Congo : une hécatombe sanitaire silencieuse sous le nez du Gouvernement ?( Lecture 5 minutes)

PARLONS-EN. Fièvre typhoïde, embolie, arrêt cardiaque, choléra, cancers et accident cardio-vasculaire, le Congo subit silencieusement plusieurs formes d’épidémies dont certaines ne sont pas déclarées. Face à l’incapacité des autorités à redresser le système de santé et à assainir l’environnement urbain insalubre et toxique, les cas de décès se comptent et se multiplient et la responsabilité de six ministres est engagée. Le dernier bilan du choléra en date du 28 juillet 2025 dans les départements de Brazzaville et de Congo-Oubangui, fait état de 187 cas dont 21 décès depuis sa recrudescence, le 25 juin. Certes, depuis la fièvre hémorragique Ébola et la Covid-19, l’État forme des jeunes en santé publique et l’OMS l’accompagne pour une véritable riposte, mais il joue au médecin après la mort. La preuve, les immondices, véritables foyers des moustiques et d’épidémies, jonchent les artères ; l’eau ne coule pas dans les robinets à défaut d’être indigeste. Résultat, les populations meurent à petit feu par manque de mécanismes de coordination sanitaire et de moyens financiers. Le conseil des ministres du 11 juillet 2025, à contretemps de la mort de masse pendant que les AVC et l’insalubrité déciment et que les morgues débordent de cadavres, préfère célébrer des projets de campagne présidentielle sans rapport avec la gravité de la situation sanitaire. Le Gouvernement discute de la création de deux hôpitaux à Ouesso et Sibiti, sans interpeller les mafieux qui ont détourné l’argent destiné à la construction des hôpitaux généraux, comme au CHU, et celui injecté dans la lutte contre les épidémies. Les textes soumis par le ministre de la Santé à ce conseil relèvent d’une planification long-termiste honorable, mais complètement hors-sol face à l’hécatombe actuelle. A la situation sanitaire dramatique du Congo, sept personnes doivent rendre des comptes sur la prise en charge des malades et les obsèques des décousus. Sept ministres silencieux, une responsabilité historique La première, Jean Jacques Bouya qui doit justifier les milliards de fcfa pour construire les infrastructures et l’équipement; La deuxième est le Pr Jean Rosaire Ibara. Quoi qu’il mène à bien la riposte avec le concours des docteurs Kankou Jean Médard, Gnekoumou Libaba Youssef, Nianga Gilbert Aristide (COUSP) Kandoko Youba (OMS), Niama Roch (LNSP) et Nicole Makaya Dangi Nicole (enseignante-chercheurUMNG et LNSP), son inertie face aux décès vasculaires massifs et l’absence totale d’action épidémiologique, de coordination médicale et de communication publique le condamnent. Il ne peut ignorer que les morts subites à répétition relèvent d’un phénomène pathologique de masse, et non d’un fait divers sanitaire. Les troisième et quatrième sont les ministres N’Silou, Mboulou et Ngobo dont la responsabilité est engagée pour leur silence sur les importations, la circulation et l’utilisation des pesticides au Congo. Ils sont à ce titre coupables de non-assistance à population en danger. Pareil pour Arlette Soudan Nonault et Juste Moundélé en raison de l’insalubrité ambiante. Ces ministres ne disconviendront pas. Ils n’ont jamais publié d’audit des intrants agricoles toxiques, ni présenté un rapport sur le contrôle des produits phytosanitaires en circulation, moins un moratoire sur l’utilisation des substances identifiées comme génotoxiques, reprotoxiques ou interdites à l’étranger. Il y a aussi Bruno Jean Richard Itoua et le D.G. de la Snpc, Raoul Ominga, responsables d’importations massives de produits pétroliers au soufre, totalement toxiques, qui polluent et tuent avec le smog (nuage toxique) présent sur Brazzaville tous les jours de 11 h à 20 h. Le peuple congolais est exposé à un cocktail meurtrier constitué de négligence médicale, d’alimentation contaminée, de pollution invisible dans le bazar des tueurs pesticides bannis en Europe, mais écoulés en Afrique. En 2020, l’enquête du journaliste Stéphane Mandard publiée dans Le Monde a révélé que la France continue à produire des pesticides ultra-dangereux, interdits sur son propre sol, pour les vendre aux pays du Sud. Le cas de l’atrazine, interdite dans l’Union européenne depuis 2003 pour ses effets reprotoxiques et génotoxiques graves. Ces poisons exportés au Mali, au Togo, au Bénin, au Congo et en RDC sont pulvérisés sans protection, souvent entre les mains des ignorants qui en abusent. Ils contaminent les sols, les nappes phréatiques, les cultures vivrières et les corps : c’est la mort lente des consommateurs via les produits qui circulent désormais dans leur sang. Ils impactent le cerveau, les artères, les fœtus. Mais, le sujet ne préoccupe pas l’élite. La preuve, aucune barrière sanitaire ou réglementation stricte sur les importations phytosanitaires n’a été imposée. Quant à la typhoïde, la situation est de plus en plus alarmante au regard de l’environnement insalubre, l’eau impropre à la consommation ou des aliments contaminés. Que faire? Face au mutisme d’État, les ONG de santé publique, les syndicats médicaux, les associations de consommateurs, les laborantins, les universitaires et les professionnels agricoles sont en droit de : • Enquêter et publier des analyses indépendantes des eaux, sols, aliments, sang et urines des populations exposées ; • Établir des registres communautaires des morts subites et des AVC non expliqués, pour contourner l’inaction officielle ; • Engager des poursuites judiciaires nationales et internationales pour atteinte aux droits fondamentaux à la santé, à l’information contre les sept autorités pour incompétence. Ce que les Congolais vivent n’est pas un simple retard de gestion publique, mais un effondrement sanitaire, une trahison de l’État protecteur. Ghys Fortuné DOMBE BEMBA
Congo-Santé : la situation médicale et sanitaire entre dans le coma de stade 2 ( lecture en 7 minutes)

PARLONS-EN. Plusieurs figures emblématiques congolaises meurent à l’étranger. Le dernier en date est le Dr Lounana Kouta qui s’en est allé malgré son évacuation sanitaire. C’est la preuve de la dégradation de l’ensemble des structures administratives, économiques, sanitaires et sécuritaires qui entrent dans le coma dépassé. Les décès des hautes personnalités congolaises se succèdent à l’étranger, redoutant sans nul doute des structures délabrées mais aussi de croiser des pseudos médecins qu’ils ont fabriqués eux-mêmes dans une sélection ethno-tribale depuis la « victoire de 1997 » et dont tous paient le prix fort aujourd’hui. Mais qu’importe le flacon, seule compte l’ivresse, n’est-ce pas ? C’est cette ivresse qui culmine actuellement à une perversion narcissique, enfonçant le pays dans le neuvième enfer que Dante décrit dans son ouvrage « La Divine comédie ». Des investissements aux nominations sans impacts En 2013, le ministre délégué général des Grands Travaux, Jean-Jacques Bouya (JJB), avait sélectionné le cabinet ENIA Architectes pour la réforme-restructuration du Centre Hospitalier Universitaire de Brazzaville (CHUB) devenu inadapté et vétuste depuis plus de vingt ans. Le programme architectural fixe à 54 M€ HT (35,42 milliards de FCFA) la réhabilitation et l’extension du centre hospitalier universitaire (pour 550 lits supplémentaires) : pôle femme-mère-enfant (pôle ambulatoire + hospitalisation, 150 lits) ; pôle neurologie tête-cou (pôle ambulatoire + hospitalisation, 100 lits) ; pôle chirurgie générale et locomoteur (pôle ambulatoire + hospitalisation, 208 lits) ; pôle médecine générale (pôle ambulatoire + hospitalisation, 96 lits) ; plateau médico-technique ; pôles logistique médicale (pharmacie, laboratoire et stérilisation) ; Pôle Énergie et Logistique (Cuisine, Lingerie, Maintenance/Exploitation) et Pôle administratif. Le consensus laissé par les rares sommités reconnues internationalement de la médecine congolaise, telles que les professeurs Assori Itoua Ngamporo, Christophe Mbouramoué ou Armand Moyikoua avait déjà alerté il y a plus de 20 ans que les évacuations sanitaires étaient une grosse illusion. En cas de réelle urgence médicale, aucun avion ne pourrait sauver personne. Il était donc impérieux de disposer en local du matériel et des compétences susceptibles de concourir aux premiers soins d’urgence et de stabilisation, avant d’envisager une évacuation sanitaire, uniquement pour les pathologies extrêmes. Le Pr Georges Moyen, alors ministre de la Santé en 2013, pédiatre formé à Dakar (Sénégal), abondait dans le même sens, mais c’était sans compter les sicaires du Congo tapis dans l’ombre médicale. Leur premier dessein après l’éviction de Georges Moyen a été de le remplacer par François Ibovi qui n’avait pas les cartes en mains. Celui-ci, quoique dépassé par la tâche, aura malgré tout refusé de suivre les errements du duo infernal JJB – Gilbert Ondongo (GO) qui voyaient dans cette restauration du CHUB une énième terre promise financière et politique via Jacqueline Lydia Mikolo-Kinzonzi qu’ils vont propulser ministre de la Santé. Le seul mérite de cette dernière, c’est d’être prêtresse dans la loge, coordonnatrice des marchés publics et de la réglementation au ministère des Grands travaux qui sera cité plus tard dans plusieurs scandales et détournements. D’emblée, elle dissout la Congolaise des médicaments essentiels et génériques (COMEG), dont les dysfonctionnements auraient causé des ruptures dans l’approvisionnement des antirétroviraux selon elle. Cela est d’autant plus faux qu’elle enterrera en réalité le scandale de l’achat de vrai-faux ARV que la CID connaît bien (9000 morts dans la file active de traitement du VIH/SIDA en 2015), réalisé par Ange Aimé Wilfrid Bininga, Directeur des affaires financières du Ministère de la Santé, depuis la CENAMES en 2009. Le remplacement de la COMEG en juin 2017 par la Centrale d’achat des médicaments essentiels et des produits de santé (CAMEPS), dont le PCA choisi est le Pr Antoine Abena, réel sicaire de la fonction pseudo biochimique de la médecine, a aggravé la situation et tente de dissimuler les réels protagonistes de ces affaires. La refonte du CHUB initiée sous ses auspices tombait à pic pour Mikolo qui, successivement, s’était défaite de Gisèle Marie Gabrielle Ambiéro Allianzi, de Sylvain Villiard et enfin de Denis Bernard Raiche qui ont pourtant essayé de démanteler les filières mafieuses qui gangrènent le CHUB. Leurs prédécesseurs, le Colonel Ignace Ngakala et Bernard Ovoulaka, premiers DG contributeurs à la malversation financière et à la corruption, ont, en l’absence de toute poursuite judiciaire, tranquillement versé dans le détournement des fonds alloués au CHUB et se la coulent douce. Mikolo a poursuivi son pillage par les détournements des budgets COVID de la Banque mondiale, et sans coup férir, en décembre 2016, (tout en dénonçant des « circuits mafieux ! ») jusqu’à être cité dans les affaires du FIGA. Des évacuations sanitaires budgétivores appauvrissantes Pourtant portés au pinacle par Lydia Mikolo et le Pr Richard Bileckot, inspecteur général de la santé, l’équipe canadienne a jeté l’éponge en 2021, plongeant M. Sassou et le gouvernement Makosso I dans un embarras sans précédent. L’Évolution des dépenses courantes de santé (2018-2024) du secteur de la santé a connu une augmentation notable. En 2018 (144 milliards) ; 2019 (192,3 milliards) ; 2020 (229,9 milliards) ; 2022 (168 milliards) ; 2023 (201 milliards) ; 2024 (206 milliards) ; 2025 (212 milliards). Malgré cette augmentation en valeur absolue, la proportion du budget national allouée à la santé est restée inférieure aux 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja : 2018 (11 %) ; 2019 (8 %) ; 2020 (9 %). Pire, le taux d’exécution des budgets alloués à la santé a varié au cours des années précédentes : 2018 (43 %) ; 2019 (54 %) ; 2020 (82 %) ; 2021 (124 %). Ces variations suggèrent des défis majeurs et des améliorations nécessaires dans la capacité à utiliser efficacement les fonds alloués au secteur de la santé. L’audit des années 2013, 2014 et 2015 du CHU réalisé par le cabinet CACOGES de l’expert-comptable Brice Voltaire Etou, très proche de M. Sassou, révélait que seulement 7 % des 1,5 milliard de FCFA représentant la subvention d’équilibre accordée trimestriellement par l’État étaient utilisés pour l’achat des médicaments, des réactifs, des consommables ou encore dans la radiologie et l’entretien de l’équipement. Le reste partait dans des dépenses « contre-productives ». Ledit rapport soulignait la gestion