La Centrafrique de nouveau autorisée à exporter des diamants

La Centrafrique va pouvoir de nouveau exporter des diamants, après la levée totale vendredi de l’embargo qui frappait le pays depuis 2013, ont annoncé les autorités à Bangui. Réuni en session plénière à Dubaï, le Processus de Kimberley (KP), l’organisme de régulation du commerce mondial du diamant, a décidé « de la levée totale de la sanction », a annoncé le ministère centrafricain des Mines et de la Géologie sur sa page Facebook officielle. Bangui plaidait depuis plusieurs mois pour cette levée totale d’embargo en faisant valoir que la situation sécuritaire se normalisait et que tout avait été fait pour se conformer aux normes du KP visant à bloquer les « diamants de sang » issus des zones de conflits. La Centrafrique figure parmi les pays les plus pauvres au monde. L’interdiction d’exportation prononcée en 2013 après le renversement du président François Bozizé par une coalition de rebelles en majorité musulmans, la milice Séléka, a été partiellement levée en 2015 et 2018. Mais les deux-tiers des 24 zones minières diamantifères répertoriées étaient encore sous sanction. La levée totale d’embargo « est un soulagement pour les populations dont les principaux revenus dépendent des activités du secteur du diamant « , a déclaré à l’AFP Paul-Crescent Béninga, membre de la Coalition de la Société Civile du Processus de Kimberley pour la Centrafrique, depuis Dubaï où il participait à la plénière. Les riches gisements de diamants alluvionnaires constituent, avec l’or, une des ressources les plus précieuses de ce pays d’Afrique centrale, avec des permis d’exploitation et de recherche délivrés à des Chinois, des Américains, des Rwandais et des Russes liés au groupe mercenaire Wagner qui soutient le régime. En 2011, deux ans avant le coup d’état militaire qui a ensuite dégénéré en interminable guerre civile, le pays exportait officiellement 323.575,30 carats de diamants pour un revenu de 29,7 milliards francs CFA (environ 45 millions d’euros). En 2023, ce revenu était de 324,3 millions FCFA (496.000 euros), selon des chiffres officiels. Malgré les efforts pour étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire, la situation sécuritaire reste « volatile », avec des « affrontements armés récurrents liés à l’accès aux sites miniers et au contrôle des principaux axes routiers », selon le dernier rapport trimestriel de la Minusca, la force d’interposition déployée par l’ONU. Dubaï, où les Emirats arabes unis ont présidé la plénière du KP, est devenue une « plaque tournante majeure du commerce du diamant » et « le Dubai Diamond Exchange la plus grande plateforme d’échange de diamants au monde, abritant plus de 1 300 sociétés diamantaires », selon un communiqué diffusé par l’agence officielle émiratie. AFP
Contrebande et corruption: Adopter une approche régionale pour s’attaquer au commerce illicite des diamants de conflit de la RCA

Les diamants de conflit de la RCA pénètrent les marchés internationaux via le Cameroun Le Cameroun permet à des diamants de conflit provenant de la République centrafricaine de franchir ses frontières et de pénétrer la chaîne d’approvisionnement légale en raison de ses faibles contrôles, de la contrebande et de la corruption, a affirmé Partenariat Afrique Canada (PAC) dans un rapport intitulé « Du conflit à l’illégalité : Cartographier le commerce des diamants de la République centrafricaine au Cameroun ». Publié aujourd’hui, vendredi 02, le document examine « l’incapacité du Cameroun à mettre en œuvre le Processus de Kimberley — le système international de certification des diamants destiné à mettre un frein au commerce des diamants de conflit », indique PAC. A noter que le rapport paraît à la veille de la visite d’examen au Cameroun du Processus de Kimberley, qui doit évaluer la mise en œuvre, par le pays, de contrôles internes régissant la production et le commerce des diamants. Pour rappel, les exportations de diamants depuis la République centrafricaine ont été frappées d’un embargo international après qu’un coup d’État eut déclenché une guerre civile en 2013. Plus tôt cette année, le Processus de Kimberley a levé partiellement l’embargo dans des zones qu’il jugeait conformes et libres de conflit. Pourtant, Partenariat Afrique Canada a constaté que le commerce illicite des diamants de conflit se poursuit encore aujourd’hui. « Bien que le tollé international soulevé par le financement de la guerre au moyen des « diamants du sang » en République centrafricaine ait entraîné l’adoption de mesures pour arrêter le commerce, on n’a pas porté la même attention aux voisins de la RCA. Notre examen montre la réalité sur le terrain et la façon dont les diamants de conflit provenant de la RCA ont conservé des points d’entrée sur les marchés internationaux par l’entremise du Cameroun », a dit Joanne Lebert, directrice générale de Partenariat Afrique Canada. En entrevue, des mineurs, des négociants et des exportateurs ont décrit en détail la contrebande des diamants de la République centrafricaine qui traversent la frontière de 900 km que ce pays partage avec le Cameroun; la corruption parmi les fonctionnaires chargés de vérifier l’origine des diamants; et les importantes expéditions de diamants de conflit sous embargo qui passent par les carrefours de transit du Cameroun sans être déclarées. Le rapport suit des négociants camerounais qui achètent des diamants de l’autre côté de la rivière – en République centrafricaine – pour les apporter ensuite aux bureaux d’achat de la région orientale du Cameroun. Les diamants sont « auto-déclarés » comme provenant du Cameroun, et des certificats du Processus de Kimberley sont émis, attestant leur statut de diamants libres de conflit, ce qui permet leur exportation vers les marchés internationaux. « Au moment de visiter le Cameroun, le Processus de Kimberley doit agir sans délai et montrer aux sociétés, aux détaillants — et par-dessus tout aux consommateurs — qu’il est capable de mettre un terme au flux de diamants de conflit », a dit Offah Obale, chercheur chez Partenariat Afrique Canada et auteur du rapport. Partenariat Afrique Canada appelle le Processus de Kimberley à imposer des mesures spéciales au Cameroun, exigeant un resserrement des contrôles internes dans un délai de trois mois, période durant laquelle aucun diamant ne quitterait le Cameroun sans une surveillance par des experts externes. Le rapport demande aussi qu’on adopte une approche régionale pour s’attaquer au commerce illicite des diamants de conflit de la RCA, en y intégrant d’autres voisins tels que la République démocratique du Congo et l’Angola afin de mettre en œuvre une stratégie harmonisée. Avec PAC