
LIBRES PROPOS. Dans l’histoire militaire, chaque recrutement de masse, chaque formation de nouveaux soldats, chaque déploiement répond à une logique stratégique bien définie. J’ai comme l’impression que cela n’a pas été le cas avec la formation de la promotion « Guépard ».
Tenez! Après la chute de Bunagana en juin 2022, la nécessité de renforcer les Forces Armées de la République démocratique du congo (FARDC) devient évidente. Une campagne de recrutement est lancée et des milliers de jeunes répondent à l’appel. Selon certaines sources – difficiles à confirmer – la majorité des recrues de la promotion « Guépard » seraient issues de la région linguistique du Chef de l’État, des anciens miliciens « Kamuina Nsapu » (mais comme je l’ai dit, je ne sais confirmer ceci).
Au total, 10.000 jeunes recrues sont envoyées à la base militaire de Kitona (à près de 600 km au sud-ouest de Kinshasa). Pendant plus d’une année, ces nouvelles recrues suivent une formation militaire sous le regard attentif du pouvoir. Elles recevront à deux reprises la visite du Président Félix Tshisekedi et seront régulièrement inspectées par le Chef d’État-Major Général des FARDC à cette époque, le Général Christian Tshiwewe.
En octobre 2023, ces unités fraîchement entraînées sont deployées sur le front, dans l’est du pays, où le M23 continuait d’étendre son emprise sur plusieurs localités. C’est à ce moment que les failles criantes des unités « Guépard » éclateront au grand jour : une indiscipline flagrante, qui soulevait ainsi une question fondamentale, celle de savoir s’ils ont réellement été formés pour la guerre? Pourquoi?
=> Ce sont eux qui nous gratifieront régulièrement de vidéos ridicules sur WhatsApp, se mettant en scène comme des « Rambo », filmant leur propre bataille comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo.
=> Ce sont eux qui, au lieu de préserver la mémoire de leurs camarades tombés, diffuseront des vidéos de leurs corps sans vie, pleurant devant la caméra comme des enfants pris au piège d’un cauchemar.
=> Ce sont eux que l’on verra, sans honte ni retenue, fumer du chanvre et balancer ces vidéos sur Tiktok, sans que leur hiérarchie militaire n’intervienne pour imposer l’ordre et la discipline.
=> Ce sont eux qui, après chaque « repli stratégique », inonderont les réseaux sociaux de vidéos où ils insultent le Président Félix Tshisekedi, l’accusant de les avoir envoyés à l’abattoir sans préparation adéquate.
Il y a eu aussi cette erreur stratégique : dans les armées professionnelles, on n’envoie pas des unités fraîchement formées au combat sans une acclimatation préalable au terrain d’opération. Un soldat n’est pas seulement formé aux techniques de combat, il doit aussi s’adapter à l’environnement dans lequel il sera déployé. Or, la promotion « Guépard » a été formée dans les plaines de Kitona, un territoire plat, ouvert et sans relief escarpé. Comment pouvait-on espérer que ces soldats, qui n’ont jamais affronté les rigueurs du combat en montagne, puissent soudainement opérer avec efficacité dans les zones abruptes et boisées de l’est du pays, là où leur ennemi, le M23, lui, maîtrise chaque colline, chaque ravin, chaque sentier stratégique?
Je ne fais que poser des questions, en tant que citoyen lucide, soucieux de comprendre les enchaînements des faits et d’analyser la situation avec recul. Ceci n’est pas un jugement, mais une interrogation légitime. Car lorsqu’il s’agit de la sécurité et de la souveraineté nationale, aucune erreur ne devrait être tolérée.
Par Benjamin Babunga Watuna
Penseur libre.