RDC. Cinq retombées de la condamnation de J. Kabila

TRIBUNE. À l’issue du procès contre Joseph Kabila, la Haute Cour militaire a prononcé par contumace ce mardi 30 septembre la sentence de la condamnation à mort de l’ancien président congolais. La même juridiction a également ordonné son arrestation immédiate. Kabila a été reconnu coupable de crimes de guerre, incluant viols, meurtres, trahison, complot, ainsi que d’apologie et propagande en faveur d’actes de crimes de guerre. Outre ce verdict, en tant que sénateur à vie, Kabila devra encore répondre devant la Cour militaire pour plus de 120 chefs d’accusation, dont des crimes graves, des détournements de fonds et d’autres violations bien documentées en RDC. Est-ce l’application des principes d’une justice équitable à tout congolais, quel que soit son rang social? Est-ce le début en RDC d’une nouvelle ère de fin d’impunité en RDC? En simple analyste, je crois comprendre que les choses sont un peu plus complexes et appellent de la prudence, de beaucoup de prudence sur les tenants et les aboutissants de ce procès. Ce dont je suis certain, ce sont les répercussions socio-politiques de cette mesure judiciaire inédite et elles se comptent au nombre de cinq. 1. Il y a quelques mois, le pouvoir de Kinshasa voyait en Kabila le chef direct de M23 et de l’AFC. Condamner ce dernier à mort revient à condamner le processus de Doha qui augurait un dialogue entre belligérants congolais de Kinshasa et de deux groupes rebelles. Hier l’émissaire de Trump en Afrique faisait de l’étape de Doha une condition sine qua non à l’application de l’Accord de Washington. En condamnant Kabila, le pouvoir de Kinshasa a coupé l’herbe sous les pieds de ces tentatives de pacification de la RDC par voie de dialogue et de négociation. 2. À bien analyser les choses, l’ancien président congolais est en train de payer cash le prix de sa trahison de par ses choix politiques à l’encontre de la vérité des urnes et d’avoir imposé au peuple souverain et au détriment de Martin Fayulu, celui qui le traite de la manière que tout le monde sait. Par ailleurs, cette saga judiciaire sur Kabila aura indubitablement des répercussions sur le plan international. D’abord avec les trois chefs d’Etat ( Égypte, Kenya et Afrique du Sud) jadis pris à témoin en fin de l’année 2018 dans les arrangements à l’africaine et anticonstitutionnels de passation de pouvoirs entre le président sortant ( Kabila) et le président entrant (Tshisekedi). Ensuite au niveau de nombreux autres Etats africains et du monde qui verront au-delà de ces procès en série, une claire volonté politique de diabolisation de l’opposition politique et d’autoritarisme de mauvais goût qui n’honorent pas l’image du pays. 3. Et la sentence sur la lourde amande de 29 milliards de $ à payer à l’état congolais et celle de 2 milliards à payer en guise de réparation aux victimes des zones sinistrées du Nord et Sud Kivu et l’Ituri ne se comprennent que dans la clause finale de déposséder Kabila de tous ses biens en RDC. Qui ignore que l’argent reste depuis toujours le nerf de la guerre et Tshisekedi a compris que l’unique manière d’affaiblir la machine guerrière de Kabila consisterait à sécher ses sources financières d’approvisionnement. Le Magazine Forbes qui plébiscitait Kabila le plus riche africain avec 32 milliards de $ ( bien avant l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote avec ses 28 milliard de $) a fait comprendre à tous le secret de Kabila Entertainment et la somme totale de 31 milliards de $ s’avère une grande coupe en faveur d’un pays dont le budget annuel est évalué à 6 milliards ( cinq fois inférieur à la fortune de son ancien président). Cette somme de 31 mlds qui sera prélevée sur l’ensemble de ses biens veut tout simplement dire en d’autres mots que quasi toutes ses richesses et avoirs de l’ancien président seront transférés à l’État congolais. 4. Cette condamnation à mort d’une telle sévérité prononcée en RDC contre un ancien Chef de l’Etat est une première en RDC et constitue en même temps un précédent juridique fondamental qui ouvre la voie à toutes les hypothèses, y compris le sort post-pouvoir de celui qui règne aujourd’hui sur le Congo. Cela annonce, plaise au ciel, la fin de l’impunité présidentielle et tout ce qui en découlera dans l’avenir que ce soit pour pour le justiciable actuel comme pour ses successeurs. D’autre part ce verdict est ambivalent, il risque de porter quelque chose de constructif et de fâcheux. De constructif dans ce sens que les futurs mandataires de l’Etat comprendront que la recréation est finie et qu’il faudra prendra beaucoup de précaution et de transparence dans la gestion de la chose publique. De fâcheux également d’autant plus qu’au regard du traitement dégradant subi par celui qui a voulu inaugurer « pacifiquement » la passation du pouvoir, très peu d’autres futurs présidents en exercice prendront le risque de céder pacifiquement et démocratiquement le poste à un successeur, de peur de subir les menaces d’un procès ou d’une condamnation. 5. Ce verdict coupe le tout petit fil d’espoir de réconciliation qui restait entre les deux anciens alliés Tshisekedi et Kabila. La blessure profonde et l’humiliation que cela provoque dans la personne de l’illustre condamné ne seront pas sans reaction de sa part. Et comme toutes les voies de négociation semblent épuisées, c’est la carte militaire qui semble vouloir dire le dernier mot. J’espère vraiment que les mercenaires de Blackwaters dont on annonce l’arrivée à Kinsangani ne feront pas comme nos braves Roumains à Goma et qu’eux au moins feront pencher les rapports de force en faveur de celui qui les a invités. Kabila blessé dans son amour-propre et retiré dans des derniers retranchements ne semble plus avoir que le seul recours des armes pour laver son honneur souillé et pour porter un coup fatal à ses détracteurs. Ce verdict risque de ne pas être la fin de la tragédie politique qui se vit au sommet du pouvoir congolais. Il risque d’être suivi par beaucoup de rebondissements tragiques. Avec au final
RD Congo : François Beya, colonel Kalenga et Twadi Sekele acquittés par la Haute Cour militaire

Après plus de trois ans de procédure, l’ancien Conseiller spécial du Chef de l’Etat en matière de sécurité, François Beya, ainsi que ses coaccusés, colonel Kalenga et Twadi Sekele, ont été acquittés jeudi 21 août par la Haute Cour militaire. Selon Radio Okapi, qui rapporte cette information, « seuls les colonels Tambwe Lily et Cipata Tite ont été condamnés à 17 mois de prison pour violation des consignes en se déplaçant à Kasangulu sans autorisation ». La station onusienne précise toutefois que ces derniers ne retourneront pas en prison ayant déjà purgé leur peine en détention préventive. Rappelons que l’ex-patron du Conseil national de sécurité était poursuivi depuis juin 2022 pour complot contre le Président de la République, offense à celui-ci, incitation des militaires à commettre des actes contraires à la discipline et violation des consignes », comme le souligne la chaine . Rappelons également que son arrestation, intervenue en février 2022, dans des circonstances spectaculaires, avait suscité de nombreuses interrogations sur les luttes internes au sein du pouvoir et les tensions dans les services de sécurité. Patricia Engali