
PARLONS-EN. Les fêtes nationales dans plusieurs pays, sont traditionnellement l’occasion d’annonces majeures: promotions dans les forces armées et dans d’autres secteurs d’activités, nouvelles orientations en matière de développement, geste d’apaisement à travers les grâces présidentielles, augmentation des salaires, décorations…
A la veille du 66ème anniversaire de l’indépendance, le président Denis Sassou Nguesso est secoué par les grèves que nous avons annoncées dans notre publication du samedi 1er août. Coincé, il hésite d’amnistier Mokoko et Okombi, de promouvoir certains officiers supérieurs et des cadres à la caisse des dépôts et de consignations (CDC).
Ces dernières années, les présidents Donald Trump, Alassan Ouattara, Félix Tshisekedi, pour ne citer que ceux-là, ont amnistié des détenus. Au Congo, M. Sassou, s’obstine à garder en prison Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa. Prétextes avancés, leur libération conjuguée au retour des exilés politiques raviverait les tensions dans un contexte économique et social déjà difficile. L’anathème jeté sur les détenus politiques ne se justifie pas. M. Sassou veut noyer ses difficultés et son embarras dans les nominations au sein des forces armées congolaises et à la Caisse des dépôts et consignations. La gestion calamiteuse actuelle procède des mauvais choix et de la nomination des méchants et incompétents sans foi ni loi à la tête de certaines structures. Ces derniers affament les personnels de santé, les universitaires, les retraités et autres qui sont obligés de grever avec toutes les conséquences qui suivent. Tous les hôpitaux sont sur le point de fermer leurs portes. L’hécatombe s’annonce.
L’investissement à long terme et l’origine des CDC africaines
La CDC, instrument financier majeur, a pour mission, entre autres, de recevoir et sécuriser les fonds confiés par des tiers (consignations judiciaires, dépôts obligatoires, avoirs en déshérence, etc.), de les investir sur le long terme et de financer des projets d’intérêt général. La CDC n’est ni une banque centrale ni une banque commerciale. Elle est avant tout un investisseur institutionnel public au service du développement national. C’est pourquoi sa gouvernance revêt une importance capitale. Au Bénin, la CDC créée sous l’impulsion de Romuald Wadagni est devenue, en quelques années, un acteur financier important, avec un bilan dépassant les 1000 milliards de fcfa en 2024, largement alimenté par les réserves de la Caisse nationale de sécurité sociale. Le Cameroun a activé sa CDC en 2023. Le 8 juillet 2026, le Togo a adopté en Conseil des ministres son projet de loi portant création d’une CDC.
Après des années de blocages, le Congo a finalement adopté son projet de texte en Conseil des ministres le 6 mai avant sa transmission au Parlement le 2 juin 2026.
De la loi de 2014 à la réforme de 2026
L’idée d’une CDC congolaise remonte à 2014 lorsque le ministre Gilbert Ondongo avait porté la loi n° 2-2014. Cette première mouture créait un EPIC fonctionnellement sous dimensionné ( gestionnaire passif de ressources excédentaires, sans ancrage réel dans la CEMAC, sans missions explicites sur les avoirs en déshérence ). Au même moment, le duo Bouya-Ondongo sévit sur tout le pan économique qui avait entraîné la récession à partir de 2015. Convaincus que M. Sassou perdrait le pouvoir au cours du référendum et des élections de 2016, le duo vide les caisses et distribue une infime partie aux membres du clan. Ils sortent, avec l’aide des tiers, des devises, surfacturent les travaux qu’ils se ristournent par le biais des emprunts obligataires et autres. Par exemple, 1500 milliards de fcfa dépensés en 3 mois. Ils planquent plusieurs milliards de fcfa en Chine, au Portugal, à Aruba, etc. Mais c’était sans compter la brutalité de Ndengue et Mboulou qui vont maintenir Sassou. Remettre l’argent dans les tuyaux pour soulager les congolais pose problème. A côté, toutes les créances sont en maturité. La solution immédiate que trouvent les gouvernants, c’est relancer la CDC.
La réforme engagée en 2026 de la CDC après la validation du parlement, devrait corriger ces insuffisances si la commission finances de l’assemblée bosse convenablement. La CDC doit être un véritable outil d’ingénierie financière, un tiers de confiance chargé notamment de la gestion des avoirs en déshérence conformément aux normes de la COBAC, mais également un co-investisseur souverain pour accompagner les grands projets du Plan national de développement (PND) 2027-2031. Mais que de convoitises ! Des candidats du pouvoir se bousculent pour diriger cette nouvelle institution. Parmi eux figurent : Sylvère Armel Dongou soutenu par Ninelle Ngouolondele, Dominique Ursel Tsono Ndzale, pion de Christian Yoka pour se remplir les poches, Philippe Andely soutenu par son oncle Roger Rigobert Andely, Éric Gangara, soutenu par Omar Denis Junior Bongo Okemba, et Branham Kombo Kintombo…
Cette compétition illustre les rivalités qui traversent actuellement les différentes sensibilités du régime. M. Sassou devrait privilégier la nation plutôt que le clan car, la CDC est appelée à gérer des ressources considérables destinées à financer le développement du pays. Les dirigeants de la CDC devraient être choisis sur la base de leur compétence, de leur expérience et de leur intégrité. Dans un contexte marqué par les tensions internes et les rivalités entre différentes factions, les nominés vont peser sur la crédibilité de cette nouvelle institution et, plus largement, sur la confiance des investisseurs dans
l’économie congolaise.
Pourquoi M. Sassou ne piocherait-il pas les cadres dans le vivier Kongo-Lari ou Likoualien pour diriger la CDC plutôt que de toujours choisir des Mbochis ?
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Journaliste engagé, fondateur du groupe de médias Talassa.



