
La peinture de caractère universel l’artiste-peintre Fatiha Laâlej, qui vit et travaille à Paris, ne saurait se limiter à ce regard récurrent sur les seuls environs de la peinture marocaine, maghrébine, arabe ou africaine. Sa peinture impressionniste n’est que le point de départ d’une errance dans laquelle elle nous entraîne avec elle pour faire quelques pas dans les territoires infinis de la création.
Dans son ouvrage, «La pensée et le mouvant», le philosophe français Henri Bergson, Prix Nobel de littérature (1927), a écrit : «C’est donc bien une vision plus directe de la réalité que nous trouvons dans les différents arts; et c’est parce que l’artiste songe moins à utiliser sa perception qu’il perçoit un plus grand nombre de choses». C’est autour de cette même perception que tournent les œuvres de l’artiste-peintre Fatiha Laâlej. En somme, ses travaux mettent en évidence la vocation première de l’art : retrouver toute l’intensité d’une perception non soumise à de telles nécessités de la vie pratique.
Il est question dans ses tableaux de modifier les apparences en vue de l’expression. Elle bouscule, malmène et renverse le sens commun des choses pour arriver à leur signification profonde. Ce qui explique la ferme volonté de Fatiha Laâlej de ne jamais s’en tenir des explications superficielles et d’aller plutôt au-delà des vues conventionnelles vers des réalités intérieures.
Dépassant les apparences dont elle refuse de se faire le reflet passif, évitant les pièges du plaisir décevant que procurent les seules harmonies décoratives, c’est dans une expérience spirituelle et philosophique que son travail propose d’entrer. Quel recueillement, quel silence contemplatif dans les œuvres de Fatiha! Ses nouvelles toiles nous prouvent ce cheminement intérieur. C’est aussi l’une des composantes de son univers impressionnistes aux envolées romantiques.
Sur le plan vertical, les étages superposés de la peinture réinterprètent continuellement, de toile en toile, cette vision de cette histoire humaine sertie par la vitesse des touches obliques tantôt lentes, tantôt rapides, tantôt étales, tantôt fébriles. Cela s’opère aussi par le changement d’atmosphère induit par le changement des tonalités chromatiques dominantes chaudes ou froides. Chaque toile exhibe alors sa gamme particulière.
Sur le plan horizontal, chaque tableau se présente comme une coupe dans une bande passante au déroulement infini, un arrêt sur image, à tel moment, dans le film du temps. La dimension verticale délimite l’espace, la dimension horizontale illimite le temps avec son absence de bornes latérales qui suggère que ce qui se déroule sur la toile n’est qu’un spécimen, dans l’instant présent, de ce qui se déroule hors-toile dans les deux directions gauche et droite, passé et avenir, libre à l’imagination de le prolonger indéfiniment.
La peinture de Fatiha Laâlej mène aussi un subtil jeu où la non-figuration ne se réduit pas au signe catalyseur qui l’arme et la désigne à travers la spontanéité du geste, ni aux seuls codes réducteurs d’une syntaxe soumise aux lois de la géométrie. En effet, sans adhérer radicalement à l’un des axes portants de l’abstrait, son œuvre se tient dans cette aire intermédiaire où l’analogie se fond dans les réseaux métaphoriques d’une écriture iconique de pure sensibilité. Une écriture qui s’avère tissée de multiples gradations, d’énergies foisonnantes canalisées par un flux régulateur et régie par une infrastructure subtile, qui en définit l’armature.
Le regard vacille sans cesse, émerveillé, entre ses toiles où chacune, d’une seconde à l’autre, suscite une vision nouvelle. Ainsi son œuvre se révèle-t-elle multiple, polymorphe, créatrice d’un univers pictural unique, comme toutes les grandes œuvres qui, qu’elles soient dramatiques, symphoniques, poétiques ou littéraires, sont si riches que l’on peut soi-même les déchiffrer et les interpréter de façons diverses. Ici, les silhouettes, les paysages, les sujets présentés parmi les grandes toiles, ne sont pas divertissements d’esthète, mais focalisation, symbole du regard de l’artiste elle-même et de l’émotion qu’elle éprouve.
Souvent, Fatiha Laâlej débute, sans idée préconçues, par des gestes très spontanés, c’est comme une exploration intuitive visant à traduire un monde intérieur qui est faite, à prime abord, sans souci de beauté rationnelle autre que la cohérence des formes et des couleurs. De cet élan créatif émergent des formes, une atmosphère, bref, une composition.
Bilal Kamil
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