantée par les poètes, la femme dans Sanglots pour Loango est timidement évoquée par l’auteur. Sa mère accompagne l’évocation de son village : « Loango je me souviens / Ma mère me l’a dit » (p.26). Dans « Loango, le pays de ma mère » on peut lire : « Loango / Le pays de ma mère / Et le mien / Tes fils entassés dans de gros filets » (p.37). La femme chez le poète, c’est aussi l’être idyllique comme on peut le constater dans le poème « Adieu la chanson » quand il exprime une déprime amoureuse : « La pluie s’est fait attendre / Adieu l’amour / Et le chant de l’aimée » (p.41). Loango : mer et végétation Loango, un village au bord de l’océan qui ne peut échapper à la présence de
Littérature : Jean Pierre Heyko-Lekoba dans la l’arène de la poésie

«Jean Pierre Heyko-Lekoba se donne la mission de redire les mots anciens, dans le dessein de reconstruire, restituer, perpétuer et faire connaître au plus grand nombre la mémoire des siens», écrit le professeur Mukala Kadima Nzuji dans la préface du recueil de poèmes, Ainsi faite, la vie, de Jean Pierre Heyko-Lekoba, sorti des ateliers des éditions Acoria, à Paris en France. L’auteur ouvre son premier de poèmes recueil par des remerciements à ses frères et sœurs et particulièrement à son grand-père Walangoye, qui lui a appris toute la richesse des traditions de ses origines mbéré. Pour le préfacier par contre, la poésie dans la production littéraire de Jean Pierre Heyko-Lekoba apparaît comme l’autre versant d’une passion vécue intensément. Il aborde également l’affection irrésistible du poète pour son pays. Cette affection qui l’amène à célébrer sa culture dans sa diversité, la passion, à retracer son histoire jalonnée de luttes, de défaites et de victoires et à engranger sa mémoire de légendes et de mythes de temps nouveaux. Mukala Kadima Nzuji estime que les poèmes d’Ainsi faite, la vie s’inscrivent dans les registres de la lamentation, de l’imprécation et de l’exhortation. Dans Liminaire, Heyko-Lekoba vient comme pour appuyer les affirmations du professeur Mukala Kadima Nzuji lorsqu’il parle de l’amour du poète pour son pays. L’auteur y avoue cet amour pour son pays. Il y affirme avoir foi en l’avenir de son pays. Cela l’aide à nommer les choses telle qu’elles sont. «Depuis, j’use les mots pour tenter d’écrire. Pour tenter de décrire les lieux que j’habite, les lieux qui m’habitent. Pour espérer témoigner de ce qui est, de ce qui n’est pas. J’use les mots tout en étant conscient de ma profonde ignorance, de mes lacunes et de mes faiblesses d’homme», souligne l’auteur à la fin de son liminaire. Le corps d’Ainsi faite, la vie Le recueil de poèmes de Heyko-Lekoba repose sur 58 pages et deux parties distinctes respectivement intitulées, L’épaisseur des jours et Dans les plis du temps. La première partie compte quatorze poèmes et la seconde en comprend huit. /Un jour comme un autre/occupations habituelles/jour de repos/jour de prières/matin ensoleillé/ruelles encombrées/Quand soudain : mindoki/cris déchirants/cris d’horreurs/cris de peurs : tokoufi, bokima/ sont quelques vers du premier poème, Jours d’avant. Dans ce poème, l’auteur revient sur la triste journée terriblement douloureuse et meurtrière du 4 mars 2012 avec cette déflagration qui avait précipité de centaines de personnes dans la mort. /Ce jour-là/Sans prévenir/Des vies se sont vêtues d’absurde/Et nos parcelles en habits de deuil/, écrit-t-il dans le second poème intitulé, Jours d’avant-II. La postface titrée «Lettre à Jean Pierre Heyko-Lekoba», porte la signature de Gabriel Mwéné Okoundji. «Jean Pierre Heyko-Lekoba ! Toute raison de vivre est dans ce nom. Toi, petit fils de Walangoye élevé dans l’olèbè. Tu vois le ciel tu me montres et tu le nommes au bout de tes doigts. Tel est le sentier des origines», dit-il. Gabriel Mwéné Okoundji rend ainsi un hommage très appuyé à son aîné Heyko-Lekoba à qui il dit encore : «Toi Lekoba, Heyko-Lekoba, souffle encore sur nous la flamme de Walangoye un éclair viendra en étincelle de promesses ! Il aura goût de l’okoula-nkala notre sel doux corsé ah ce ciel ! Combien d’entre nous désormais le savourent ?» Cette question de Gabriel Mwéné Okoundji reste ouverte. Combien d’entre nous désormais le savourent ? Jean Pierre Heyko-Lekoba est l’auteur de deux récits et de trois essais. Tous ses livres ont pour toile de fonds son pays, le Congo, qu’il n’a de cesse de convoquer et de plaider pour bâtir sa mémoire d’homme, infiniment mêlée à celle de sa patrie, la mémoire de l’âme congolaise, lit-on sur la quatrième de couverture. Toutefois, le recueil de poèmes de Heyko-Lekoba est un hymne à l’amour pour son pays, le Congo malgré les moments sombres. Florent Sogni Zaou
POESIE. Bruits des lendemains (1) de Gaëtan Ngoua

Bruits des lendemains qui se remarque par sa spécificité métaphorique, nous rappelle, à certains moments, quelques reflets imagés des précurseurs de la poésie congolaise.
ABDELLATIF LAABI De la poésie à la peinture

Le poète et écrivain marocain Abdellatif Laabi expose ses œuvres pour la première fois du 23 novembre au 21 décembre à la Matisse Art Gallery de Marrakech. L’auteur de « J’atteste » ou de « Les petites i certitudes » dévoile son talent pour la peinture à travers des toiles qui lui ressemblent, et qui sont le reflet de son parcours littéraires. « « J’ai écrit quelque part que l’homme (l’être humain) n’arrête pas de naître à lui-même. Ce n’est que peu à peu que se révèlent à lui ses différents moi, les multiples facettes de sa propre énigme. Ce sont les coups du sort, les rencontres, les passions vécues, les périls affrontés, les combats menés (j’ajouterai, me concernant, le rôle des livres et des œuvres d’art) qui nous permettent de découvrir à un moment donné de notre parcours l’une ou l’autre de ces facettes jusqu’alors insoupçonnée. C’est ce qui s’est passé pour moi avec la peinture », explique l’écrivain poète qui revient sur son histoire avec la peinture. Celui qui a côtoyé les plus grands peintres et a même souvent écrit des textes sur leurs œuvres, se sent épris d’une envie de peindre il y a 10 ans. « j’ai gribouillé sur une feuille de papier ordinaire un premier dessin. Bien vite, je passais au papier à dessin, puis à la toile. En un laps de temps très court, je me suis retrouvé en train de peindre, quand je le pouvais, chaque jour pendant plusieurs heures », continue Abdellatif Laabi qui remplace l’alchimie des mots par l’alchimie des couleurs. L’auteur choisit la Matisse Art Gallery de Marrakech pour s’exposer ce 21 novembre. « Je ne fais pas donc pas d’infidélité à la poésie quand je peins. Je la célèbre par un autre moyen qui invite les mots à prendre un repos mérité, à se plonger, ne serait-ce qu’un temps, dans la beauté du silence» Mahi Binebine: « Devant ces toiles, on cherche sans le savoir des secrets cachés dans ce noir où pleins et déliés se croisent sans se toucher tel un vol d’étourneaux. On entre comme par inadvertance dans le chaos où des silhouettes se côtoient, se percutent sans se fracasser, et qui finissent par cohabiter. Dans l’harmonie des contraires s’enchaînent le noir et le blanc dans une immense farandole devant des ombres figées et comme sommées de ne pas bouger pour laisser place à un monde meilleur. Abdellatif Laâbi nous entrouvre un monde gouverné par la poésie et la peinture, son monde à lui, tendre, généreux, humain. » Vernissage le 23 novembre à 19h L’exposition se poursuit jusqu’au 21 décembre Matisse Art Gallery, Marrakech. Avec CP