RDC. Comprendre les sanctions américaines contre Joseph Kabila

SANS DETOUR. Les États-Unis, via le département du Trésor, ont sanctionné l’ancien président, Joseph Kabila, l’accusant de « semer l’instabilité » dans le Kivu en apportant un soutien financier, opérationnel et politique à l’AFC/M23, qui est soutenu par le Rwanda. Les sanctions américaines entraînent l’inscription de son nom sur la liste noire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le gel des avoirs éventuels aux États-Unis et l’interdiction pour les citoyens ou entreprises américaines de commercer avec lui. La nouvelle, qui a surpris plus d’un observateur, a suscité de nombreuses réactions. À Kinshasa, le régime de Félix Tshisekedi et ses partisans ont salué les sanctions américaines, y voyant le signe d’un soutien marqué de l’administration Trump envers Kinshasa. Mais que révèlent réellement ces sanctions ? Que disent-elles des intentions de Washington, de son rapport au pouvoir de Kinshasa et de sa lecture de la crise congolaise ? Plusieurs observations s’imposent. Primo, contrairement aux déclarations du gouvernement congolais, ces sanctions confirment que Joseph Kabila n’est pas le créateur de l’AFC/M23. L’ancien président est plutôt présenté comme un soutien du mouvement rebelle. Ce qui se comprend dans la mesure où Kabila a clairement fait savoir dans une interview à La Libre Belgique qu’il s’inscrivait dorénavant dans une logique de confrontation avec le régime de Félix Tshisekedi. La lecture du communiqué du département du Trésor donne à penser que l’ancien président est désormais à la manœuvre. Ce qui nous amène à la seconde observation : les sanctions américaines visant Joseph Kabila doivent être interprétées moins comme un geste de complaisance envers le régime de Kinshasa que comme un signal politique. Washington sait pertinemment que l’ancien président congolais ne détient probablement pas d’avoirs significatifs aux États-Unis. Dès lors, l’annonce du gel de ses biens relève davantage d’une mesure symbolique que d’un dispositif réellement contraignant sur le plan financier. L’objectif ici semble plutôt être de lui adresser un avertissement clair, tout en signifiant que les États-Unis entendent exercer une pression politique sur les acteurs congolais susceptibles de peser sur l’évolution de la crise actuelle, y compris Tshisekedi lui-même. En fait, ces sanctions s’inscrivent dans la foulée de mesures prises par les États-Unis contre des officiers rwandais des Forces de défense rwandaises (RDF) sanctionnés par Washington, il y a peu. À Kinshasa, le régime de Tshisekedi et ses laudateurs ont crié victoire, ne réalisant pas que la position américaine n’avait absolument rien à voir avec la défense des intérêts de la RDC. Il faut, à cet effet, rappeler que les sanctions contre le Rwanda restent limitées et ne s’accompagnent d’aucune remise en cause des coopérations les plus sensibles. Le Rwanda demeure un partenaire important pour Washington. Du moins pour le moment. Les États-Unis n’ont d’ailleurs pas dégainé l’arme des sanctions parce que Kigali violait l’intégrité territoriale de la RDC et pillait ses ressources naturelles, mais parce que les Forces de défense rwandaises et le M23 avaient attaqué les positions des FARDC et pris la ville stratégique d’Uvira, au Sud-Kivu, quelques jours seulement après la signature de l’accord de paix. À Washington, cet épisode a été perçu comme un affront direct au président Donald Trump, qui avait parrainé la cérémonie de signature. De fait, les sanctions s’apparentent davantage à une tape sur les mains qu’à des mesures véritablement coercitives. Une mise en garde, certes significative et inédite, mais qui ne bouleverse ni les équilibres politiques ni les rapports de force militaires. La preuve en est que le conflit se poursuit, que le Rwanda et ses supplétifs sont toujours à la manœuvre, et que les États-Unis se limitent à appeler les parties à la retenue et au respect de l’accord de Washington. Une véritable «diplomatie de l’équilibre». Il n’en demeure pas moins que Félix Tshisekedi a toutes les raisons de se réjouir. Ses ennemis sont sanctionnés par les États-Unis, qui n’entendent pas laisser le Rwanda et ses supplétifs s’enfoncer davantage dans le territoire congolais. Du moins pour l’instant. Tshisekedi semble avoir ici une certaine marge de manœuvre et entend tout donner aux Américains pour continuer à bénéficier du soutien relatif de la Maison-Blanche. Le problème, c’est que toutes les localités tenues par le M23 sont, de facto, gouvernées par le Rwanda. Et pour l’heure, Washington semble avoir opté pour le statu quo. Comme cela avait été rappelé au M23 et à Kigali après la chute d’Uvira, chaque partie est appelée à conserver les positions qu’elle occupait avant la signature de l’accord. Autrement dit, il ne s’agit pas nécessairement de restaurer pleinement l’autorité de Kinshasa sur les territoires conquis, mais d’empêcher une nouvelle détérioration militaire susceptible de compromettre l’agenda diplomatique et économique américain. L’essentiel, comme le souligne le communiqué du département du Trésor, est de « faire avancer un cadre d’intégration économique régionale visant à développer le commerce et les investissements, à renforcer la transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et à ouvrir la voie à davantage d’investissements dans la région ». Autrement dit, l’exécution sans entrave de l’accord de Washington. Celui-ci vise non pas à solder les causes profondes du conflit qu’à créer les conditions politiques, sécuritaires et économiques d’un nouvel arrangement régional, profitable d’abord aux intérêts américains, puis, dans une moindre mesure, à la RDC et au Rwanda. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrck Mbeko
RDC : Le paradoxe des sanctions américaines…

TRIBUNE. « L’AFC perpétue l’instabilité politique et un conflit meurtrier en exacerbant une crise humanitaire dans l’est de la RDC. Les États-Unis s’engagent à tenir pour responsables ceux qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC » annonce un communiqué du Département du Trésor américain. Ça parait si beau et si encourageant pour le pouvoir de Kinshasa et pour de nombreux internautes qui jubilent en prenant ces sanctions comme une victoire diplomatique mais moi personnellement je n’en suis pas convaincu. Pourquoi ? Toutes les analyses menées par de meilleurs spécialistes du conflit de la région des grands lacs tombent d’accord sur deux vérités de base. La première est que toutes ces rebellions de M23, AFC et Twiraneho etc. sont des simples prête-noms de l’armée patriotique rwandaise aux différents mouvements rebelles. Ces derniers sont armés, financés et téléguidés directement à partir de Kigali. La preuve? À chaque pourparler de paix de Luanda, Nairobi et tout dernièrement à Zanzibar ou à Kampala, ce n’est point Bertrand Bisimwa ni Corneille Nangaa qui se présentent autour de la table de négociation avec la RDC mais bel et bien les officiels du gouvernement rwandais. Bref, condamner M23 ou AFC qui sont des simples marionnettes ou des minables laquais aux ordres de Kigali, ça ressemble à s’attaquer aux lieutenants et aux exécutants sans vouloir toucher à leurs commanditaires qui sont connus de tous, notamment Paul Kagame et ses comparses qui tuent et opèrent des massacres de masse en RDC sans que le Département d’Etat américain ne lève le petit doigt. La deuxième vérité est plus douloureuse à accepter. Lorsque le département américain du Trésor a annoncé jeudi 25 juillet une série de sanctions visant une coalition de groupes rebelles congolais, il n’a pas été difficile de comprendre leur volonté de manipuler la vérité historique et de faire croire à l’opinion internationale que la guerre qui se déroule en RDC est un conflit congolo-congolais. Nous sommes en face d’une guerre de mots et d’une manipulation des faits qui vise à masquer la vérité profonde de cette guerre devenue pourtant une guerre INTERNATIONALE dans laquelle sont impliqués plusieurs pays et puissances occidentales. Le détail important qui a échappé aux yeux du citoyen lambda, c’est le fait que ces sanctions ne sont prononcées ni par le département d’état américain ni par la Maison Blanche mais bien par le Département du TRÉSOR américain dont la principale mission dans ses relations extérieures, est de diriger la politique économique et l’évolution de la situation économique nationale et internationale en élaborant des mesures nécessaires pour faire face aux événements touchant les marchés financiers. Ces sanctions sont à percevoir comme une proclamation de STATU QUO de la politique de prédation instaurée en RDC depuis 1996 via des pays sous-traitants dans la région des grands lacs. Déjà des chercheurs de renom notamment Honoré Ngbanda, Charles Onana, Pierre Péan et Patrick Mbeko nous ont éclairé la lanterne sur la guerre du Congo qui se veut un arbre qui cache la forêt. Quelle forêt? Il s’agit de la nébuleuse militaro-politique derrière le Rwanda dont les leviers de commande sont actionnés à partir de Washington. Le pyromane peut-il espérer éteindre le feu? Le coupable peut-il s’arroger le privilège d’être juge et partie? Je me le demande sincèrement… Mon avis est que ces sanctions sont un enfumage, un scénario par lequel Pilate se lave les mains pourtant ses ablutions politiques ne suffiront pas pour dissuader la condamnation à mort d’un peuple innocent. Ni la récente trêve humanitaire décidée unilatéralement par qui l’on sait, ni les soi-disant sanctions contre les petits fretins ne pourront améliorer le climat sécuritaire au Congo-Kinshasa. Rien de bon et d’efficace n’en sortira. Laissons cela aux rêveurs impénitents. Prenons-nous en charge nous congolaises et congolais pour pouvoir inventer résolument d’autres voies de pacification et de sécurisation de notre territoire national… Qu’on se le tienne pour dit! Par Germain Nzinga
Global Witness: le général Gabriel Amisi Kumba commercialise des permis forestiers illégaux en RDC

Un général de l’armée congolaise sanctionné par les États-Unis et l’UE pour atteintes aux droits humains commercialise des permis forestiers illégaux dans les forêts de la RDC, lesquelles jouent un rôle crucial pour le climat, révèle Global Witness dans une note parvenue à notre rédaction. D’après cette ONG, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles des pays en développement et la corruption politique qui l’accompagne, cet officier de l’armée congolaise notoire a commercialisé illégalement des permis d’exploitation forestière en République démocratique du Congo (RDC) à l’approche de l’élection présidentielle contestée à la fin de l’année dernière. Dans sa note, Global Witness rappelle que le Général Gabriel Amisi Kumba (alias « Tango Four »), sanctionné par l’UE et les États-Unis pour avoir commis des atteintes aux droits humains, est une personnalité puissante en RDC et un proche allié de l’ancien président Joseph Kabila. Ce qui, estime l’ONG, soulève des préoccupations quant à la possibilité qu’il se soit servi de son influence pour contourner la loi en acquérant puis en revendant les permis forestiers. Selon l’organisation britannique, la famille d’Amisi a obtenu cinq concessions forestières en juin 2018, ce qui constitue une violation du moratoire sur l’attribution de concessions forestières industrielles, en vigueur depuis plusieurs années en RDC, dont l’objectif est de protéger les forêts humides congolaises d’une grande biodiversité et critiques pour l’environnement. Le ministre congolais de l’Environnement a confisqué ces permis sans préavis à d’autres sociétés forestières, avant de les transférer vers la société Maniema Union 2, qui appartient à la famille d’Amisi. L’annulation des permis et leur affectation à Maniema Union 2 ont pris quatre jours. En quelques semaines, la famille d’Amisi avait revendu la société et ses permis à Lei Hua Zhang, un géant du bois chinois qui détient une grande société forestière entourée de mystère en RDC. Pour Peter Jones, responsable de campagne à Global Witness, « Le Général Amisi, un puissant initié du régime de Kabila, semble avoir réussi à acquérir et à revendre des permis dans un temps record, alors que l’obtention de nouveaux permis était alors illégale. » « Il est à craindre que des élites congolaises proches du pouvoir aient réussi à bafouer les réglementations environnementales afin de se faire de l’argent, ce qui pourrait avoir profité à des individus jouissant de relations dans le milieu politique, aux dépens des caisses de l’État congolais et des forêts du pays. Cela est d’autant plus inquiétant que l’élection congolaise controversée semble avoir donné lieu à un arrangement de coalition qui permet à Kabila, sans s’être présenté à l’élection, de conserver une très forte influence sur la politique de la RDC », a-t-il ajouté. A noter que ce n’est pas la première fois qu’Amisi se livre au commerce lucratif de ressources naturelles en RDC. Le général est accusé depuis longtemps (par l’ONU, entre autres) d’avoir participé à l’exploitation minière illégale et au commerce d’armes. En outre, Amisi est impliqué depuis de nombreuses années dans plusieurs atteintes aux droits humains. Il a été sanctionné en 2016 par l’UE et les États-Unis au motif qu’il aurait supervisé les mesures répressives meurtrières de manifestations pro-démocratie à Kinshasa ; des citoyens congolais avaient manifesté contre les reports de l’élection présidentielle, au départ prévue pour 2016. Après ces événements et l’imposition de sanctions internationales, Amisi a été promu par Kabila. Le règne de Kabila a été marqué par une mauvaise gestion et une corruption généralisées, notamment dans les secteurs congolais lucratifs du bois et de l’exploitation minière. La vitesse éclair à laquelle Amisi a acquis et revendu les permis forestiers constitue un exemple supplémentaire de l’incapacité à faire respecter le droit dans le secteur du bois et de l’opacité qui caractérise les transactions commerciales menées dans les forêts congolaises. Preuves de l’opacité totale du secteur forestier, l’ONG rapelle que Lei Hua Zhang a acheté les permis d’Amisi à travers son acquisition de la société Maniema Union 2, détenue à l’époque par l’épouse et les enfants d’Amisi. Seulement, des documents d’entreprise indiquent que le général gérait plusieurs des actifs de ses enfants, ceux-ci étant trop jeunes pour s’en charger. Des documents que Global Witness a pu consulter montrent que l’épouse d’Amisi a continué de gérer les concessions forestières de Maniema Union 2 plusieurs mois après avoir cédé ses parts dans la société. M. Zhang est le président de Wan Peng International, un conglomérat chinois de premier plan actif à travers l’Afrique et l’Asie dans les secteurs du bois, du ciment et du transport. Bien que Wan Peng semble disposer d’importantes opérations d’exploitation forestière et de négoce du bois en RDC, pratiquement aucune trace de la société n’apparaît dans les registres officiels relatifs au secteur du bois ou aux exportations de la RDC que Global Witness a consultés. La société affirme avoir acheté en 2015 1,09 million d’hectares de forêt vierge en RDC, mais les concessions n’apparaissent pas sur la carte en ligne des concessionnaires publiée par le ministère de l’Environnement. Ses récentes activités dans la région indiquent que l’entreprise de M. Zhang, Wan Peng, n’a aucun scrupule à se lancer en affaires avec des individus jouissant de relations avec des personnalités politiques. Ainsi, en 2017, Wan Peng a racheté 80 % des parts de la société forestière Christelle SARL, détenue par Kelly Christelle Sassou Nguesso, fille de Denis Sassou Nguesso, le président de la République du Congo, pays voisin de la RDC. « Les informations incomplètes dont nous disposons sur les opérations forestières de Wan Peng en RDC illustrent bien l’opacité de ce secteur au sens large », a remarqué Peter Jones. « Il est crucial que le secteur du bois congolais soit géré en toute transparence afin que les activités forestières menées dans l’une des forêts les plus importantes au monde pour la régulation du climat ne se poursuivent pas sans surveillance efficace, car les conséquences seraient dévastatrices. » Bien qu’il soit légalement tenu de le faire, signalons que le ministère congolais de l’Environnement n’a toujours pas publié d’informations sur les titulaires des permis des concessions associées à Maniema Union 2. Il