CONGO/Le 5 juin. Trois dates, trois felures, en une seule ligne

CONGO/Le 5 juin. Trois dates, trois felures, en une seule ligne

TEMOIGNAGES. Depuis les violences politiques du 5 juin 1997, à Brazzaville, le 5 juin de chaque année me fendille en deux jusqu’à ce que survient le 5 juin 2025 où j’ai vécu la troisième felure. Le 5 juin, pour moi, est d’abord une naissance. 5 juin 1944, à Mabirou, sur les bords de la rivière Alima, sous le Moyen Congo. Je revois les pirogues amarrées par les pêcheurs. Je revois mes bains dans l’Alima, l’eau fraîche sur la peau, le sable entre les orteils. Je revois mes oncles maternels, André Désolt Olotara, Albert Servais Obiaka, Richard Okouangui, Benjamin Joseph Ouabari, debout, veillant sur moi, m’apprenant les langues parlées localement et éclatant de rire lorsque ma diction libère de mauvais accents. Tous, ils s’en sont allés. Leur absence a vidé un pan de mon enfance. Avec eux, ont disparu les voix, les conseils, la chaleur d’une famille entière. Sont également décédés mon Père Louis Mariotti, ma Mère Joséphine Akouala et mon Père adoptif Charles Auguste Atipot. Trois lumières. Les deux premiers m’ont donné la vie, le troisième me l’a fait aimer, avant que l’histoire ne me la reprenne par morceaux. La beauté de naître tient là, dans ce don initial intact, malgré tout ce qui suivra. Puis, l’histoire a fait du 5 juin autre chose. 5 juin 1997, Brazzaville s’embrase. Les turbulences m’ont poussé sur le chemin de l’exil. Ma résidence de l’OCH Moungali 3 à Brazzaville a été dynamitée, le 25 octobre 1997. Et pourtant, la guerre était terminée, les nouvelles institutions du pays dont la Présidence de la République, mises en place. Ainsi, des années de travail, des biens bâtis pierre à pierre, détruits en une journée. Je n’ai jamais été indemnisé. Avant cela, déjà, le 30 novembre 1993, ma villa de Mpissa Bacongo, aussi à Brazzaville, avait été dévastée, toujours à la suite des conflits politiques. Deux dates, deux pertes, le même silence assimilable à de l’indifférence, après. Au lendemain du 5 juin 1997, chaque retour du 5 juin me plonge dans la tristesse. Un état bas, lourd, que je ne maîtrise plus. Les jours perdent leur couleur. L’âme se replie. N’ayant jamais célébré d’anniversaire de ma naissance, le 5 juin, j’attends seulement que la nuit tombe, dans le silence, pour finir avec ce jour. 5 juin 2025. Le Ministre d’Etat Martin Mberi nous quitte à Brazzaville. Lui et moi, nous avions tous les deux une jeunesse militante, forgée dans l’engagement. Membres de l’UPADS, nous sommes arrivés ensemble au Gouvernement de la République du Congo, sous le Président Pascal Lissouba. J’ai souffert de la mort du Ministre d’Etat Martin Mberi. Sa disparition aggrave encore le chagrin du 5 juin. Avec lui, s’en va un témoin d’un combat commun, un frère de conviction. La peine devient plus lourde à porter. Mais, si cette date du 5 juin doit déborder ma vie et toucher la nation congolaise, alors je ne vois qu’un chemin. Celui du compromis national. Pas un arrangement entre élites enclins aux opportunismes. Mais, une large concertation où chacun peut, proprement, dans le respect des autres, dire sa vérité, sans verser dans la basse posture de l’injure. Ecouter ceux qui ont perdu, reconnaître les ruines comme on reconnaît une naissance, c’est en effet mettre le pays à l’abri des tourments, en choisissant de bâtir ensemble ce que la force a toujours détruit. Au final, lorsque seront tombés les rideaux du 5 juin 2026, le 5 juin restera toujours pour moi une date à double symbole. Une blessure et un commencement. Je choisis de la tenir des deux mains. Puisse là bas, à l’Eternel Infini, reposer en paix le Ministre d’Etat Martin Mberi. Qu’il en soit de même pour mon Père Louis Mariotti, sur les terres françaises de la Corse, ma Mère Joséphine Akouala et mon Père adoptif Papa Charles Auguste Atipot. En moi, que demeurent en permanence deux états. La paix intérieure, cette posture de calme et de tranquillité sur le plan mental et physique, d’une part. Ce savoir-être qui se base sur la recherche de la sérénité et du bonheur, de l’autre. Paris 4 juin 2026 Ouabari Mariotti

Congo. Au 5 juin 2025, deux dates à deux destins, dans mon existence

Congo. Au 5 juin 2025, deux dates à deux destins, dans mon existence

Le 5 juin 1944 et le 5 juin 1997.  Le 5 juin 1944, je nais à Mabirou, en République du Congo. La construction de la vie et l’avenir se sont ouverts à moi. Cinquante trois ans plus tard, le 5 juin 1997, M. Pascal Lissouba, Président de la République du Congo, survient le déclenchement, à Brazzaville, des hostilités, entre les militaires de la Force Publique et les milices du Président Denis Sassou Nguesso. Au cours des affrontements, sont littéralement détruits les biens meubles et immeuble du Garde des Sceaux, Ministre de la Justice que j’étais à l’époque. S’en suit, pour moi et d’autres figures du pouvoir du Président Pascal Lissouba, pour des raisons de sécurité, la route de l’exil en France où Mave, mon épouse et Didi O, mon fils de 15 ans, trouvent la mort. Un épisode dont j’ai beaucoup souffert et qui a brisé mes rêves. Ainsi le 5 juin 1944 et le 5 juin 1997 symbolisent deux dates antinomiques dans le cours de ma vie. Le contraste entre elles souligne l’espérance qui s’est créée en moi à ma naissance et la douleur ainsi que la colère que j’ai ressenties, lors des affrontements militaires de Brazzaville qui ont causé des milliers de victimes dont de très nombreuses qui s’en sont allées n’ont jamais eu de sépultures. .. Cependant, ce contraste met en lumière la résilience et la détermination qui m’ont permis, par la suite, dans la dignité, le travail, le courage, la liberté et le bon sens, de continuer d’espérer à un avenir meilleur. Toujours, au plan politique, attaché aux valeurs de la République, à l’UPADS, mon parti et à La Ligue pour la Culture de la Modernité, Association de la société civile, fondée de concert avec quelques amis. Aimant, par ailleurs, intensément mon pays, le Congo, à propos duquel, je voudrai qu’il parvienne à une alternative nouvelle, en passant par l’étape de la tenue des états généraux de la nation qui devront aboutir à un compromis politique dont les termes seront à définir pour ouvrir la voie à une élection présidentielle aux normes de transparence, de liberté et de démocratie garanties. Les états généraux de la nation seraient une occasion unique de rassembler toutes ses forces vives pour refonder le pays sur de nouvelles bases et trouver des solutions collectives à ses maux. Ce qui pourrait contribuer à réduire les tensions et les divisions, nettement visibles au Congo, d’autant qu’elles sont aggravées par les inégalités sociales, la pauvreté, la forte accumulation des biens de la classe au pouvoir et l’extravagance de ceux qui exhibent insolemment des attributs de richesse. Ce à quoi s’ajoute la non indemnisation par des pouvoirs publics des destructions des biens et autres sinistres survenus au pays par le fait des violences politiques et autres catastrophes dont l’Etat est rendu responsable. Ce 5 juin 2025, deux postures. Par rapport au 5 juin 1944, mes pensées sont tournées vers tous les membres de la Grande Famille Ouabari. Également, en direction des personnes qui me sont chères, parents, autres proches et amis qui m’ont quitté, m’ayant accompagné dans ma vie. S’agissant du 5 juin 1997, puisse le Président Denis Sassou Nguesso, faire preuve de générosité, de grandeur et de hauteur en accordant la totale liberté aux prisonniers Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, deux de ses concurrents à l’élection présidentielle de mars 2016, ainsi qu’au Ministre Benoît Koukebene qui purge un exil forcé en France, depuis les lendemains du 15 octobre 1997. Reste qu’au regard de toutes les considérations, bonnes ou mauvaises, qui gravitent autour des démarches républicaines nobles, comme les états généraux de la nation, les concertations et dialogues, sans exclusive, les compromis politiques, toujours pas bien acceptés par les tenants du pouvoir de Brazzaville, par pur égoïsme et instinct de conservation des privilèges, seule demeure déterminante, dans ces cas, la décision constructive, dans l’intérêt supérieur de la nation, du Président Denis Sassou Nguesso, lui-même, symbole et incarnation de l’expression de l’unité et de la cohésion nationales. Paris 5 juin 2025 Ouabari Mariotti.

Congo Brazzaville. Nos oreilles ont beaucoup souffert et nos cœurs, nos esprits et nos âmes ont pris le relais de la souffrance

Congo Brazzaville. Nos oreilles ont beaucoup souffert et nos cœurs, nos esprits et nos âmes ont pris le relais de la souffrance

TRIBUNE. M. Hydevert Mouagny, Député de la Majorité Présidentielle, au Congo Brazzaville, en son âme et conscience, avec la liberté de parole et d’action qui le caractérisent, a laissé entendre, de sa propre bouche, que l’insécurité sous le Président Pascal Lissouba avait été sciemment orchestrée pour gêner la gouvernance de ce dernier. On imagine que M. Hydevert Mouagny, lui même, devait être partisan de cette installation de l’insécurité. Et par extension, le camp politique opposé au Président Pascal Lissouba. Parce que ne pouvait gêner le pouvoir du Président Pascal Lissouba que celui qui s’opposait, de fait, à la marche harmonieuse, pour des intérêts nationaux de l’exercice du Président Pascal Lissouba. En politique, voies légales, démocratiques on non, on trouble un système en place pour des velléités de changement et d’appropriation aux fins de se donner les moyens de gouverner à son tour. On comprend alors, 27 ans après les violences du 5 juin 1997, à Brazzaville, la raison fondamentale, motif réel, de ces tragiques événements qui ont embrasé la capitale congolaise, fait des milliers victimes, endeuillé des familles, détruit des immobilisations, et, en dernier ressort, contraint de nombreux partisans du Président Pascal Lissouba à un exil forcé à l’étranger. Un exil où le Président Pascal Lissouba trouvera la mort, le 24 août 2020, à Perpignan, dans le Sud de la France. J’y perdrais mon épouse, Mave, et un enfant de 15 ans, Didi O. Le temps est passé. Ce qui est passé est passé Mais, les violences du 5 juin 1997 valaient-elles la peine? J’estime que non. Les élections présidentielles, sanctionnant le mandat du Président Pascal arrivaient. Leur préparation était collégiale. Les représentants de l’opposition y prenaient part. Ce sont ces violences qui ont été à la base du report objectif de l’élection présidentielle décidée par le Conseil Constitutionnel, avec à sa tête, M. Note Agathon. Autant les brutalités dans Brazzaville et ses environs se sont accrues lorsque le report des présidentielles a été arrêté, parce que clamé illégal par l’opposition de l’époque, autant le Président Denis Sassou Nguesso ne s’est pas empêché de modifier la Constitution en 2015, pour se créer les conditions d’un troisième mandat en 2016, au prix des violences qui ont généré des détentions des candidats Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa. Le 15 août 2024, le Congo Brazzaville célébrera les 64 ans de son indépendance. Cette durée semble ne pas jouer sur l’état d’esprit et la faculté des dirigeants congolais à mieux gouverner notre pays. Depuis l’indépendance, les pouvoirs qui se succèdent se cherchent toujours, semblant naviguer à vue. Et pourtant, je l’ai écrit, le 7 mars 2024, le Congo Brazzaville est pays merveilleux. Un don de Dieu. Rien ne lui manque pour être cette Nation modèle, à tous points de vue. Mr Hydevert Mouagny, nos oreilles ont beaucoup souffert. Et nos coeurs, nos esprits et nos âmes ont pris le relais de la souffrance. Député de la Majorité Présidentielle vous êtes. J’ose croire que, du fond de coeur, vous ferez amende honorable, parce que le 5 juin 1997 est un désastre. Une guerre de la Nation congolaise contre elle-même. Elle n’a pas fait avancer le Congo. La cohésion et l’unité nationales peinent à se construire. L’économie, en dépit d’immenses ressources naturelles dont dispose le pays traîne à se développer. Le chômage, particulièrement, celui des jeunes est élevé. Le cri sur l’arrêt des anti-valeurs s’évanouit, dans l’air, comme de la fumée, sans résultat. L’arrière pays et les cités ne se modernisent pas. L’effet d’entraînement au travail des Congolais est lourd. Les autorités, ne s’en imposant pas comme référence. Et les Congolais attendent toujours de leurs dirigeants la phrase symbolique et pleine de résonance productive « Faites comme nous ». Paris 11 mars 2024 Ouabari Mariotti Ancien Garde des Sceaux Ministre de la Justice Congo Brazzaville