Gabriel Mwéné Okoundji : «La terre congolaise est fertile en création littéraire et artistique»

Gabriel Mwéné Okoundji : «La terre congolaise est fertile en création littéraire et artistique»

L’institut français du Congo a rendu, le 31 janvier 2020 à Brazzaville, un hommage particulier au poète congolais, Gabriel Mwéné Okoundji. Le poète a échangé avec la rédaction de pagesAfrik.info. PagesAfrik.info : Comment avez-vous vécu l’ambiance qui a prévalu lors de l’hommage qui vous été rendu dans votre pays ?   Gabriel Mwéné Okoundji : Il faut d’abord dire que cet hommage qui m’a été rendu dans mon pays natal est l’œuvre de l’Institut français du Congo qui m’a invité. Ce n’est pas mon pays qui m’a fait venir pour passer ces moments que j’ai vécus mais qu’importe, je me suis retrouvé sur mon sol du Congo et sur ma terre de naissance sur la place de Brazzaville.  Je crois que ce sera pour moi des moments qui marqueront pendant longtemps ma mémoire. Je ne sais pas si c’est la joie, je ne sais pas si c’est l’émerveillement, mais cela m’a redonné ma dimension d’être au monde. Cette part nécessaire qui permet de croire en des lendemains encore possibles.  Ces moments m’ont permis de confirmer un tout petit peu que je suis sur une terre qui sait recevoir puisqu’autour de moi, il y a eu des compagnons en écritures. Ils étaient nombreux. Je crains d’oublier certains si je prends le risque de les citer. Je crois qu’ils se reconnaîtront.  Je porte ce qui m’est arrivé à Brazzaville comme une offrande. C’est une offrande qui m’a été faite dans mon existence. J’étais arrivé à un carrefour où je me posais pas mal de questions par rapport à cette littérature. Ce qui est arrivé par les hasards de l’existence où madame Marie Audigier, directrice déléguée de l’Institut français du Congo, a beaucoup insisté pour que je revienne sur cette terre et m’a ouvert la porte.        pagesAfrik.info : Pourquoi avoir donné autant de considération à la danse folklorique et à la langue maternelle alors que tout se passait à l’Institut français du Congo ?   Gabriel Mwéné Okoundji : Tout homme sur terre doit avoir une case. La case que nous portons en nous et avec laquelle on peut se déplacer, s’appelle la langue. J’ai écrit quelque part, que la langue est notre case et chaque homme doit posséder sa propre case. Je reviens chez moi, invité par l’IFC et je leur ai dit que j’allais donner le meilleur de moi-même.  J’ai réuni plusieurs façades consacrées aux créateurs de spectacles de Brazzaville tel que Stan Matingou, Arsène Mbemba et Arsène Ndala et son groupe qui ont montré la créativité sur la place de Brazzaville. Le second moment, c’était la rencontre avec les écrivains et particulièrement ceux de Pointe-Noire parce que tout congolais ou tous ceux qui s’intéressent à la littérature congolaise savent que Pointe-Noire est la source, c’est le commencement et le fondement de la littérature congolaise.  Nos pères de la littérature congolaise viennent de Pointe-Noire. Un des porteurs de la littérature congolaise, africaine et même au-delà, vient de Pointe-Noire, je fais allusion à Alain Mabanckou. Il était pour moi nécessaire que ces écrivains fassent partie de cette fête. Enfin, j’ai convoqué la source de ma case à moi qui est celle de ma langue maternelle pour m’exprimer sur la place de Brazzaville. J’ai voulu ainsi révéler la source de ce que j’écris.  Etre avec eux était aussi une manière de m’exposer. Certains qui croyaient que ce que j’écris n’a aucun sous-bassement ont vue à travers ces danses et cette judicature, ont vu comment se passe le jugement de façon ancestrale. Cette judicature ancestrale qui a permis de voir que ce que j’écris ne sort pas du néant. Il ne s’agit pas seulement de calquer une langue sur une autre, mais sortir de quelque chose de profond et qui mérite d’être déterré et de faire surgir des tréfonds de l’âme congolaise pour le partager avec le reste du monde. pagesAfrik.info : Quelle lecture faites-vous de la culture congolaise et de sa littérature en particulier ?   Gabriel Mwéné Okoundji : La littéraire congolaise. On est toujours surpris de voir la considération dont bénéficie cette littérature lorsqu’on est à l’extérieur du pays. Les congolais sont respectés de partout. Le peu de pays que j’ai parcouru, c’est toujours comme une confirmation lorsqu’on dit que c’est un poète venant du Congo.  La terre congolaise est fertile en création littéraire et artistique. Tel est mon regard sur la littérature. Je me tournerai vers ceux qui sont censés parce qu’il n’y a pas d’activités culturelles et artistiques sans le politique. Le politique chez nous, a démissionné il y a longtemps des missions qui sont les siennes. On ne peut pas comprendre qu’il n’y ait eu aucun représentant du ministère de la culture à une telle activité. Cela montre  à quel point les politiques ont déserté l’arène culturelle. C’est pourquoi nous devons leur signifier que nous sommes là, non pas pour eux mais il faut qu’ils nous entendent pour que les écrivains qui portent l’âme d’un pays puissent connaître leur apogée. L’autre chose, c’est l’inflation littéraire qu’il y a sur la place du Congo, c’est que nous publions énormément. Il ne s’agit pas pour moi d’indexer quiconque ou d’interdire à qui que ce soit de publier. J’aurais souhaité que ce que nous publions puisse avoir une valence bien inscrite en prenant le temps de relire le texte, de le retravailler pour que ces  publications ne soient pas des feux de paille.  Il y a des aînés qui pourront porter cette jeune créativité pour mieux la consolider et l’inscrire dans le sol congolais. Ce que je regrette un peu, ce pays est peut être un mal nécessaire, ou c’est peut-être la rançon de la gloire mais un pays où la fameuse phratrie congolaise s’est éclatée en mini phratries, en des divisions, en de mini camps, en petits départements. Ce qui fait que cela apporte le tort à notre créativité. pagesAfrik.info : Quel est l’idéal que vous souhaitiez partager avec la communauté littéraire à travers la publication de l’anthologie « Ecrire à Pointe-Noire ?» Gabriel Mwéné Okoundji : «Ecrire à Pointe-Noire» a été une très bonne  expérience. Je dis que ce n’était pas quelque chose comme ça. D’abord, je ne savais pas qui j’allais rencontrer à Pointe-Noire lorsque j’y vais.

Livre : Les écrivains de Pointe-Noire à Brazzaville pour l’anthologie « Ecrire à Pointe-Noire »

Livre : Les écrivains de Pointe-Noire à Brazzaville pour l’anthologie « Ecrire à Pointe-Noire »

«Fruit d’une rencontre au sein de la phratrie congolaise, cette anthologie met en commun, au-delà des clivages de genres, les témoignages que portent sur leur pays et leur environnement les écrivains, les poètes et les conteurs vivant sur le sol de Pointe-Noire au Congo-Brazzaville. Comme la littérature est un témoignage destiné à se perpétuer de génération en génération, « Ecrire à Pointe-Noire » se veut, parmi tant d’autres balises passées et à venir, une empreinte désormais indélébile de la fécondité littéraire congolaise», peut-on lire sur la quatrième de couverture de cette anthologie parue en France en février 2018 sous la direction de l’apprenti poète Gabriel Mwènè Okoundji. Cette œuvre a été présentée au public, le 10 avril 2018 à la Librairie Les Dépêches de Brazzaville, par neuf des vingt écrivains ayant participé à la fabrication de cette œuvre. Les neuf écrivains, présents dans la salle de la librairie ont expliqué au public les raisons de leurs contributions à cette œuvre. Ils ont, pour la plupart, évoqué le couloir que leur ouvre cette anthologie vers la rencontre du grand public. Le public a de ce fait écouté Huguette Nganga Massanga qui a parlé de sa nouvelle ‘’Objectif Kouilou’’, Alphonse Chardin N’kala qui a fait une lecture de son texte ‘’demain, nous célébrons notre indépendance’’, Georges Sokate Mavouba qui a rappelé que l’esprit de cette aventure date du salon du livre de 2015. Les écrivains Ninelle N’Siloulou, Rodolsy Rony Makosso, Natacha Christelle Makoumbou, Hervé Kenene Milongo, Kelly Mowendabeka et Xavier Mabika Dianga. Le Pr André Patient Bokiba a salué cette initiative qui complète, selon lui, tant d’autres projets déjà achevés ou en chantier. Il s’est dit marqué par le titre de cette œuvre qui renvoie à un référent plein de significations, à savoir « Ecrire à Pointe-Noire », lieu mythique plein d’histoires et ville ayant été le berceau de plusieurs écrivains congolais : Jean Baptiste Taty Loutard, Tchicaya U’Tamsi ; Tchichele Tchivéla ; Mambou Aimée Gnali tout en saluant le génie d’Okoundji et de Caya, deux initiateurs de ce projet d’anthologie et surtout le caractère intergénérationnel de cette intiation. «Tout part de l’invitation, en avril 2016, de Fabienne Bidou, directrice de l’Institut français de Pointe-Noire, pour des ateliers littéraires, notamment avec les lycéens, mais également des conférences publiques. C’est lors de ces rencontres que je fais la connaissance des artistes et des écrivains que compte cette ville. Et nous nous sommes reconnus dans l’esprit de la phratrie. A plusieurs reprises, nous avons partagé dialogues, échanges, projets, rêves, inquiétudes. Et l’idée de cette anthologie est venue», a révélé l’un des acteurs de la fabrication de cet ouvrage, Gabriel Mwéné Okoundji. Cette anthologie a également été présentée, le 6 avril 2018 à Pointe-Noire, à l’occasion de la célébration des trente années de la mort de Tchicaya U Tam’si. Cette activité a eu lieu en présence des écrivains Mambou Aimé Gnali et Tchichele Tchivela. Florent Sogni Zaou

Littérature : le livre célébré à Brazzaville et Pointe-Noire

Littérature : le livre célébré à Brazzaville et Pointe-Noire

La 19e édition du printemps des poètes et le premier Festival international du livre et des arts francophones ont eu lieu à Brazzaville et à Pointe-Noire. Du côté de Pointe-Noire, la 19e édition du printemps des poètes s’est tenu sur le thème « Actualité et diffusion de la poésie en Afrique(s) » pendant que Brazzaville célébrait son festival sur le thème, «Écriture(s), histoire(s) et réel(s) ; quelles frontières ?». A Pointe-Noire, il y eu du théâtre et des tables rondes. L’une d’elles a été animée, le 25 mars à l’IFC sur le thème, «Actualité et Diffusion de la poésie africaine». La scène a reçu les poètes Gabriel Mwéné Okoundji, Florent Sogni Zaou et Alima Madina de la République du Congo et N’Deye Salimati Somparé venue de la Guinée Conakry. Les quatre poètes ont subjugué le public constitué de plusieurs écrivains dont l’ancienne ministre de la culture et des arts du Congo Brazzaville, Mambou Aimé Gnali et Tchivele Tchivela, ancien ministre de l’environnement. Les deux personnalités sont des écrivains de renom. L’écrivaine guinéenne plus connue sous le nom de N’deye a publié un recueil de poèmes intitulé «Les Constellations», publié à Conakry. C’est l’œuvre qui lui a ouvert les portes du public. Mais c’est par la musique qu’elle marque le plus le paysage local avec son album « Les Maîtres de la parole ». Le poète Gabriel Mwènè Okoundji de la République du Congo, est une figure déjà très connue du grand public. Il a remporté en 2010, le grand prix littéraire de l’Afrique noire. Il est auteur de plusieurs ouvrages dont le tout dernier, une anthologie poétique publiée aux éditions Fédérop, «Comme une soif d’être homme, encore» Alima Madina de la République du Congo est l’auteure du recueil de poèmes «Splendeur cachée» et du recueil de nouvelles «La voix d’une femme qui espère». Elle a pris part à l’anthologie de poésie «Pour Édith» publiée en juin 2009 par l’Harmattan Congo, puis à l’anthologie de poésie contemporaine «Du Congo au Danube». L’écrivain Florent Sogni Zaou touche à tous les genres littéraires. Il est dramaturge avec la pièce de théâtre «L’homme d’affaires» ; trois romans «Les goyaves amères, la saison des chenilles et la noisette de la cité insipide» ; un essai littéraire «La liberté de la presse au Congo-Brazzaville» ; un recueil de poèmes « Vumuk ! Ma part de souffle» et des nouvelles dans des journaux de Brazzaville. Cette 19ème édition s’est clôturée par un spectacle poétique basé sur la lecture de poèmes écrits et mis en voix par des lycéens de Mpaka, Victor Augagneur, de Pointe-Noire II et Charlemagne) sous la direction scénique de Jehf Biyeri et Selma Mayala. Ce travail a été coordonné artistiquement par Gabriel Mwènè Okoundji. Le premier Festival international du livre et des arts francophones Du côté de la ville capitale, le premier Festival international du livre et des arts francophones a également écrit ses lettres de noblesse avec des écrivains venus d’Europe et d’Amérique. Les écrivains locaux n’ont que leurs mains pour applaudir, n’étant peut-être pas de niveau acceptable pour animer une table ronde. Certains écrivains ont avoué n’y avoir pas mis les pieds parce qu’ils se sont sentis blessés par ce manque de considération du travail qu’ils abattent sur le plan national. L’ouverture était placée sous la direction de l’ambassadeur de France au Congo, Betrand Cochery et la leçon inaugurale a été présentée par l’écrivain Gabriel Mwéné Okoundji. Elle a porté sur le thème «Cosmogonie(s), imaginaire(s) : y-a-t-il encore une culture congolaise ? » avec à la clef les problématiques du rapport de l’identité de l’écrivain face à son pays d’origine, de la langue française comme véhicule littéraire en relation avec les langues parlées dans son enfance et de la nécessaire ré-appropriation du patrimoine culturel par l’écrivain pour comprendre ce qu’il est, d’où il vient et où il va.