Hommage à Randy Weston, l’amoureux du Maroc et des Gnaoua

Pour sa 22ème édition, qui s’ouvre ce jeudi 20, le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira rend un vibrant hommage à la grande figure de Jazz Feu Randy Weston. Cet hommage qui s’articulera autour de trois temps forts : une Lila, une exposition et la projection d’un documentaire. Eternel amoureux des Gnaoua, Randy Weston est l’incarnation de l’universalité musicale à travers les styles. Laissant un héritage capital de plus d’un demi-siècle, Randy Weston est considéré comme un des derniers de toute une génération de légendes du panthéon du jazz. Il a côtoyé des géants tels que Duke Ellington et Count Basie, a joué avec Charlie Parker et a pris des leçons avec le pianiste et compositeur américain Thelonious Monk. L’African Soul Pianiste de renom a toujours puisé dans les racines africaines du jazz pour développer sa musique. Celui qui a été sacré « Docteur de musique » par de nombreuses institutions culturelles et conservatoires de jazz s’est toujours intéressé aux musiques populaires et aux musiques d’Afrique. Randy Weston a pris pour refuge le Maroc où il s’installe et tombe amoureux de la musique Gnaoua et développe une véritable complicité avec le maâlem Abdellah El Gourd de Tanger. Il a enchanté les mélomanes avec « Spirit ! The power of music » qu’il a mis au point avec l’African Rythm Quintet et son grand ami El Gourd. Une envoûtante fusion de musique gnaoua et de jazz à travers laquelle cet ethnologue de la musique a su rassembler trois religions : christianisme, islam et yoruba. En 2011, sa reconnaissance fût marquée au Maroc avec sa décoration, aux côtés du mâalem Abdellah El Gourd. Lors de la 4ème édition du « World Nomads Morocco » à New York, placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, Randy Weston et mâalem El Gourd reçurent respectivement le Wissam de mérite intellectuel, et le Wissam de mérite national de l’Ordre d’Officier. Randy Weston a sillonné tout le continent à la recherche de rythmes et de nouvelles couleurs mais le Maroc reste son coup de cœur, sa deuxième maison. Il s’est produit en 2016 au Festival Gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira. Après 92 années de splendeur musicale, le grand Randy s’est éteint paisiblement le 1er septembre 2018. Aujourd’hui, le Festival honore la mémoire de cet amoureux inconditionnel des musiques africaines et pionnier de la fusion gnaoua-jazz. Lila :Randy et les Gnaoua, une précieuse amitié Samedi 22 juin à 23H30 (Dar Souiri) Documentaire : De Brooklyn à Tanger Vendredi 21 et samedi 22 juin à 15H00/Dimanche 23 juin à 11H00 et à 12H30 (Institut français d’Essaouira) Expo photo : Quand Randy rencontra les Gnaoua Du 20 au 22 juin (Dar Souiri).
Le patrimoine gnaoui en coffret

Authenticité, intégrité de la lila (nuit rituelle) et prise en compte de certaines variances significatives. Tels sont les critères ayant prévalu dans la réalisation de «L’anthologie de la musique gnaoua» qui sera présentée en marge du 17ème Festival Gnaoua et des musiques du monde prévu du 12 au 15 juin prochain à Essaouira. Ce recueil est le fruit d’un vaste travail mené par l’Association Yerma Gnaoua dans le but de préserver un patrimoine particulièrement riche et de valoriser la richesse rythmique, mélodique, lyrique et stylistique d’un art ancestral qui fait la fierté et la renommée du Maroc culturel. Cette anthologie « ambitionne également d’insuffler une dynamique de créativité, en permettant aux musiciens compositeurs et chercheurs, de disposer d’un important fonds de ressourcement pour toute la musique marocaine», se réjouit l’association créée en 2009 dans l’objectif de sauvegarder et valoriser le patrimoine immatériel de la confrérie des Gnaoua. «Un important travail d’iconographie et de maquettage a été effectué et de nombreuses dispositions ont été prises afin de faire de cette anthologie un événement rendant hommage à nos trésors humains vivants et au magnifique patrimoine immatériel qu’ils représentent », précisent les responsables de cette association. Cette anthologie offre, à ce jour, une exploration sonore de plus de 14 heures compilées dans 9 CD, un livre composé de textes apportant un triple éclairage (historique, anthropologique et musicologique) et un carnet de voyage retraçant la première mission de prospection. En plus d’apprécier toutes les nuances et les références du répertoire gnaoui (les introductions, le jeu des percussions, les phases ludiques, ainsi que le cheminement complet des mlouks et des couleurs), les amoureux de la musique gnaoua retrouveront aussi les biographies des maâlems dont le choix n’établit aucun classement de ces derniers, précise l’association. Et pour cause : «Il va de soi que tous les maîtres se valent, mais notre seul critère a été d’assigner à chacun le répertoire qu’il maîtrise le mieux; l’objectif étant de couvrir toute la palette du répertoire», explique-t-on. Il est à souligner que la totalité des textes chantés ont été transcrits en arabe et traduits en français. Il faut toutefois souligner que la réalisation de ce magnifique bijou, qui a nécessité des années de recherches et de collectes de textes chantés, n’a pas été facile. «Le propre de la tradition orale étant d’être mobile et changeante, les maâlems des différentes générations ont pris l’habitude d’omettre des pièces et d’en rajouter d’autres. Devant cette difficulté de consigner un répertoire immuable, cette anthologie établit un déroulement normal des différentes phases en faisant abstraction des différences qui n’affectent pas la cohérence du corpus général», averti l’Association Yerma Gnaoua dont l’action vise à faire connaître la culture gnaouie au Maroc et à travers le monde et assurer la perpétuation de ses traditions. Il a fallu d’abord «écarter de nombreuses pièces issues aussi bien du contact récent avec la chanson populaire citadine que des échanges avec certaines confréries religieuses. Ensuite, nous avons conservé le déroulement conventionnel de la lila en 3 parties (al âda, oulad Bambara, et les mlouks). Nous avons, enfin, intégré certaines variantes régionales et notamment la performance d’isamgane (gnaoua amazighs), la version nordique, les sebtiyyine (gnaoua juifs) et les gangas présahariens », explique-t-on. Grâce à cette anthologie, l’Association Yerma Gnaoua entend mettre à disposition des musiciens compositeurs et chercheurs un important fonds de ressourcement pour toute la musique marocaine. Et par la même occasion, insuffler une dynamique de créativité. Sachant que ce patrimoine intéresse nombre de musiciens à travers le monde, l’association espère que ces derniers y trouveront une occasion de la servir dans le large espace de la world music. «La parution de l’anthologie de la musique gnaoui est une pierre de plus à notre édifice et nous espérons qu’elle ouvrira de nouvelles perspectives pour cet art ancestral et cette confrérie», a indiqué récemment Neila Tazi Abdi, productrice et directrice du Festival Gnaoua.