Souffrance et insatisfaction sexuelle chez les Marocains

SOCIETE. La sexualité au Maroc reste un sujet profondément tabou, marqué par une forte contradiction entre les normes sociales et religieuses d’une part, et les pratiques réelles d’autre part. Ce décalage engendre un complexe sexuel collectif, nourri par la culpabilité, la répression et le non-dit. La sexualité avant le mariage : hypocrisie sociale et réalité vécue Dans la société marocaine, la sexualité est étroitement liée à la morale religieuse qui n’autorise les rapports sexuels qu’au sein du mariage. En dehors de ce cadre, toute expression sexuelle est perçue comme un péché. Pourtant, de nombreux Marocains, notamment les jeunes, vivent des relations sexuelles hors mariage, souvent dans la clandestinité. Ce paradoxe alimente une hypocrisie sociale : ce qui est pratiqué en secret est nié en public. Les femmes subissent encore davantage ce poids moral, notamment à travers l’exigence de virginité avant le mariage, perçue comme un gage d’honneur familial. Cette pression renforce un contrôle patriarcal sur le corps féminin et crée un climat de peur, de honte et de silence. L’absence d’éducation sexuelle : source de malentendus et de souffrances Le manque d’éducation sexuelle aggrave ce complexe. L’école n’aborde quasiment pas les questions liées à la sexualité, laissant les jeunes se former à travers des sources peu fiables, comme la pornographie ou les rumeurs. Cela engendre des incompréhensions, des troubles sexuels mal gérés et une vision faussée du rapport à l’autre. Les nouvelles générations face à un changement progressif Malgré ces freins, une évolution est perceptible. Grâce aux réseaux sociaux et à certains médias, des voix commencent à s’élever pour aborder ces sujets de manière plus ouverte et éducative. Des initiatives émergent pour briser les tabous et encourager une sexualité fondée sur le respect, le consentement et la connaissance de soi. Le chemin reste long, mais il est essentiel. Briser le silence autour de la sexualité ne signifie pas encourager la débauche, mais permettre aux individus de mieux se connaître, de s’épanouir et de construire des relations saines. Une société ne peut évoluer qu’en affrontant ses contradictions, et la sexualité en est un révélateur puissant. Docteur Jaouad MABROUKI Psychiatre, psychanalyste