La privatisation : une fausse solution pour l’économie congolaise

TRIBUNE ECO. L’opinion publique congolaise exprime aujourd’hui une vive inquiétude face aux orientations économiques portées par certains cercles décisionnels, notamment autour de Gilbert Ondongo et de ses alliés. Ces propositions, perçues comme une remise en cause profonde de l’architecture économique nationale, suscitent incompréhension et indignation. Depuis leur implication accrue dans certaines structures stratégiques, à l’instar d’E2C, une dynamique préoccupante semble s’installer : celle d’une expansion continue de l’influence d’un groupe restreint d’acteurs sur des secteurs clés de l’économie. Cette concentration du pouvoir économique interroge sur les véritables finalités des réformes envisagées. Par ailleurs, l’influence exercée dans la rédaction du programme politique du candidat Denis Sassou Nguesso semble avoir renforcé un sentiment d’impunité et de légitimité à engager des transformations majeures sans consensus. Dans ce contexte, le projet de privatisation massive apparaît non seulement précipité, mais également porteur de risques systémiques pour la stabilité économique du pays. Présentée comme une solution universelle, la privatisation généralisée soulève en réalité de sérieuses interrogations. Elle pourrait ouvrir la voie à des mécanismes opaques d’appropriation d’actifs publics stratégiques, au bénéfice d’intérêts particuliers, souvent dissimulés derrière des structures anonymes. Une telle orientation fragiliserait davantage la confiance dans la gouvernance économique. L’histoire récente du Congo offre pourtant des enseignements clairs. À la suite de la Conférence nationale souveraine, plusieurs vagues de privatisations ont été mises en œuvre avec l’espoir d’améliorer la performance économique. Le bilan, aujourd’hui, est largement jugé insatisfaisant, voire négatif dans de nombreux cas. Ces expériences auraient dû conduire à une réévaluation critique de cette approche. Persister dans cette voie, sans tirer les leçons du passé, expose le pays à une répétition des erreurs antérieures. Plus préoccupant encore, cette stratégie pourrait être perçue comme motivée par la recherche de rentes privées, au détriment de l’intérêt général et du bien-être des populations. Certains secteurs revêtent un caractère hautement stratégique et ne sauraient être soumis aux logiques de privatisation sans mettre en péril la souveraineté nationale. C’est notamment le cas du Port autonome de Pointe-Noire, du CFCO ou encore de la Congolaise des eaux, Congo Télécom, la Banque Postale, ÉCAIR, les routes nationales, etc… infrastructures constituent des piliers essentiels de l’indépendance économique et du fonctionnement de l’État, comme le souligne la Constitution du 25 octobre 2015. Au-delà de la question de la privatisation, le véritable enjeu réside dans la qualité de la gouvernance publique. Les difficultés observées dans la gestion des entreprises d’État ne sont pas une fatalité, mais le reflet de faiblesses structurelles en matière de management, de transparence et de compétence. Dans cette perspective, une alternative crédible consisterait à mobiliser les compétences de la diaspora congolaise. Forte d’expertises diversifiées et d’expériences internationales, elle pourrait contribuer efficacement à la modernisation et à la performance des entreprises publiques, dans une logique de mérite et de responsabilité. En définitive, la réforme de l’économie congolaise ne saurait se résumer à une privatisation systématique. Elle doit s’inscrire dans une vision stratégique globale, fondée sur la souveraineté économique, la bonne gouvernance et la valorisation des ressources humaines nationales. « Quand l’État abandonne ses actifs stratégiques, il abandonne aussi une part de sa souveraineté. » — Pierre Bourdieu « Privatiser sans régulation, c’est transférer un monopole public en monopole privé, souvent au détriment des citoyens. » — Joseph Stigli « Il ne s’agit pas de privatiser ou non, mais de savoir quoi, comment et dans l’intérêt de qui. » — Dani Rodrik « Les secteurs stratégiques exigent une vision de long terme qui dépasse la seule logique du marché. » — Amartya Sen Fait à Paris, le 29 mars 2026 Par Evrard NANGHO Le Patriote Engagé
La Sonangol angolaise sur la voie de la privatisation partielle et de la réorientation de sa mission

L’industrie pétrolière est l’un des piliers de l’économie angolaise, représentant plus d’un tiers du PIB du pays et plus de 90 % de ses exportations. Elle génère également environ 70 % des recettes budgétaires totales du gouvernement et constitue la principale source d’investissements directs étrangers (IDE). En outre, son importance n’est pas près de diminuer. Les niveaux de production de pétrole brut de l’Angola ont tendance à baisser depuis un certain temps en raison de la maturation des champs existants, mais le pays extrayait encore plus de 1,1 million de barils par jour (bpj) en mai 2023, et il encourage les investisseurs étrangers à rechercher de nouvelles réserves dans les sections inexploitées de sa zone offshore. En outre, l’Angola s’intéresse de plus près à ses ressources en gaz naturel et en gaz associé et s’efforce d’augmenter sa production afin de tirer parti de l’augmentation de la demande, en particulier en Europe. C’est dans ce genre de circonstances que le nationalisme des ressources – une approche politique selon laquelle les gouvernements, agissant au nom de leurs électeurs, affirment et conservent le contrôle des ressources naturelles plutôt que de permettre aux entités du secteur privé de devenir des parties prenantes à part entière – devient attrayant. Mais l’Angola n’a pas succombé à cette tentation. Au contraire, son gouvernement, sous la direction du président João Lourenço, poursuit un remarquable programme de réforme conçue pour permettre à Sonangol, la compagnie pétrolière nationale (NOC), de représenter les intérêts locaux tout en travaillant en coopération avec des investisseurs extérieurs. Première étape : Réorienter la mission de Sonangol Le gouvernement a commencé à jeter les bases de ces réformes en 2019, pendant le premier mandat de M. Lourenço. En février de cette année-là, le président a signé un décret établissant l’Agence nationale pour le pétrole, le gaz et les biocarburants (ANPG). Le décret stipulait que l’ANPG agirait en tant que concessionnaire du pays pour les projets pétroliers et gaziers, rendant ainsi la nouvelle agence uniquement responsable de la réglementation, de la supervision et du contrôle des activités liées à l’exploration et à la production de pétrole et de gaz. Ce faisant, elle a dépouillé Sonangol de cette fonction. La société avait auparavant servi de concessionnaire national tout en agissant en tant que partenaire ou actionnaire dans des projets d’exploitation du pétrole et du gaz. Cependant, une fois que l’ANPG a repris le rôle de concessionnaire, elle n’a plus été responsable des tâches réglementaires et a pu se concentrer sur les questions opérationnelles. Il est vrai que la NOC prenait déjà des mesures dans ce sens. Depuis le milieu de l’année 2017, elle s’emploie à céder les unités non essentielles, c’est-à-dire les filiales axées sur d’autres types d’activités économiques, telles que la finance, l’immobilier, les voyages et les services de restauration. Mais c’est la création de la nouvelle agence qui a véritablement ouvert la voie à un fonctionnement de Sonangol plus proche de celui d’une compagnie pétrolière et moins proche de celui d’une bureaucratie gouvernementale. Prochaine étape : Privatisation partielle Il n’est donc pas étonnant que l’administration Lourenço soit allée plus loin. En septembre 2021, Diamantino Azevedo, ministre angolais des ressources minérales, du pétrole et du gaz, a annoncé que Sonangol se préparait à une introduction en bourse (IPO), un événement qui permettrait à des investisseurs extérieurs de devenir actionnaires de la société. Cette annonce n’a pas été immédiatement suivie d’une cotation en bourse. Au lieu de cela, la NOC a travaillé à la formulation d’un plan concret de privatisation partielle et, en septembre 2022, peu après l’élection de Lourenço à un second mandat présidentiel, le gouvernement a commencé à dévoiler sa nouvelle feuille de route. Au départ, cette feuille de route était incomplète. Elle prévoyait la vente de jusqu’à 30 % des actions de Sonangol, mais ne précisait pas exactement comment ce processus se déroulerait. En d’autres termes, elle ne précisait pas quand et à quelles conditions les actions pourraient être proposées aux acheteurs potentiels. Depuis septembre dernier, cependant, le gouvernement angolais a clarifié ses intentions. Il a déclaré que l’introduction en bourse n’aurait lieu que lorsque Sonangol aurait atteint un certain nombre d’objectifs clés. En novembre 2022, Sebastião Gaspar Martins, président-directeur général de la société, a énuméré les exigences suivantes : M. Martins a expliqué que Sonangol devrait atteindre tous ces objectifs pour pouvoir procéder à l’introduction en bourse, car ils ont été formulés pour rendre l’entreprise plus forte et plus autonome. Il a indiqué que le gouvernement n’avait pas fixé de date limite pour le lancement de l’émission d’actions et a ajouté qu’il s’attendait à ce que l’entreprise travaille à la réalisation de ces objectifs jusqu’en 2027. Objectif final : une compagnie pétrolière nationale centrée sur ses activités principales En janvier 2023, M. Martins a indiqué que les autorités angolaises avaient finalisé la feuille de route de l’introduction en bourse. Il a déclaré que le gouvernement prévoyait de vendre jusqu’à 30 % des actions de la NOC et a noté que les actions seraient cotées en deux endroits – d’abord à la Bourse de la dette et des valeurs mobilières de l’Angola (BODIVA) et ensuite sur une bourse internationale. Il a réitéré que Sonangol devrait remplir certains critères avant la cotation et a déclaré qu’il s’attendait à ce que la société atteigne ses objectifs d’ici 2027. En outre, il a indiqué que la NOC travaillait à l’évaluation de sa future valeur projetée par rapport à son capital social déclaré actuel de 12 milliards d’USD. Ce processus aidera la compagnie à évaluer avec précision sa propre valeur à la lumière des changements qui seront effectués entre 2023 et 2027 et à optimiser les résultats de l’introduction en bourse, a-t-il déclaré. Tous ces changements prévus visent à poursuivre le processus de transformation de Sonangol, d’un instrument de l’État, d’une entité ayant des fonctions réglementaires et opérationnelles, en une organisation de type entreprise qui se concentre sur les questions opérationnelles et ne s’embarrasse pas de préoccupations périphériques. Cette transformation devrait permettre à Sonangol de travailler plus harmonieusement,