Le business lucratif des opposants à l’élection présidentielle au Congo Brazzaville

Le business lucratif des opposants à l’élection présidentielle au Congo Brazzaville

LIBRE EXPRESSION. À l’approche de l’élection présidentielle des 12 et 15 mars 2026, une interrogation fondamentale traverse la conscience collective congolaise : quelle trajectoire emprunte réellement notre nation ? Cette question traduit une inquiétude profonde face à une mutation progressive du champ politique, devenu non plus un espace de service public et de confrontation d’idées, mais un instrument privilégié d’ascension sociale et d’enrichissement individuel. Dans un contexte où les mécanismes classiques de mobilité sociale sont fragilisés, la politique apparaît désormais comme l’un des rares canaux d’accès à la reconnaissance, au pouvoir et aux ressources économiques. Elle tend ainsi à se transformer en un véritable « eldorado » pour des acteurs opportunistes en quête de visibilité et de rente symbolique ou matérielle. À la veille de l’échéance présidentielle, la multiplication des déclarations de candidatures, y compris au sein de la diaspora, semble moins relever d’un engagement programmatique structuré que d’une stratégie de positionnement. Certaines de ces candidatures donnent l’impression de constituer des signaux adressés au pouvoir en place, dans la perspective d’occuper un rôle de figurant au sein d’un processus électoral dont l’issue serait déjà anticipée. Cette dynamique soulève une question essentielle : celle des capacités réelles – financières, organisationnelles et politiques – des prétendants déclarés. Le dépôt de candidature, fixé à 25 millions de francs CFA (environ 38 000 euros), constitue un filtre économique significatif, non remboursable, à verser à la Direction des Affaires Électorales (DAE). Or, dans un pays où des catégories socioprofessionnelles telles que les professeurs de l’université Marien Ngouabi, connaissent des retards et arriérés de salaires, et où nombre d’opérateurs économiques évoluent dans un environnement économique fragile, il est légitime de s’interroger sur l’origine et la transparence des fonds mobilisés. La pratique croissante des appels aux dons, sans publication systématique des contributeurs ni mécanismes clairs de reddition de comptes, accentue ce déficit de transparence. Dans une démocratie mature, le financement de la vie politique constitue un enjeu central d’éthique publique. L’opacité financière fragilise la crédibilité des candidatures et nourrit le soupçon d’arrangements informels ou de dépendances inavouées. Au-delà du coût initial de la candidature, l’organisation d’une campagne présidentielle exige des ressources considérables : logistique, communication, déplacements, mobilisation de militants et d’observateurs. L’élection présidentielle, par sa nature même, demeure un exercice onéreux où l’argent constitue, de fait, un levier stratégique déterminant. Dès lors, l’absence d’assise électorale solide, de base militante structurée et de financement transparent rend difficilement crédible la prétention à incarner une alternative politique sérieuse. Le retrait ou l’affaiblissement de formations historiquement établies, telles que l’UPADS, qui a pourtant exercé le pouvoir par le passé, accentue ce contraste. Si des partis disposant d’une expérience gouvernementale peinent à s’inscrire durablement dans la compétition, comment des individus peu connus du corps électoral, sans implantation territoriale ni ressources identifiables, pourraient-ils prétendre incarner une alternative viable ? De manière plus structurelle, se dessine l’hypothèse d’une instrumentalisation de certaines figures se revendiquant de l’opposition. L’élection présidentielle risquerait alors de se réduire à une mise en scène pluraliste, où la présence de candidatures multiples servirait à conférer une légitimité formelle au scrutin, sans pour autant traduire une véritable compétition démocratique. Dans ce schéma, la participation à l’élection pourrait devenir, pour certains acteurs, une opportunité d’accès à des avantages financiers ou à des arrangements tacites, nourris par la rente pétrolière. Cette situation révèle une crise morale et institutionnelle plus profonde. Lorsque la réussite sociale semble réservée à la sphère politico-administrative, et que l’économie productive peine à offrir des perspectives, la politique devient un espace de ruée vers la rente plutôt qu’un lieu de construction collective. À chaque échéance présidentielle, le risque est alors de voir se répéter une forme de « loterie politique », où la compétition électorale se transforme en opportunité transactionnelle plutôt qu’en débat programmatique. Le défi posé au Congo-Brazzaville n’est donc pas seulement électoral ; il est éthique et structurel. Il appelle à une clarification des règles de financement, à une exigence accrue de transparence et à une réhabilitation de la politique comme engagement au service du bien commun. Sans cette refondation morale et institutionnelle, la défiance citoyenne continuera de s’accroître, et la démocratie demeurera fragile. Comme l’écrivait Jules Renard : « Quelque intégrité que nous ayons, on peut toujours nous classer dans une catégorie de voleurs. » Cette formule rappelle combien la suspicion prospère là où la transparence fait défaut. Restaurer la confiance suppose donc d’ériger l’intégrité et la responsabilité en principes non négociables de la vie publique. Fait à Paris, le 11 février 2026. Evrard NANGHO Le Patriote Engagé

Congo. La photopolitique

Congo. La photopolitique

TRIBUNE. J’ai vu comme tout le monde les photos des édifices de Pointe-Noire et noté les applaudissements même de ceux qui critiquent ce gouvernement. Je ne rejoins pas les admirateurs de cette politique de surface, d’apparat, d’impression où on applaudit juste sur simple photo. Pourtant je ne crois pas être de ceux qui noircissent systématiquement les œuvres de ce pouvoir. C’est compréhensible pour l’homme de la rue, mais dramatique pour le politique. Une analyse politique – et pas que – regarde à quelle programmation cela correspond, quel besoin cet investissement règle sur un total de quel manque, quelles étaient les conditions de passation du marché, quel coût comparativement aux différents devis et à la moyenne de la sous-région, qui va en être le bénéficiaire, quelles conditions technologiques (environnement, équipement) avancées dont bénéficie l’édifice etc. C’est avec tous ces renseignements qu’on apprécie l’action. Mais si dans ce quartier un hôpital de 1000 lits était nécessaire et qu’on en a fait un de 300, qui était prévu s’achever en 2012 pour 10 milliards et qu’on se retrouve à l’inaugurer en 2021 avec 30 milliards de facture, que son scanner est de 3 générations en retard et que l’édifice consomme à lui seul 10% de l’électricité de la ville, on ne peut pas applaudir une photo. Tout ça semble devenir très fatiguant pour les congolais à faire, même ceux qui projettent de nous gouverner. Même les candidats en campagne n’ont pas le temps ni les équipes pour disséquer le fonctionnement de l’Etat. Ce n’est même pas au programme pour certains. Pas un parti politique ne va analyser un budget ligne par ligne, plus de débats de fonds sur les sujets techniques, assorti de contre proposition. Comme si la vie de la nation n’était qu’un roman-photo. Nous sommes conquis par la paresse intellectuelle et le rabais de la discussion nationale réduite à sa plus simple expression. Tout se résume à « untel ou rien », « tel autre est le vrai président », ou encore « tel tiers va battre tel candidat » comme si cela suffisait à répondre aux difficultés des conditions de vie des congolais ou à leur proposer un autre schéma. Quand tu parles de cela, on te répond « il croit qu’il n’y a que lui qui sait ? Les autres qui savent ne parlent pas ». Comme si on avait décrété une course à la médiocrité. Nous devons faire quelque chose pour relever le débat national et faire avancer le pays dans l’intérêt général bien compris et ringardiser ces entrepreneurs politiques qui n’ont rien à dire, rien à nous proposer, que leurs positions personnelles. Je reviendrai en politique bientôt, venez avec moi. Par Hervé Mahicka

Congo. Amnesty International: Le général Mokoko dont la santé est en danger doit être libéré

Congo. Amnesty International: Le général Mokoko dont la santé est en danger doit être libéré

Les autorités congolaises doivent, de toute urgence, libérer le général Jean-Marie Michel Mokoko dont la santé est en danger, alors que des cas de contamination au COVID-19 ont été rapportés à la maison d’arrêt de la capitale Brazzaville où il est arbitrairement détenu depuis quatre ans, a déclaré Amnesty International hier. Des proches et avocats du général, 73 ans, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2016, condamné en 2018 à 20 ans de prison pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État » et « détention illégale d’armes et de munitions de guerre », ont confirmé à l’organisation qu’il a subi un malaise lundi 29 juin. En 2018, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire avait considéré comme arbitraire la détention de M. Mokoko, et appelé les autorités à le libérer immédiatement et sans conditions. « Alors qu’il est établi que les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à la pandémie du COVID-19, continuer à maintenir en détention le général Mokoko relève d’un mépris du droit à la santé, » a déclaré Fabien Offner, chercheur au bureau d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Les autorités doivent le libérer immédiatement et sans conditions de même que tous les prisonniers d’opinion du pays, et agir de toute urgence afin de protéger toutes les personnes détenues contre la COVID-19, tout en assurant l’accès aux soins de santé et aux produits sanitaires dans tous les centres de détention. » Après son malaise, des proches du général Mokoko et un de ses avocats ont été autorisés à le voir en prison. Depuis 2016, la répression de la dissidence au Congo a pris la forme d’attaques visant des défenseurs des droits humains et des opposants politiques. Dans son avis de 2018, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a estimé « qu’une pratique est mise en place au Congo pour réduire au silence l’opposition politique. » André Okombi Salissa, un autre candidat à l’élection présidentielle de mars 2016, arrêté le 10 janvier 2017, est lui aussi détenu depuis lors. Le 18 avril 2018, le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a jugé sa détention comme étant arbitraire. Parfait Mabiala Hojeij, sympathisant du mouvement d’opposition Incarner l’Espoir, est incarcéré depuis son arrestation le 23 novembre 2019 à Pointe-Noire. Trois autres sympathisants du mouvement, Franck Donald Saboukoulou, Guil Ossebi Miangué et Rolf Meldry Dissavouloud ont été arrêtés entre le 13 et le 17 décembre 2019 à Brazzaville. Ils ont été inculpés d’atteinte à la sécurité de l’Etat et sont détenus illégalement, les délais de la détention provisoire prévus par le droit congolais ayant été dépassés depuis plusieurs mois. Leur avocat a déclaré à Amnesty International : « Cette détention est arbitraire car l’article 120 du code de procédure pénale au Congo précise que la détention provisoire ne peut excéder quatre mois, avec une possibilité de prorogation de deux mois par le procureur de la République. Or dans leur cas cela fait déjà sept mois, les délais légaux sont donc dépassés. » Malade, Franck Donald Saboukoulou a fait une demande d’autorisation de sortie pour soins refusée par les autorités. Le général Mokoko, André Okombi Salissa, Parfait Mabiala Hojeij, Franck Donald Saboukoulou, Guil Ossebi Miangué et Rolf Meldry Dissavouloud doivent tous être immédiatement libérés.  Depuis l’apparition du premier cas de Covid-19 au Congo le 12 mars, les autorités ont recensé 1087 cas positifs et 37 décès. Elles avaient annoncé la libération de 365 prisonniers condamnés pour des délits mineurs ou parce qu’ils avaient déjà purgé la plus importante partie de leur peine. De plus amples mesures doivent être prises pour protéger le droit à la santé de toutes les personnes détenues. Avec CP

Congo: Leur place n’est pas là bas.

Congo: Leur place n’est pas là bas.

TRIBUNE. Par décret, rendu public, le 29 septembre 2019, le Président sénégalais Macky Sall a accordé une remise totale de peines principales à l’ancien Maire de Dakar, Mr Khalifa Ababacar Sall et à deux de ses coaccusés MM. Mbaye Touré et Yaya Bodian. Mr Khalifa Ababacar Sall était en détention, depuis mars 2017, puis, condamné, en août 2018, à cinq ans d’emprisonnement, dans une procédure judicaire sur la gestion financière de sa municipalité. Du Président Macky Sall, c’est là un acte, à la fois courageux et de grande portée politique, dans une logique d’apaisement de son pays, au lendemain de sa rencontre avec son prédécesseur et adversaire, le Président Abdoulaye Wade, à la faveur de l’inauguration d’une mosquée à Dakar.Au Congo, nous attendons du Président Sassou Nguesso un geste similaire, plus fort, l’amnistie générale. Pour plusieurs raisons. De nombreux faits d’injustice et autres éléments dus aux pratiques non républicaines du pouvoir témoignent d’un délitement de la cohésion nationale. De multiples fractures divisent le pays. L’apaisement réel tarde à s’y installer. Est bien faible la confiance des congolais envers les dirigeants, depuis les conflits politiques dus à la révision constitutionnelle de 2015 qui s’est complétée par les présidentielles anticipées de mars 2016 et le contentieux électoral qui s’en est suivi. Aussi grave que les faits précédents, le sentiment d’appartenance à la nation repose, de plus en plus, sur du sable mouvant. La majorité des congolais estimant qu’un écart important existe entre les valeurs affichées de la république et ce qu’ils vivent au quotidien. Le décalage est croissant entre le ressenti des citoyens et les discours officiels sur les valeurs de la république. Or, dès lors que le peuple n’admire plus, il n’est plus apte aux mots d’ordre constructeurs de l’édifice national édictés par les autorités. Il n’obéit plus.L’apaisement politique s’impose donc dans le pays, pour désamorcer les tensions. Il passe inéluctablement par l’effacement de toutes les peines à coloration politique, non convaincantes, injustement infligées par les tribunaux du pays aux citoyens congolais. Dans l’intérêt supérieur de la nation, il est de la responsabilité constitutionnelle, politique et morale du président Sassou Nguesso de créer les conditions objectives et subjectives de cet apaisement. Ainsi, doivent être levées les injustes condamnations qui frappent les ministres Benoit Koukébéné et Philippe Bikinkinta, au sortir des violences de 1997. Leur l’exil à l’étranger qui dure depuis 22 ans doit s’arrêter. Par extension et, à titre posthume, les ministres Nguila Moungounga Kombo et Yves Ibala qui nous ont quittés, condamnés au même titre que leurs collègues Benoit Koukébéné et Philippe Bikinkinta, doivent, à titre posthume, bénéficier également des mesures d’élargissement. Par ailleurs, les prisons congolaises doivent être expurgées de tous les détenus d’opinion et autres leaders politiques au compte desquels le général Jean Marie Michel Mokoko et le ministre André Okombi Salissa. D’autant que les procédures judiciaires ayant conduit à l’injuste incarcération des deux ont été entachées d’irrégularités. Au ministre Jean Martin Mbemba, Maîtres Tony Moudilou et Massengo Tiassé, condamnés par contumace, le même traitement de levée de peines est à appliquer. S’y ajoute Mr. Modeste Boukadia dont l’évacuation sanitaire en France, passés quelques mois, pour des raisons de santé, ne l’exonère pas de son châtiment. Prendre en compte la problématique de l’amnistie générale est une priorité de taille, dans un pays en crise, comme le Congo si l’on voudrait maintenir les équilibres et préserver la cohésion nationale à long terme. Bien plus, cette problématique est fondamentale pour rassurer le peuple quant à l’engagement en faveur des idéaux de paix, de respect des libertés fondamentales, des droits humains et de solidarité . Remettez les en liberté. Leur place n’est pas là bas. Paris le 30 septembre 2019 Ouabari Mariotti –Ancien ministre de la justice du Congo