Congo. MATSOUA Février 1942-Février 2022

HISTOIRE. Le plus célèbre des précurseurs de l’indépendance du Congo est aussi mal connu. Les légendes, les récupérations messianiques et tribales nous ont donnés une image complètement erronée alors que la vie de cet homme à la fois aventurier, ambitieux, mégalomane et panafricain mériterait une série télévisée.

A ma modeste place de curieux, je vais tenter de lui donner le canevas historique de ce qu’on sait de sûr sur sa biographie, à l’heure actuelle.

La première tentative de retracer sa vie nous vient de Martial Sinda. Mais son récit est très romancé, et très peu référencé. A sa décharge, les maigres sources en sa disposition ne permettaient pas de construire une biographie proche de la réalité sans oublier que Matsoua lui-même a beaucoup brouillé les pistes sur son parcours en donnant des informations pas toujours exactes. Il s’enregistre comme fils de sénégalais à telle administration, signe ses lettres « André Matchouand », ou Grenard tout court, un nom autochoisi, s’arrange pour obtenir une carte d’électeur alors qu’il n’est pas français, s’enregistre comme commerçant à Marseille alors qu’il est assistant comptable à Evry, puis à Paris, en même temps. C’est un casse-tête que grâce à l’accès aux archives en ligne, on commence peu à peu à démêler.

J’aimerai autant prévenir ceux qui m’attendent sur les lieux communs de leurs idées reçues qu’ils voudraient que je confirme, que je n’en ai pas l’intention. Je n’ai par exemple pas trouvé trace du mot indépendance ou quelque chose qui s’en rapprocherait dans la nombreuse correspondance de Matsoua désormais disponible, ni dans ses propres prises de positions devant les tribunaux ou les interrogatoires de police qui ont jalonné son histoire.

Matsoua se battait pour l’émancipation de l’homme noir, pour l’égalité des droits entre les enfants de la république française sans distinction de couleur, pour le développement économique des territoires de l’AEF, pour la fin des mauvais traitements et du racisme, pour la reconnaissance et le soutien aux anciens combattants (ce qui n’est déjà pas rien) mais le terme indépendance est anachronique dans son cas. Il n’y pas non plus de trace d’un messianisme en lui. Il ne plaide pas cette cause en invoquant des concepts moraux ou religieux. Il ne réclame pas l’égalité entre Blancs et Noirs au nom de Dieu, mais au nom de la loi, mettant à chaque fois la république française face à ses propres contradictions qui faisaient du travail forcé et de la colonisation elle même, un crime. Jamais il n’évoque les Tchimpa Vita, Mabiala Mâ Nganga ou Boueta Mbongo qui l’ont précédé, ni une prééminence de l’ethnie bakongo ou balari.

C’est ce Matsoua, le plus proche possible de la réalité historique que nous allons traverser à l’occasion des 80 ans de sa disparition.

A bientôt

Par Hervé Mahicka

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