TRIBUNE. L’école marocaine produit des « Marocains temporaires »

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L’école marocaine, tant publique que privée, a lamentablement échoué dans ses tâches principales, à savoir :

– Développer le sentiment d’appartenance de l’enfant à la société et celui de l’amour de la patrie.

– Éduquer l’enfant sur son rôle fondamental dans le développement de la société et du pays.

– Éduquer l’enfant sur le fait qu’il est un acteur important du changement et du progrès social et qu’il ne se contente pas d’obtenir des notes élevées pour gagner sa vie.

– Faire prendre conscience à l’enfant qu’acquérir des connaissances, c’est avant tout servir sa société, son pays et l’humanité dans son ensemble.

– habituer l’enfant à aimer sa langue maternelle, c’est-à-dire la darija.

– Aider l’enfant à découvrir et aimer les différentes cultures, traditions et coutumes de son pays.

– Développer l’amour de la connaissance chez l’enfant afin de ressentir la joie de la découverte et du savoir.

– Aider l’enfant à acquérir une personnalité équilibrée et à développer sa confiance en lui-même et en sa société, ainsi qu’à l’aider à atteindre l’harmonie et la satisfaction sur le plan personnel et dans ses relations avec sa communauté et son pays.

– Fournir tous les éléments nécessaires à l’enfant pour faire mûrir son cerveau et équilibrer ses fonctions cognitives et émotionnelles.

– Accompagner l’enfant dans l’intégration de toutes les valeurs morales sociales et vertus nécessaires pour parvenir à un meilleur équilibre entre sa vie physique, émotionnelle et spirituelle.

– Préparer l’enfant à développer un esprit critique, tolérant et respectueux.

– Former l’enfant à s’ouvrir à la diversité et aux différences de cultures, de traditions et de croyances, et en d’autres termes, le former à détruire tous les préjugés et lui permettre d’avoir un esprit ouvert, flexible et sans jugement.

L’école marocaine n’a absolument pas réussi à atteindre ne serait-ce qu’un pour cent de ces objectifs mentionnés ci-dessus, car elle ne se soucie pas du tout de l’enfant en tant que citoyen, et elle ne lui a pas inculqué l’amour de la construction et de la réforme de la société et du pays.

Malheureusement, l’école a réduit l’enfant à un simple « cerveau », un récipient vide qui doit être rempli de multiples programmes qui lui permettront de gagner de l’argent dans le futur. En conséquence, l’école prépare et offre des citoyens robotiques insensibles au bien-être, au confort et à la paix de la société et de la nation.

Comme ces enfants ont toujours été considérés comme de simples « cerveaux », dès l’obtention du baccalauréat, on les a tous vu chercher à s’enfuir à l’étranger, car aucun lien n’était tissé avec leur langue maternelle (la darija), avec leur culture, avec leurs traditions, avec leur société et avec leur pays quand ils étaient jeunes et adolescents. Au contraire, l’école a réussi à implanter une préférence pour les langues étrangères et à glorifier l’Occident, directement ou indirectement.

A l’école, les enfants n’ont jamais acquis le sentiment d’appartenance à la société, leur rôle et leur devoir fondamental de contribuer au progrès et à la prospérité de leur société et de leur pays, car l’école ne les a jamais considérés comme des citoyens marocains avec leur sensibilité émotionnelle et leur dignité sociale. Ainsi, leur seule identité acquise est celle d’un « organe cérébral ».

Ce qui est pire, c’est que ceux qui n’ont pas pu s’enfuir à l’étranger et ont été contraints de rester amèrement au Maroc, considèrent leur travail comme une simple source financière pour pouvoir vivre et non comme, en toute conviction et foi, un service rendu à la société. Aussi, tous ceux qui sont bloqués au Maroc ont l’impression d’être dans une prison et dans une salle d’attente, c’est pourquoi ils tentent par tous les moyens de s’évader à l’étranger à tout moment de leur vie, même à un âge avancé, comme le montre leur avidité d’immigrer au Canada, aux États-Unis et en Allemagne. Autrement dit, pour ces « Marocains temporaires », le pays n’est qu’une vache laitière dont ils exploitent le lait, la viande et la peau pour leur propre bien-être.

Ces « marocains temporaires » ne se soucient pas du bien-être de la société car on ne leur a pas appris à l’école qu’ils sont des « enfants citoyens », mais seulement qu’ils sont des « cerveaux ». Leur seule préoccupation reste donc de fuir « le pays-prison ». C’est pourquoi, pendant de nombreuses années, le cri des médias a été intitulé « immigration des cerveaux marocains à l’étranger », mais en réalité il ne s’agit pas d’une immigration mais plutôt d’une « fuite ».

Docteur Jaouad MABROUKI

Psychiatre, psychanalyste de la société arabe

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