LIVRE : Franck Cana et Obambe Gakosso sonnent l’alerte en publiant « Manifeste pour une Afrique du bon sens »

Les auteurs de ce nouvel opus, Franck Cana et Obambe Gakosso, attirent l’attention de quiconque sur la situation actuelle du continent africain. Ils estiment qu’une société qui s’arrête de penser est vouée à mourir ; alors ses ennemis peuvent ranger leurs armes de guerre, car elles n’ont plus aucune utilité. Parce que l’Afrique souffre 666 maux, ils soumettent quelques pistes de réflexion aux lecteurs sensibles à son devenir. Cet ouvrage est le fruit du discernement de deux Africains nés sur le continent, qui sont allés observer ailleurs comment les choses se conçoivent. Mais, dira-t-on, l’Afrique ce ne sont pas seulement les guerres, il y a d’indéniables succès et réussites. Certes. Certaines plaies, cependant, méritent d’être étudiées comme il se doit afin que puisse être proposé le traitement adéquat. C’est ce qu’ils ont tenté de faire dans ce livre que l’on peut lire en sirotant un bon molengé (vin de palme) d’Ollombo, dans un train en Occident, à l’ombre d’un baobab dans le Sahel, debout dans le métro, sous un arbre à Sibiti ou encore sur le chemin de son champ de coton. « Manifeste pour une Afrique du bon sens », de Franck Cana et Obambe Gakosso, essai, éditions Cana, 112 pages, 10 euros.
LITTERATURE. Les malades précieux (1) : Obambé Gakosso sur les pas d’ E. Dongala ?

Les récits d’Obambé Gakosso révèlent quelques chroniques et instantanées de scène de vie courante croustillantes de la société congolaise peinte avec un humour acerbe, franche et direct. Ils nous rappellent le Dongala du Jazz et vin de palme et des Petits garçons naissent des étoiles au niveau de la caricature de certains personnages. Dans Les malades précieux, le lecteur passe de l’amertume au rire tout en revisitant la société congolaise gangrenée par plusieurs maux. Le vécu quotidien incertain des étudiants, le comportement de la femme, la caricature de l’homme politique sont les principaux thèmes qui constituent la toile de fond de cet ouvrage dans un style propre à l’auteur. Aussi, dans sa critique de cette société congolaise, ce dernier n’y va pas de main morte. Le vécu quotidien des étudiants Les jeunes filles chez Gakosso sont souvent des étudiantes. Dans « La fac au pied du baobab », se remarque une ambiance de rencontre des étudiants où Kimya et Assante semblent être les principaux personnages. Dans « Le ligablo du Vieux Lokosso », on retrouve la jeunesse estudiantine à travers les personnages d’Elenga Mwasi Mayele qui aime les études comme Salisa. Aussi, on n’est pas étonné de la retrouver loin du pays, en train de poursuivre ses études supérieures : « Elenga Mwasi Mayele était maintenant aux USA (…) en train de faire un troisième cycle en microbiologie » (p.105). Remarque-t-on alors l’ambition des étudiants congolais d’aller poursuivre leurs études à l’étranger. C’est le cas du vieux Lokosso qui rêve de l’Europe en visitant tous les consulats des pays occidentaux dans le but de s’octroyer un visa. Dans presque toutes les nouvelles, le lecteur se confronte au vécu quotidien de l’étudiant. Comme Lokosso qui veut quitter le pays pour l’Europe, la jeune Ndzale dans « Le procès de papa » voudrait aller étudier à l’étranger ; elle le signifie à son frère qui est de l’autre côté de la Méditerranée : « Je suis des cours d’anglais et dès que j’ai les papiers qu’il faut avec le fric que j’aurais économisé, je pourrais m’inscrire et passer un bac+ 5 » (p.127). Dans « Les rendez-vous chez tantine K », ce sont les mésaventures d’un étudiant dont les conditions sociales laissent à désirer qui sont exposées : « (…) cela fait des mois que nous n’avons pas perçu notre bourse d’étudiant » (p.164). Dans « Ma route de Loango », l’auteur nous raconte l’histoire cocasse d’un jeune universitaire titulaire d’une maîtrise de maths, obligé d’intégrer l’armée. Il habite chez un oncle maternel avec une famille nombreuse, difficile à nourrir. Quelle ne sera pas sa joie quand son chef hiérarchique lui apprendra qu’il va voyager : « La liste est sortie. Tu dois aller en formation en Europe (…) tu quittes le pays pour deux ans » (p.197). Le héros étudiant apparait aussi dans « Une tête au menu » ; Modogo, titulaire d’un DEUG est obligé d’arrêter ses études pour « se débrouiller » afin de s’occuper de sa petite famille. Dans l’ensemble, les personnages des Malades précieux, en dehors des parents, sont des jeunes filles et garçons. Ces derniers sont surtout des élèves et étudiants avec leurs problèmes d’adolescents comme la sexualité. Dans « L’assiette n’a pas changé », le Don Juan Loketo a engrossé l’une de ses conquêtes amoureuses, la petite Salisa âgée de quinze ans : « Loketo avait cessé avec l’usage des préservatifs quand il la retrouvait (…) il avait oublié une autre pathologie (…) : la grossesse » (pp.60-61). De la fille à la femme La femme dans l’oeuvre de Gakosso rappelle un des pans mondains de la société congolaise. Deux catégories se remarquent dans Les malades précieux : la jeunesse incarnée par les élèves et les étudiantes et l’âge mature avec principalement la mère de Loketo dans « L’assiette n’a pas changé », la mère de Polele-Polele dans « Nzete le faux-frère » et ya Mbeto Polele dans « Le petit pompier ». Ici, l’auteur nous met au centre névralgique de la femme : le sexe dans toute sa dimension érotique. Au niveau des jeunes filles, se manifeste le flirt qu’elles vivent avec leurs petits amoureux sur le banc de l’école ou de l’université. Dan « La fac au pied du baobab », on voit comment Aspro Quinini Mabe est repoussé par Kimya qu’il tente de séduire. Aussi, ces flirts ont parfois leurs conséquences désagréables comme dans « L’assiette n’a pas changé ». Loketo qui vient d’engrosser Salisa, subit la colère de ses sœurs : « Tout ça pourquoi ? Pour ressentir le goût du vagin sur ton sexe, hein ! » (p.59). Devant l’intransigeance et la colère de sa mère, Loketo est obligé d’aller se ressourcer chez une autre amie, Lolango. La femme dans toute sa puissance sexuelle se révèle chez les matures. Dans « Ndzete le faux-frère » et « Le petit pompier », celles-ci séduisent les jeunes garçons pour satisfaire leurs instincts libidineux. Ndzete tombe, malgré lui, dans le piège de la maman de son ami qui lui fait des avances : « Alors mon chéri, c’est le ventre ou les bas du ventre qui t’intéresse ?» (p.227). Devant l’expérience de cette veuve à la recherche d’un homme pour assouvir son appétit sexuel, le pauvre garçon, mis à l’aise financièrement, ne peut que commettre l’inceste car considérant cette femme comme sa maman : « Nzete naviguait dans un océan où se mêlaient plaisirs, bonheur, honte, luxure, gêne, volupté, sexe et une certaine forme d’inceste » (p.230). Quand les sœurs de Nzete ainsi que son ami Polele-Polele découvrent le scandale, la femme est prise à partie, et trainée dans la honte avant que son fils, dans une colère indescriptible, ne l’abandonne à jamais. Cette même situation où la femme mature profite de la naïveté d’un jeune garçon, se trouve aussi dans la dernière nouvelle intitulée « Le petit pompier ». Dans ce texte, c’est l’histoire de ya Mbeto Polele, maîtresse des vieux hommes politiques qui n’arrivent pas à la satisfaire sexuellement. Aussi,