Sénégal. Désonkorisation en marche : Diomaye déroule… jusqu’où ?

TRIBUNE. Le mot est lâché, brutal, sans vernis : désonkorisation. Et depuis quelques semaines, il ne relève plus du fantasme mais d’un mode opératoire. Décret après décret, le Président Diomaye taille, ajuste, remplace, toujours avec le même fil conducteur : les fidèles de Sonko sortent, les profils “Diomaye Président” entrent.

Ce n’est plus du réglage, c’est une ligne politique. Le limogeage d’Ousseynou Ly, aussitôt remplacé par Me Tine, n’est qu’un épisode de plus dans ce feuilleton où la loyauté d’hier devient le motif d’éviction d’aujourd’hui. Une mécanique froide, assumée, presque chirurgicale : on efface les traces du projet originel pour redessiner le pouvoir à son image.

Dans les salons, personne n’est dupe. Derrière cette valse des postes, une cible flotte comme une évidence : Ousmane Sonko. L’homme, le symbole, l’ombre portée. Le cœur du logiciel qu’on semble vouloir réécrire.

Et voici que les rumeurs ajoutent de l’électricité à l’air déjà chargé : un décret de limogeage visant Sonko serait prêt, posé quelque part sur la table du Président. Prêt à être signé… mais retenu au dernier moment. Pourquoi ? Parce qu’au-delà du geste, il y a le rapport de force. Et il mène tout droit à l’Assemblée nationale, où Sonko pèse lourd, très lourd. Un terrain miné où chaque décision peut se transformer en bras de fer institutionnel.

Voilà le hic : on ne rase pas une maison quand on ne tient pas toutes les clés. Sans majorité parlementaire totalement acquise, Diomaye avance… mais contraint. Le bulldozer reste au garage, remplacé par un scalpel politique. On écarte, on isole, on repositionne, en attendant le moment décisif.

En face, Sonko ne plie pas. Il verrouille. Refus catégorique de démissionner. Posture droite, presque provocante. Et pendant que certains s’accrochent aux fauteuils, lui coupe dans les privilèges : fonds politiques supprimés, salaire abandonné, argent réinjecté dans des causes sociales. Un contre-récit puissant dans un système habitué aux accumulations discrètes.

Résultat : le contraste claque. D’un côté, un pouvoir qui recompose en silence. De l’autre, un leader qui radicalise l’éthique. Deux trajectoires. Deux visions. Et entre les deux, un projet qui tangue.

Alors la vraie question n’est plus de savoir s’il y a désonkorisation. Elle est déjà là. La seule inconnue, la vraie, la dérangeante :

Diomaye ira-t-il jusqu’au bout de sa logique ? Signera-t-il ce décret… au risque d’ouvrir une guerre frontale avec Sonko et son bastion parlementaire ?

Dans ce théâtre politique aux allures de purge douce, chacun affine déjà sa position. Car au final, les postes passent, les décrets s’effacent…

Mais les lignes de fracture, elles, restent.

Par Malick BA

Journaliste

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