RD Congo. Lumumba, étoile filante

RETRO. Aux élections de mai 1960, chaque leader régional l’emporta chez lui. Lumumba fut le seul qui grapilla des députés un peu partout (5 provinces sur 6) mais ne s’en sortit qu’avec une majorité très relative: 33 députés sur 137. Il forma un gouvernement qui fit beaucoup de mécontents. Tshombe ne goba pas que son parti n’eût que 2 postes alors que sa province alimentant le gros du budget de ce nouveau Congo. Il estimait valoir plus de considération. Albert Kalonji, l’indépendantiste baluba fut sans portefeuille. Kasavubu gagna le poste de président de la république (plutôt protocolaire) avec l’appui de Lumumba qui voulait s’assurer un appui sur Léo. Mais du coup, le poste échappait à Jean Bolikango à qui il était promis, vexant au passage ses concitoyens de la province de l’Equateur. Le 23 juin le nouveau parlement vota de justesse sa confiance au gouvernement. Le 30 juin, jour des festivités officielles de l’indépendance était un jeudi. Les discours peu diplomatiques de part et d’autres avaient fait les choux gras de la presse mondiale, mais la situation nationale était calme. L’état de fête continua tout le weekend. Ce furent les seuls jours de paix pour le nouvel Etat congolais, durant les 5 années qui allaient suivre. Le chaos. Dès le lundi 4 juillet, les soldats de la force publique ne souhaitant plus obéir à leurs officiers belges, racistes et rotors, se mutinèrent. Ils revendiquaient de meilleurs salaires, des postes de commandement, des grades et les avantages des officiers blancs. Le mardi 5 juillet, le général Janssens, le belge qui dirigeait cette force rassembla les troupes pour leur expliquer que leurs missions et leurs positions ne changeront pas, jusqu’à ce que soient formés des officiers congolais progressivement. Pour bien se faire comprendre, il écrivit sur un tableau noir en majuscule : AVANT L’INDEPENDANCE = APRES L’INDEPENDANCE. Mauvaise idée. La mutinerie se propagea dans d’autres casernes, au-delà même de la capitale. Le 6, Lumumba qui est aussi ministre de la défense, éleva d’un grade tous les soldats. Sans effet ! c’est le commandement qu’ils exigeaient, par le remplacement des belges comme promis par la propagande du MNC avant l’élection. Le revers de la démagogie rattrapait le régime. La mutinerie se poursuivit le 7. Les belges étaient maintenant violentés, des femmes blanches violées, des biens pillés. La Belgique qui avait demandé une semaine auparavant aux ex-colons de rester, les encourageait maintenant à partir. Le 8 juillet, Lumumba renvoya Janssens et nomma Victor Lundula (un ancien infirmier militaire) au grade de major-général et commandant en chef des forces armées, et Mobutu, ancien sergent-comptable de la force publique, comme colonel et chef d’état-major général. Les sergents et adjudants (grades les plus élevés pour les noirs dans la force publique) réhaussés deux jours auparavant seulement furent nommés brutalement commandants et colonels. Cela calma un peu le jeu. Crût-on, parce que le week-end fut calme. L’anarchie. Dans le nuit du dimanche 10 au lundi 11 juillet, 5 belges sont assassinés à Elisabethville (Lubumbashi) au Katanga. Le ministre belge de la défense décida de faire décoller des avions chargés de soldats belges de la base de Kitona pour aller protéger et évacuer les belges de la ville. Ces militaires désarmèrent l’armée régulière sur place. Tshombe y vit une aubaine et proclama aussitôt, la sécession du Katanga. Il reçut le soutien (tacite officiellement mais réel sur le terrain) de la part de la Belgique. Fureur de Lumumba et Kasavubu qui demandèrent par télégramme l’intervention des Nations Unies et la condamnation de la Belgique qui a envahi leur pays. Lors des discussions urgentes tenues au conseil de sécurité le 12 juillet, l’URSS fut le plus radical pour exiger le départ des belges et l’envoie des casques bleus pour sauvegarder l’indépendance du Congo. Informé de ce soutien, Lumumba ET Kasavubu, firent un nouveau télégramme le 14 juillet pour demander l’appui de l’URSS, et annoncer la rupture de leurs relations diplomatiques avec leur ancien colonisateur pour agression. Les Etats unis tombèrent immédiatement en panique. Nous sommes en pleine guerre froide. Le Congo possède des minerais militaires comme l’uranium mais aussi le cobalt très utile pour la fabrication des missiles et à l’époque, seuls le Congo et l’URSS en ont des réserves importantes connues. Les Etats Unis sont fous de rage. La CIA recrute alors Mobutu pour les tenir informés et agir par lui. Fin juillet, les casques bleus (ghanéens, marocains, indiens…) sont là mais n’obéissent pas à Lumumba comme il le voudrait, c’est-à-dire suppléer à son armée en décomposition, sans commandement, afin de mater la sécession. Le 23 juillet, le PM du nouvel Etat en déconfiture décide d’aller lui-même plaider sa cause tant à l’ONU qu’à la Maison Blanche. Ca sera un fiasco. L’homme arrivé sans rendez-vous, pose des exigences à l’ONU, veut des réponses sur le champ, débarque à la Maison Blanche à l’improviste (Eisenhower refusera de le recevoir) et, dit-on, demande à un fonctionnaire du département d’Etat de lui trouver une fille pour la nuit. Blonde, aurait-il précisé. Dans le même temps, les soviétiques envoient du matériel, des avions et de l’aide humanitaire au Congo comme pour rendre douteux tous les rétropédalages que Lumumba pourrait faire à Washington. Lumumba apparaît fourbe. Pour les USA, il faut stopper l’affront. L’Armageddon Dès son retour à Léopoldville, le 6 août, les Etats-Unis envoient des agents pour l’abattre. Le coup de la dentifrice empoisonnée échouera. La Belgique fait pression sur Kasavubu pour démettre Lumumba au risque d’être balayés ensemble. Le 8 Août Albert Kalonji annonce la sécession du Kasaï-sud et se fait proclamer souverain (Molupwe). Inacceptable pour l’unitariste Lumumba qui décida d’y envoyer son armée pour mater la nouvelle sécession. Contrairement au Katanga il n’y avait pas de troupes belges pour protéger cette aventure, ça lui semblait jouable. L’armée congolaise, dirigée par des sergents devenus colonels il y a deux mois, sans argent, sans encadrement, va y commettre des massacres sur les civils sur tout son passage. Un carnage. Le SG de l’ONU offusqué parlera de « génocide contre les baluba ». Il
RD Congo. Indépendance cha cha!

RETRO. A Bruxelles, la plus importante décision concernait le calendrier électoral. Rien ne paraissait vraiment important aux yeux des négociateurs congolais une fois l’indépendance convenue. « Le reste nous regarde » lança hagard à la presse belge, Albert Kalondji un des représentants du MNC, le parti dirigé par Lumumba dont il provoquera une scission juste au retour de cette concertation, souhaitant l’indépendance de son pays baluba au sud-Kasaï, où il se proclamera empereur (Molupwe). Ca c’est une autre histoire. En attendant, les préalables pour bricoler un pays étaient colossaux. Il fallait créer une constitution, monter une administration et ses règles de fonctionnement, ses corps d’inspecteurs, de diplomates, des magistrats, de militaires, construire des ministères, des bureaux provinciaux, créer un cadastre, sortir des pièces d’identités, des permis de conduire, une monnaie, un régime fiscal différent du régime colonial, imprimer des timbres postes… Il ne restait plus que 4 mois jusqu’à l’indépendance et il leur semblait logique, apparemment, que c’était à la Belgique de s’en occuper. L’idée d’un gouvernement autonome de transition vers l’indépendance ayant été rejetée. Et que dire du transfert du portefeuille industriel et économique ? Les héros de la table ronde n’avaient plus le temps. Il fallait rentrer battre campagne pour les élections nationales et provinciales à venir. Cette question fut laissée pour une seconde table-ronde, dite économique, fixée pour avril. Aucun des leaders ne fit le déplacement. Ils envoyèrent des seconds couteaux appuyés par des étudiants qui se trouvaient déjà en Belgique. Lumumba y envoya Mobutu le représenter. Le futur guide zaïrois en gardera toute sa vie un souvenir amer. « Ni moi, ni aucun de mes compagnons n’y comprenions rien en finance, en fiscalité, en droit commercial, ou en économie », écrira t-il 20 ans après. « Nous étions comme nos ancêtres face aux explorateurs et devions signer des accords sur des formules que nous entendions pour la première fois. » Les entreprises belges se donnèrent le droit de choisir s’ils voulaient appliquer le droit belge ou congolais après l’indépendance. Le parlement belge votait au même moment des lois qui empêcheraient toute mainmise du nouvel Etat sur les actifs belges au Congo. Les mécanismes qui permettaient la prospérité de la colonie étaient confisqués sous des yeux innocents. C’était ni plus ni moins qu’un braquage. Cette expérience forgera beaucoup le nationalisme économique du maréchal et justifiera la politique de zaïrianisation un peu plus tard. A l’indépendance la RDC avait des équipements de poids. Plus de 14.000 km de voies ferrées, pas moins de 300 centres de santé, une centaine de ports, des industries minières parmi les plus modernes au monde, environ 150 centrales de production d’électricité, thermiques ou hydrauliques… Mais personne pour les faire marcher côté congolais. Le pays n’avait aucun ingénieur noir, pas un seul médecin, pas un juriste, pas un économiste, pas un officier de la force publique, pour 15 millions d’habitants. Durant son exil après la prise de pouvoir de Mobutu, Tshombe confia au président algérien que « si nous avions pris 5 ans pour préparer la succession, il y aurait eu des officiers congolais dans la force publique, et la mutinerie du lendemain de l’indépendance n’aurait probablement jamais eu lieu ». Pendant ce temps les leaders faisaient le beau dans leurs fiefs, diffusant des tracts les plus insensés pour leur campagne. Si vous votez notre parti, les belges seront parti des le 1 juillet et tout nous appartiendra. Les usines, les plantations, leurs voitures, leurs maisons et leurs femmes. Lançait l’Abako. Le pays dansait dans l’ignorance au rythme d’ « indépendance tcha tcha » qui venait de sortir, comme des fêtards ivres à bord d’un train fou qui file vers les abimes. Par Hervé Mahicka