Le recours à la main d’œuvre enfantine reste un sujet de préoccupation au Maroc

Le travail des enfants reste un sujet de préoccupation pour la communauté mondiale qui a célébré, dimanche 12 juin, la fameuse Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants. Placée cette année sous le thème «La protection sociale universelle pour mettre fin au travail des enfants», cette journée a été l’occasion pour le Haut-commissariat au plan (HCP) de revisiter ce phénomène que le Maroc peine à éradiquer. Une triste réalité qui continue à occuper les petites mains et à les éloigner des bancs de l’école, en dépit des déclarations de bonnes intentions entendues ici et là, à longueur des années. Quoi qu’il en soit, et pas plus tard qu’en 2021, parmi les 7.493.000 enfants de 7 à 17 ans, le Maroc comptait encore 148.000 enfants exerçant une activité économique. Ce qui, selon les experts du Haut-commissariat, représente 2% de cette catégorie de population. «Cette part est de 3,8% en milieu rural (119.000 enfants) et 0,7% en milieu urbain (29.000 enfants», a souligné l’institution publique dans une note sur cette journée précisant que l’effectif des enfants au travail a baissé de 26% par rapport à 2019. Précisons également que les données recueillies par le Haut-commissariat montrent que ces enfants sont à 80,4% ruraux, 79,5% masculins et à 87,5% âgés de 15 à 17 ans. En outre 12,1% parmi eux sont scolarisés, 85,7% ont quitté l’école et 2,2% ne l’ont jamais fréquentée. Selon la note du HCP, «près de 65% des enfants au travail bénéficient d’une couverture médicale alors que cette proportion remonte à 75% pour l’ensemble des enfants de 7 à 17 ans». Poursuivant son analyse, l’organisme public a par ailleurs indiqué que le phénomène des enfants au travail reste concentré dans certains secteurs économiques et diffère selon le milieu de résidence. Il ressort ainsi de cette analyses qu’en milieu rural, ils sont 82,2% à travailler dans l’«agriculture, forêt et pêche». En zones urbaines, les «services», avec 58,4%, et l’«industrie», avec 24,7%, sont les principaux secteurs employeurs d’enfants. Les mêmes données révèlent aussi que «près de trois quarts des enfants au travail ruraux sont des aides familiales ; en milieu urbain, 45,2% des enfants au travail sont des salariés, 27,5% des apprentis et 20,5% des aides familiales», a fait savoir le HCP dans sa note. Au Maroc, 88.000 enfants de 7 à 17 ans sont engagés dans des activités dangereuses, ce qui représente 1,2% des enfants de cette tranche d’âge Il est important de relever ici que près de 6 enfants au travail sur 10 (59,4%) accomplissent des travaux dangereux (88.000 enfants), ce qui représente 1,2% des enfants de cette tranche d’âge, a indiqué le Haut-commissariat précisant que 73,7% des enfants exerçant des formes de travail dangereux sont ruraux, 88,6% de sexe masculin et 81,9% âgés de 15 à 17 ans. Les enfants exerçant dans le secteur de l’«industrie» restent les plus exposés aux dangers, avec une part de 90,2%. Cette proportion est de 73,3% dans le secteur des «services», 71,2% dans les BTP, et de 51,1% dans l’«agriculture, forêt et pêche». Dans sa note, le Haut-commissariat souligne également la place et le rôle des ménages dans la pérennisation de ce phénomène en invoquant des chiffres bien plus que parlants. En effet, comme l’attestent les données analysées, le phénomène des enfants au travail a concerné 109.000 ménages, ou environ 1,3% des ménages marocains, concentrés dans les zones rurales (82.000 ménages contre 27.000 dans les villes) et près de 9,5% d’entre eux sont dirigés par des femmes. Dans le détail, l’organisme public constate que «ce sont les ménages de grande taille qui restent le plus concernés par le phénomène des enfants au travail. La proportion des ménages ayant au moins un enfant au travail est de 0,5% pour les ménages de trois personnes, et elle augmente progressivement avec la taille pour atteindre 3,5% parmi les ménages de 6 personnes ou plus». L’autre enseignement que l’on peut tirer de la note du HCP, c’est que le niveau d’instruction du chef de ménage est un facteur à l‘origine de ce phénomène. Il apparait ainsi que «la proportion des ménages dont au moins un enfant est au travail est de 2% parmi les ménages dont le chef n’a aucun niveau d’instruction alors qu’elle est insignifiante parmi ceux dont le niveau d’instruction est supérieur». Dans sa note, le Haut-commissariat fait aussi un autre constat : plus on avance dans l’échelle sociale plus l’effectif des enfants au travail diminue. C’est ainsi qu’il ressort que «50,4% des enfants au travail sont issus des ménages dirigés par d’exploitants agricoles, 16,6% par de manœuvres, 21,3% par de cadres moyens, d’employés, de commerçants, de conducteurs d’installations ou d’artisans, et 11,4% proviennent des ménages dirigés par d’inactifs. Le phénomène demeure quasi-inexistant au sein des ménages dirigés par de cadres supérieurs», a conclu le HCP. Alain Bouithy
Nestlé annonce un plan innovant pour lutter contre les risques de travail des enfants, augmenter les revenus des agriculteurs et atteindre une traçabilité intégrale du cacao

Nestlé a annoncé aujourd’hui (28 janvier 2022, Dnr) un nouveau plan pour lutter contre les risques de travail des enfants dans la production de cacao. Au cœur de ce plan, se trouve un programme innovant d’augmentation des revenus visant à améliorer les conditions de vie des familles de producteurs de cacao, tout en faisant progresser les pratiques d’agriculture régénératrice et l’égalité des genres. Une prime en espèces sera versée directement aux familles de producteurs de cacao pour certaines activités, telles que la scolarisation des enfants ou l’élagage. Le nouveau plan de Nestlé soutient également les efforts de la Société pour transformer son approvisionnement mondial en cacao, afin d’assurer une traçabilité et une ségrégation intégrales de ses ingrédients à base de cacao. Tout en continuant d’étendre ses efforts en matière de développement durable dans le cacao, Nestlé prévoit d’investir un total de 1,3 milliard de CHF d’ici 2030, triplant ainsi son investissement annuel actuel. Le programme d’augmentation des revenus propose une nouvelle approche pour aider les agriculteurs et leurs familles dans leur transition vers une culture du cacao plus durable. Les primes encourageront les changements de comportement et l’adoption de pratiques agricoles qui aideront à renforcer progressivement la résilience sociale et économique à long terme. Grâce à la nouvelle approche de Nestlé, les familles de producteurs de cacao seront désormais récompensées non seulement pour la quantité et la qualité des fèves de cacao qu’elles produisent, mais aussi pour les bienfaits qu’elles apportent à l’environnement et aux communautés locales. Ces primes s’ajoutent à celle déjà introduite par les gouvernements de la Côte d’Ivoire et du Ghana que Nestlé paie et aux primes que Nestlé offre pour le cacao certifié. Ce cacao est contrôlé de manière indépendante selon les normes en vigueur en matière d’agriculture durable de Rainforest Alliance, promouvant le bien-être social, économique et environnemental des agriculteurs et des communautés locales. Les communautés auxquelles appartiennent les producteurs de cacao sont confrontées à d’immenses problématiques, notamment une pauvreté rurale importante, des risques climatiques croissants et un manque d’accès aux services financiers et aux infrastructures de base telles que l’eau, les soins de santé et l’éducation. Ces facteurs complexes accroissent le risque de travail des enfants dans les exploitations agricoles familiales. En collaboration avec des partenaires tels que des gouvernements et en s’appuyant sur un programme pilote prometteur, la nouvelle initiative de Nestlé mettra l’accent sur les causes profondes du travail des enfants. «Notre objectif est d’avoir un impact supplémentaire tangible et positif sur un nombre croissant de familles de producteurs de cacao, en particulier dans les régions où la pauvreté est largement répandue et les ressources rares, et d’aider à combler à long terme l’écart auquel elles sont confrontées par rapport au revenu vital», a déclaré Mark Schneider, CEO Nestlé. «Poursuivant nos efforts depuis plusieurs années pour un approvisionnement durable en cacao, nous continuerons d’aider les enfants à aller à l’école, d’encourager l’autonomie des femmes, d’améliorer les techniques agricoles et de faciliter l’accès aux ressources financières. Nous pensons qu’une collaboration avec les gouvernements, les ONG et d’autres acteurs de l’industrie du cacao nous permettra de contribuer à améliorer la vie des familles de producteurs de cacao et de donner aux enfants la chance de s’instruire et de grandir dans l’environnement sûr et sain qu’ils méritent.» Offrir des primes en espèces pour accroître les revenus de manière substantielle Le programme récompense les pratiques qui augmentent la productivité des cultures et aident à garantir des sources de revenus supplémentaires, afin de combler l’écart par rapport au revenu vital. En s’engageant dans ces pratiques, les familles peuvent gagner jusqu’à 500 CHF supplémentaires par an au cours des deux premières années du programme. La prime plus élevée au départ aidera à accélérer la mise en œuvre de bonnes pratiques agricoles pour avoir un impact futur. Cette prime sera ensuite de 250 CHF lorsque le programme commencera à fournir des résultats tangibles. La prime payée ne dépend pas du volume de cacao vendu et est inclusive pour apporter un soutien significatif aux petits agriculteurs, sans laisser personne de côté. Comparativement aux pratiques habituelles, le programme offre également des primes au conjoint ou à la conjointe de l’agriculteur, qui est généralement responsable des dépenses du ménage et de la garde des enfants. En répartissant les paiements entre l’agriculteur et son conjoint ou sa conjointe, le programme contribue à l’autonomisation des femmes et à l’amélioration de l’égalité des genres. Voici quelques exemples de pratiques que Nestlé entend encourager grâce à la prime: Scolarisation de tous les enfants de la famille âgés de 6 à 16 ans ; Adoption de bonnes pratiques agricoles, tel l’élagage qui améliore la productivité des cultures ; Promotion des activités d’agroforesterie contribuant à renforcer la résilience climatique, comme la plantation d’arbres d’ombrage ; Diversification des revenus, notamment par le recours à d’autres cultures, à des élevages comme l’aviculture et l’apiculture ou à la transformation d’autres produits tels que le manioc. Les paiements seront effectués au moyen d’un système sécurisé de transfert électronique par téléphone mobile qui assurera la traçabilité directement des fournisseurs de Nestlé jusqu’aux destinataires. Étant donné que les flux de trésorerie tout au long de l’année représentent souvent un défi, les primes en espèces seront distribuées au moment où elles seront le plus nécessaires. En nous référant aux avis des agriculteurs, ces moments incluent la rentrée scolaire et la période précédant la saison des pluies. Des tiers, dont International Cocoa Initiative et Rainforest Alliance, travailleront avec Nestlé pour le suivi. Aider les agriculteurs à adopter des pratiques durables et susceptibles d’être adaptées à plus grande échelle En s’appuyant sur les résultats positifs obtenus dans le cadre d’un premier projet pilote mené en 2020 en Côte d’Ivoire auprès de 1000 agriculteurs, Nestlé étendra ce programme auprès de 10 000 familles, avant de l’implémenter au Ghana en 2024. La Société évaluera cette phase de test et fera les ajustements nécessaires, avant de déployer ce programme auprès de toutes les familles de producteurs de cacao dans sa toute chaîne d’approvisionnement au niveau mondial d’ici 2030. Nestlé veillera à ce que les agriculteurs disposent des ressources, de la formation
La Fao appelle à lutter contre le travail des enfants dans l’agriculture pendant le COVID-19 et après

La FAO a célébré aujourd’hui la Journée mondiale contre le travail des enfants en soulignant le besoin absolu d’intensifier les efforts afin de prévenir une hausse du travail des enfants dans l’agriculture suite aux perturbations que la pandémie du COVID-19 a provoqué, à l’échelle mondiale, au niveau des moyens d’existence, de l’éducation, et des systèmes alimentaires et sanitaires. L’édition de cette année se penche sur les mesures susceptibles de combattre le travail des enfants et notamment grâce à l’aide alimentaire, le soutien aux moyens d’existence, la protection sociale, et les programmes pour la santé et l’éducation qui contribuent à protéger les enfants en leur atténuant les impacts de la pandémie, rappelle l’agence dans un communiqué. La FAO et ses partenaires soutiennent ce type d’initiatives dans le cadre de leurs actions qui visent à garantir des conditions de travail décentes dans les secteurs agricoles. Même avant la pandémie, plus de 70% de la main-d’œuvre infantile – 108 millions de garçons et de filles dans le monde – était employée dans les secteurs agricoles, qui comprennent la pêche et l’aquaculture, la foresterie, l’élevage et les cultures. Le COVID-19 risque d’exacerber cette situation et d’augmenter le nombre d’enfants qui quitteront l’école pour aller travailler. Au moins 320 millions d’enfants n’ont plus accès aux repas scolaires depuis que la crise du COVID-19 a éclaté. À cause des fermetures d’écoles et des difficultés économiques auxquelles les ménages sont confrontés du fait de la pandémie, les enfants risquent d’être mis à contribution dans des conditions de travail dangereuses et inacceptables. Pour sensibiliser le public aux répercussions que cela pourrait avoir et susciter un élan en vue de l’Année internationale de l’élimination du travail des enfants en 2021, la FAO en collaboration avec le Partenariat international de coopération sur le travail des enfants dans l’agriculture (IPCCLA) a organisé un débat intitulé Meant to (l)earn sur le thème de la prévention et de la réduction du travail des enfants dans l’agriculture pendant le COVID-19 et après. Le débat compte avec la participation, entre autres, de l’activiste, réalisatrice libanaise nommée aux Oscars et pluri-récompensée Nadine Labaki et de Molly Namirembe, anciennne enfanant travailleur en Ougand. La modératrice est Valériane Gauthier, la journaliste et présentatrice de France 24. A noter que pour célébrer cette Journée, la FAO a également lancé un nouveau Cadre pour l’élimination du travail des enfants dans l’agriculture qui devra guider l’Organisation et son personnel en vue d’intégrer les mesures de lutte contre le travail des enfants dans les programmes de la FAO à l’échelle locale, régionale et mondiale. Le Cadre aidera aussi les bureaux nationaux à interagir avec les parties prenantes de la FAO, comme les ministères compétents en matière d’agriculture et d’autres ministères et partenaires concernés, en les sensibilisant à l’interconnexion entre le travail des enfants et les domaines de travail de la FAO. Avec CM
Le travail des enfants demeure préoccupant

Le travail des enfants et la traite des êtres humains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales restent des sujets de préoccupation importants, a annoncé l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un récent rapport dévoilant de nouvelles estimations. Le document, qui fournit les toutes premières estimations du travail des enfants et de la traite des êtres humains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, révèle qu’une part importante du travail des enfants et de la traite des êtres humains s’effectue dans les premiers niveaux des chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces pratiques seraient notamment observées dans les activités comme l’extraction de matières premières et l’agriculture, souligne le rapport établi par des membres du partenariat Alliance 8.7, en réponse à un appel des ministres du Travail et de l’Emploi du G20 afin d’évaluer les violations des droits fondamentaux au travail dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Selon ce document, intitulé « Mettre fin au travail des enfants, au travail forcé et à la traite des êtres humains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales », 26% des enfants employés dans les chaînes d’approvisionnement mondiales se trouvent en Asie de l’Est et du Sud-Est, 22% en Amérique latine et dans les Caraïbes et 12% en Asie centrale et du Sud. De leur côté, l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord et l’Asie occidentale abritent respectivement 12% et 9% des enfants employés dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, selon le rapport établi par des membres du partenariat Alliance 8.7. Ainsi que l’a souligné le directeur général de l’OIT, Guy Ryder, «ce rapport montre l’urgente nécessité de prendre des mesures efficaces afin de combattre les violations des droits fondamentaux au travail qui ont lieu dans les chaînes d’approvisionnement». S’il détermine plusieurs domaines prioritaires dans lesquels les gouvernements et les entreprises peuvent faire davantage, ce rapport souligne surtout le rôle essentiel des Etats pour combler les lacunes dans la législation, l’application de la loi et l’accès à la justice et pour établir un cadre de conduite responsable des entreprises. « Le rapport analyse aussi la manière dont les gouvernements peuvent montrer l’exemple en intégrant des critères de diligence raisonnable dans leurs propres activités, en tant que fournisseurs de biens et de services, propriétaires d’entreprises et distributeurs de crédits et de prêts », souligne l’OIT ajoutant qu’il définit aussi une vaste approche préventive, axée sur les causes profondes dont le dénuement des enfants et de la famille, notamment dans les segments externalisés qui se trouvent en amont des chaînes d’approvisionnement opérant dans l’économie informelle. Si pour Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, qui s’exprimait dans le cadre du Forum pour la paix de Paris, « la création d’un environnement propice à la diligence raisonnable pour une conduite responsable des affaires doit être une action décisive des gouvernements », le directeur général de l’OIM, Antonio Vitori, pense que «la lutte contre la traite des êtres humains dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ne sera pas suffisante si elle ne s’étend pas au-delà des fournisseurs immédiats pour inclure les opérateurs qui sont engagés en amont dans des activités comme l’extraction de matières premières et l’agriculture, qui servent d’intrants pour d’autres industries». «Le travail des enfants a des conséquences néfastes tout au long de la vie sur le développement physique, mental et social des enfants, les privant de la chance de pouvoir jouer et apprendre», a déclaré Henrietta Fore, directrice exécutive de l’UNICEF. Et d’ajouter : «Nous devons nous attaquer aux causes profondes qui poussent les enfants à travailler, telles que la pauvreté et la violence. Nous avons aussi besoin de solutions concrètes pour faire en sorte que les familles aient des sources de revenu alternatives et que les enfants aient accès à une éducation de qualité et à des services de protection». Alain Bouithy
Les conflits et les déplacements de population font augmenter le travail des enfants

Les conflits et les guerres de la dernière décennie ont coïncidé avec une augmentation du travail des enfants parmi les réfugiés, les déplacés internes et d’autres populations de la région, selon un rapport élaboré par plusieurs organisations. Le rapport Child Labour in the Arab Region: A Quantitative and Qualitative Analysis (Le travail des enfants dans la région arabe: une analyse quantitative et qualitative) est le premier à fournir un aperçu du profil et des tendances du travail des enfants dans les 22 états membres de la Ligue des États arabes (LEA). «Ces dix dernières années, durant lesquelles la région a connu des niveaux élevés de conflits armés se traduisant par des déplacements massifs de populations – à l’intérieur des pays et entre pays – il est certain que la situation a empiré», indique le rapport, qui a été commandé par la LEA et le Conseil arabe pour l’enfance et le développement (ACCD). «L’absence de collecte systématique et globale de données au niveau de la région ces dernières années implique qu’il est difficile de chiffrer avec exactitude l’augmentation du travail des enfants parmi les différents groupes de population», explique Frank Hagemann, Directeur régional adjoint pour les États arabes de l’Organisation internationale du Travail (OIT). L’OIT a supervisé l’élaboration de cette étude en partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). «Le rapport indique pourtant clairement qu’en raison des récents chocs économiques, des troubles politiques, des conflits et des guerres, on assiste à une détérioration du niveau du travail des enfants, et à une inversion d’une grande partie des progrès obtenus par les États arabes dans la lutte contre le travail des enfants grâce à des politiques de développement et des mesures pratiques», d’après Hagemann. «Comme partout dans le monde, les conflits ont touché de façon disproportionnée les femmes et les enfants dans la région. Il en résulte que le travail des enfants est probablement devenu la question de protection de l’enfance la plus prégnante dans la région : elle exige une attention et une action de toute urgence.» Les pires formes de travail des enfants L’étude montre que dans certaines parties de la région arabe, les enfants «ont été progressivement impliqués dans les pires formes de travail des enfants et sont confrontés à une exploitation grave et préoccupante, à des abus et des violations de leurs droits». «Les enfants réfugiés et déplacés travaillent dans différents secteurs d’activité, avec une augmentation notoire du travail dans les rues, du travail en servitude pour dettes, des mariages précoces, et de l’exploitation sexuelle commerciale. Parmi les enfants réfugiés et déplacés, le travail des enfants est essentiellement un mécanisme permettant de survivre dans les familles confrontées à l’extrême pauvreté ou en cas de chômage des adultes», indique l’étude. Le cas des travaux dangereux dans l’agriculture «On trouve parmi les pires formes de travail des enfants les travaux dangereux du secteur agricole, auxquels participent la plupart des enfants dans la région arabe en étant rémunérés ou pas», dit Abdessalam Ould Ahmed, Directeur général adjoint de la FAO et représentant régional pour le Proche Orient et l’Afrique du Nord. «Les enfants représentent une main-d’œuvre bon marché pour les petites exploitations agricoles, qui utilisent des méthodes de production non mécanisées avec une forte intensité de main d’œuvre, ce qui implique des risques élevés.» Les conflits et les déplacements massifs de population ont eu des répercussions sur l’agriculture et la sécurité alimentaire. «C’est dans l’agriculture qu’on trouve plus de la moitié des enfants qui travaillent dans des pays comme le Yémen, le Soudan et l’Égypte. La prédominance du secteur agricole nécessite une attention spécifique car ce secteur se caractérise par une entrée précoce dans le travail par rapport à d’autres secteurs», ajoute Ould Ahmed. Les déplacements massifs de population et les conflits armés On trouve également les pires formes de travail des enfants dans les services et dans l’industrie, avec les multiples dangers associés au travail dans la rue. Les pires formes de travail des enfants sont également associés à la participation directe ou indirecte aux conflits armés et aux situations associées à ces conflits. Cette étude montre que près de la moitié des pays arabes sont actuellement touchés par des conflits ou un afflux de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Parmi eux figurent l’Iraq, la Jordanie, le Liban, la Lybie, la Somalie, le Soudan, la Syrie, la Tunisie, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, et le Yémen. Cette étude montre une augmentation du recrutement et de l’utilisation des enfants par des bandes armées, parmi les populations locales ou réfugiées, notamment au Yémen, en Syrie et en Iraq. «La majorité des enfants recrutés sont généralement des garçons. Cependant, émerge une tendance à recruter plus de filles et d’enfants de moins de 15 ans. Des centaines d’enfants sont également en détention dans la région arabe, parfois même torturés pour avoir été impliqués dans des groupes armés», déclare le rapport. «Dans certaines parties de la région, des enfants sont forcés à pratiquer de nouvelles activités liées aux situations de conflit armé, comme la contrebande de biens en traversant les frontières ou entre des zones de combat, le ramassage de résidus de pétrole, la participation aux travaux funéraires (ramasser des parties de corps pour les enterrer), ou aller chercher de l’eau ou des aliments dans des champs ou des décharges remplis de restes explosifs de guerre», ajoute le rapport. La participation des enfants à l’emploi est très variable dans la région arabe, c’est au Soudan (19,2 pour cent) et au Yémen (34,8 pour cent) que les taux d’emploi des enfants sont les plus élevés. Les taux de travail des enfants sont plus élevés pour les garçons. Le rapport avertit toutefois que «certaines formes cachées de travail chez les filles peuvent échapper aux enquêtes, comme le travail domestique et les services domestiques non rémunérés, qui méritent des recherches et des enquêtes plus approfondies». Le travail non rémunéré est également plus élevé chez les plus jeunes et dans les zones rurales. Adoption et recommandations Ce rapport a été
Lutte contre le travail des enfants et le travail forcé: la communauté internationale appelée à redoubler d’efforts

Les délégués à la IVe Conférence mondiale sur l’élimination durable du travail des enfants, organisée à Buenos Aires en Argentine du 14 au 16 novembre courant, ont invité la communauté internationale à redoubler d’efforts pour lutter contre le travail des enfants et le travail forcé. La rencontre s’est achevée avec l’adoption de la Déclaration de Buenos Aires appelant à agir pour accélérer les efforts visant à mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025 et au travail forcé d’ici à 2030, et à créer davantage d’emplois décents pour les jeunes à travers le monde, a indiqué l’Organisation internationale du travail (OIT). Dans un communiqué rendu public récemment, l’agence onusienne a indiqué que les délégués ayant pris part à cette réunion ont pris près d’une centaine d’engagements concernant des mesures concrètes en faveur de l’élimination du travail des enfants et du travail forcé, ainsi que de la création d’emplois de qualité pour les jeunes. Selon l’OIT, la Déclaration de Buenos Aires rappelle qu’on dénombre environ 152 millions de garçons et de filles victimes du travail des enfants, dont 73 millions employés dans les pires formes de travail des enfants. En outre, 25 millions de personnes continuent d’être assujetties au travail forcé, dont 4 millions d’enfants, et au moins 71 millions de jeunes sont au chômage dans le monde. Dans le document final, la Conférence exhorte les gouvernements, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les acteurs concernés à adopter la série de principes et de mesures qu’elle énonce. De même source, il est rappelé que «le travail des enfants, en particulier sous ses pires formes, et le travail forcé, sont de graves violations des droits de l’homme qui portent grandement atteinte à la dignité humaine. Ils sont tous deux la cause et la conséquence de la pauvreté, des inégalités, de la discrimination, de l’exclusion sociale et d’un accès insuffisant à l’éducation». L’OIT a indiqué que les mesures, qui couvrent l’essentiel de la Déclaration, sont réparties en trois catégories: politique et gouvernance; connaissances, données et contrôle; partenariats et innovation. « La ratification des engagements internationaux en vue de l’élimination du travail des enfants d’ici à 2025 et du travail forcé d’ici à 2030, tels que définis dans le Programme de développement durable pour 2030 , est un point de départ», selon l’organisation assurant que la Déclaration prend aussi acte du soutien apporté à l’Alliance 8.7 qui fut créée pour remplir les objectifs du Programme pour 2030 en lien avec le travail des enfants et le travail forcé. Pour rappel, la Conférence était organisée par le gouvernement argentin, avec l’appui de l’OIT, et rassemblait des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, ainsi que de la société civile et des organisations régionales et internationales.
L’OIT appelle à mettre fin au travail des enfants d’ici 2025

La législation ne peut à elle seule éradiquer le travail des enfants mais il ne serait pas non plus possible de l’éliminer sans législation efficace, a affirmé l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un récent rapport. « Mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025: examen des politiques et des programmes » est l’intitulé de ce rapport, publié à l’occasion de la IVème Conférence mondiale sur l’élimination durable du travail des enfants, qui se tient du 14 au 16 novembre courant à Buenos Aires. Dans ce document, l’OIT a appelé à redoubler d’efforts pour «reléguer le travail des enfants aux oubliettes de l’histoire», rappelant que les estimations mondiales publiées en septembre dernier établissent à 152 millions le nombre d’enfants âgés de 5 à 17 ans encore astreints au travail dans le monde. Ce qui correspond à près d’un enfant sur dix. Si le travail des enfants a reculé depuis 2000, le rapport a toutefois noté un ralentissement du rythme entre 2012 et 2016 tel que le nombre d’enfants victimes de ce phénomène pourrait atteindre les 121 millions en 2025. Pour mettre fin au travail des enfants, les auteurs dudit document exhortent les gouvernements du monde à renforcer les protections juridiques, améliorer la gouvernance des marchés du travail et des entreprises familiales, consolider la protection sociale et investir dans une éducation gratuite de qualité. Concernant le premier pilier politique, à savoir la législation, le rapport a rappelé que plus de 99,9% des enfants du monde âgés de 5 à 17 ans sont couverts par la « Convention (n°182) sur les pires formes de travail des enfants » adoptée en juin 1999 à Genève et ratifiée par 181 pays. Autre précieux document, la « Convention (n°138) concernant l’âge minimum d’admission à l’emploi » qui a été adoptée en 1973 et ratifiée par 170 pays. A ce propos, précisons que la convention souligne en son article 3 que « l’âge minimum d’admission à tout type d’emploi ou de travail qui, par sa nature ou les conditions dans lesquelles il s’exerce, est susceptible de compromettre la santé, la sécurité ou la moralité des adolescents ne devra pas être inférieur à dix-huit ans ». L’organisation a toutefois reconnu que « la transposition de ces normes dans les législations nationales demeure un immense défi, tout comme le contrôle et l’application effective des lois en vigueur relatives au travail des enfants. » C’est notamment le cas au Maroc où le débat sur la question de l’âge légal du travail avait récemment donné lieu à une vague d’indignation parmi les organisations qui fustigent les décrets légalisant l’emploi dès 16-18 ans des employées de maison. Il convient, par ailleurs, de rappeler que dans son rapport, l’OIT a estimé nécessaire de renforcer les systèmes d’inspection du travail qui, à ses yeux, « peinent à atteindre les lieux de travail de l’économie informelle, là où le travail des enfants est le plus présent ». Ce qui est le cas au Maroc et dans nombre d’autres pays en développement. Sur le deuxième pilier évoqué dans ce document, à savoir la gouvernance des marchés du travail et des entreprises familiales, le rapport a soutenu qu’«un travail qui offre aux adultes et aux jeunes ayant l’âge légal de travailler un salaire convenable et la sécurité signifie que les ménages n’ont pas à recourir au travail des enfants ni à vivre dans l’incertitude économique ». A en croire l’OIT, les politiques du marché du travail, bien conçues, orientées vers les secteurs où persiste l’essentiel du travail des enfants (dans l’économie rurale et informelle) peuvent contribuer à infléchir la demande de travail des enfants. Parallèlement, elle a soutenu que « l’établissement de cadres réglementaires est fondamental pour s’attaquer au travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement ». En ce qui concerne le troisième pilier, c’est-à-dire la protection sociale, le rapport a indiqué qu’il faut des politiques qui permettent d’atténuer la vulnérabilité économique des ménages si l’on veut continuer à progresser dans la lutte contre le travail des enfants. Ainsi, elle a soutenu que « la progression accélérée vers la protection sociale universelle est essentielle parce que la protection sociale contribue à éviter que les ménages pauvres ne dépendent du travail des enfants pour leur subsistance ». S’agissant du quatrième pilier, à savoir l’accès à une éducation de qualité, l’OIT a rappelé une vérité : c’est que le moyen le plus efficace pour endiguer le flux d’enfants d’âge scolaire vers le travail consiste à améliorer l’accès à un système scolaire de qualité. «Permettre aux enfants de prendre un bon départ grâce au développement de la petite enfance, et à des programmes de garde et d’enseignement pré-primaire est l’une des stratégies les plus importantes pour assurer aux enfants un passage réussi de la prime enfance à l’école plutôt qu’au travail», a-t-elle soutenu.