Le Canada et les États-Unis : des négociations pour le renouvellement de l’ALENA risquées pour les survies politiques de Justin Trudeau et Donald Trump

TRIBUNE. Les 3 pays de l’Amérique du Nord (Canada, États-Unis et Mexique) sont lié par des accords de commerce trilatérale que l’on appelle l’ALENA. Comme son nom l’indique, ce dernier est l’accord de libre-échange nord-américain. Il a été mis en œuvre en 1994 entre les gouvernements de ces trois pays. Cet unisson commercial a réduit considérablement les barrières tarifaires, facilitant ainsi le commerce des biens, des services et des capitaux. Cet accord a créé l’une des plus importantes zones de libre-échange au monde. Le fond de l’ALENA OU NAFTA en anglais ou TLCAN en espagnol. Le traité est entré en vigueur en 1994. Il est divisé en 22 chapitres, mais en gros, il dit ceci : ce qui est fabriqué chez vous peut être vendu chez nous sans droit de douane. Cet accord est menacé de disparaître parce que les États-Unis ne le trouvent plus à leur goût.Selon le premier des américains, l’ALENA est le « pire accord jamais signé » par son pays. Il estime qu’à cause de cette entente, trop d’entreprises aux États-Unis ont fermé des usines pour en ouvrir au Mexique. Plusieurs groupes aux États-Unis pensent comme lui, par exemple des travailleurs qui ont perdu leurs emplois. Aussi, par exemple, les États-Unis veulent vendre plus de fromage au Canada. Mais le Canada veut protéger les fermes laitières du pays, qui sont plus petites et reçoivent moins de subventions du gouvernement. Mais le libre-échange compte aussi de nombreux partisans aux États-Unis. Par exemple, beaucoup d’emplois ont été créés dans des entreprises qui vendent leurs produits au Canada. Au Mexique, l’ALENA a accéléré l’abandon des campagnes par les paysans : les importations de maïs en provenance des États-Unis leur ont fait concurrence. Certains ont pu se trouver du travail dans les usines qui ont été construites au Mexique dans le secteur de l’automobile ou de l’électronique… grâce à l’ALENA. Mais le taux de pauvreté au Mexique est plus élevé aujourd’hui qu’en 1994. Au Canada il y a 25 ans, de nombreux groupes étaient contre le libre-échange. Plusieurs syndicats des travailleurs s’y opposaient. Le Parti libéral du Canada, celui du premier ministre actuel, Justin Trudeau, avait promis de le modifier ou de s’en retirer. Aujourd’hui, le débat s’est calmé. Les économistes affirment que la population du Canada et son économie sont trop petites et que le pays a besoin d’avoir accès à des marchés comme celui des États-Unis pour prospérer. Presque plus personne ne s’oppose au libre-échange au Canada et la plupart des groupes et politiciens y sont favorables. Et tous souhaitent le maintien de l’ALENA. Le bilan global serait le suivant. 9 millions de personnes aux États-Unis qui n’auraient pas d’emploi si leur entreprise cessait d’exporter au Canada. 5 millions de paysans mexicains qui ont quitté leur terre entre 1994 et 1999 parce que leur culture de maïs ne rapportait plus assez d’argent. 7 millions d’emplois qui ont disparu dans les usines américaines depuis 30 ans… Mais les experts affirment que ce n’est pas à cause de l’ALENA : ce serait plutôt dû aux robots. 78 % des exportations canadiennes qui sont destinées aux États-Unis et au Mexique.290 milliards US serait la Valeur des échanges entre les trois pays de l’ALENA en 1993 contre 1100 milliards US pour ces mêmes trois pays de l’ALENA en 2016. Depuis son arrivée surprise au pouvoir en 2016, le président américain ne rate aucune occasion pour critiquer l’ALENA. Il prétend que ses alliés profitent de son pays et que cet accord lui est défavorable et qu’elle est injuste. Selon lui, l’Amérique d’abord et il faut le modifier en conséquence. Le Mexique a déjà renouvelé ses accords de commerce avec les Etats-Unis Le gouvernement américain a préféré isoler le Canada et il a conduit des pourparlers avec le Mexique. Ainsi, les deux parties ont choisi de conclure une entente de 16 ans avec une révision des enjeux problématiques tous les 6 ans. Même s’il y a mésentente sur un point au bout de 6 ans, l’accord demeurera ainsi toujours en vigueur. L’accord prévoit que les automobiles qui passent la frontière entre le Mexique et les États-Unis devront comporter au moins 75 % de contenu américain ou mexicain, et qu’une portion de 40 % à 45 % de la valeur du travail devra avoir été confiée à des travailleurs gagnant au moins 16 $ de l’heure. Il semble que le Mexique et les États-Unis aient laissé tomber le chapitre 19, ce qui constituerait une victoire pour les Américains. Ce chapitre de l’ALENA prévoit la création d’un panel indépendant de cinq arbitres en cas de litige sur un droit compensateur ou antidumping. Les États-Unis affirment que ce sont les tribunaux américains qui doivent arbitrer les conflits lorsque ça se passe sur leur territoire. Les principaux points de litige actuel avec le Canada Les principaux points de friction avec le Canada sont la question de son marché des produits laitiers et son attachement à une procédure de règlement des différends entre les partenaires du traité. Au Canada, l’industrie laitière génère près de 20 milliards de dollars qui emploie plus de 220 000 personnes. La gestion de l’offre est considérée comme sacrée au Québec et en Ontario, les deux provinces les plus peuplées du Canada, qui font et défont les gouvernements à Ottawa. C’est quoi la gestion de l’offre ? Afin de protéger le milieu agricole canadien contre les industries étrangères du lait, des œufs et de la volaille, le gouvernement canadien a instauré, à partir de 1972, un système de gestion de l’offre permettant non seulement de stabiliser les prix au pays, mais aussi de limiter les importations. Ce faisant, on assure une production constante pour les agriculteurs canadiens, tout en réduisant les risques de fortes fluctuations des prix. Pour y parvenir, le volume de production est strictement réglementé à l’aide de quotas. Au pays, cinq types de production sont assujettis à la gestion de l’offre : le lait et ses produits dérivés, le poulet, le dindon, les œufs de consommation et les œufs d’incubation. Si