
LIBRES PROPOS. Comme on le sait, la RD Congo a été élue membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies pour le mandat 2026-2027. À Kinshasa, cette élection est présentée comme le résultat de ce que le régime de Félix Tshisekedi et ses thuriféraires appellent la «diplomatie agissante du chef de l’État». Le pouvoir congolais célèbre cette élection comme s’il s’agissait d’un événement inédit dans l’histoire de la diplomatie congolaise. Or, il n’en est rien.
Il convient de rappeler que chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies élit cinq nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans aux côtés des cinq membres permanents (Chine, États-Unis, Royaume-Uni, France et Russie). Les sièges sont répartis selon des quotas régionaux : deux pour l’Afrique, un pour l’Asie-Pacifique, un pour l’Amérique latine et les Caraïbes, un pour l’Europe orientale.
Même si le scrutin à l’Assemblée générale de l’ONU se déroule à bulletin secret, il n’y a pas d’enjeu particulier puisque les pays en lice sont sélectionnés et proposés par les organisations régionales (ou continentales) auxquelles ils appartiennent.
En ce qui concerne les pays africains, le processus de sélection et d’approbation des candidatures au Groupe africain se déroule au sein des structures de l’Union africaine (UA). Les élections pour les sièges attribués au continent africain sont jouées d’avance, car le Groupe africain maintient un schéma de rotation établi entre ses cinq sous-régions (Afrique du Nord, Afrique centrale, Afrique australe, Afrique de l’Est et Afrique de l’Ouest).
Donc, contrairement à ce que veulent faire croire les autorités congolaises et leurs thuriféraires, la RD Congo a été choisie par l’Union africaine, et l’Assemblée générale de l’ONU n’a fait qu’entériner ce choix. Rien à voir avec une supposée « diplomatie agissante ». Désolé de casser l’ambiance, pour ne pas dire la fête…
Ceci dit, les sièges non permanents sont des leviers d’influence non négligeables, mais encore faut-il avoir une diplomatie sérieuse, crédible et véritablement agissante pour mieux faire entendre sa voix et faire valoir ses intérêts. C’est à ce niveau que la RDC pourrait se démarquer sur la scène internationale. Elle en a l’occasion maintenant qu’elle siège comme membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.
Par Patrick Mbeko
Consultant politologue. Géopoliticien, spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs et auteur de plusieurs livres sur les conflits armés en Afrique


