G. Mwéné Okoundji: «Le Congo est un petit pays où l’art germe un peu partout »

«Ce prix est aussi pour moi un symbole qui dit aux congolais, surtout à la jeunesse congolaise, qu’elle ne doit pas douter de son sol congolais qui est un sol particulier. Le Congo est un petit pays où l’art germe un peu partout. Un tel pays n’est pas infertile, n’est pas infécond», a déclaré le poète Gabriel Mwéné Okoundji à la rédaction de Pagesafrik (ex-Starducongo) à Brazzaville, après avoir reçu le grand prix des arts et des lettres dans la section Lettres des mains du Président Denis Sassou Nguesso, le 18 juillet 2015 à Brazzaville, à l’occasion de l’ouverture de la 10ème édition du Festival panafricain de Musique (FESPAM). Pagesafrik/Starducongo : Quel est votre sentiment après avoir reçu le grand prix du président de la république version 2014 ? Gabriel Mwéné Okoundji : J’ai effectivement reçu ce prix des mains du président de la république. Je le vis comme un grand honneur, mais aussi comme un signe qui dit au poète que je suis, et qui vit en terre étrangère, qu’il ne faut jamais oublier la racine, le socle d’où on a tiré sa quête poétique. Ce prix est aussi pour moi un symbole qui dit aux congolais, surtout à la jeunesse congolaise, qu’elle ne doit pas douter du congolais qui est un sol particulier. Le Congo est un petit pays où l’art germe un peu partout, un pays qui a donné au monde un Tchicaya U’tam’Si ; un Jean Baptiste Tati Loutard, un Sony Labou Tansi, un père de la phratrie des créateurs congolais Sylvain Bemba et je peux en citer comme ça, la liste est longue. Un tel pays n’est pas infertile, infécond. J’aimerais profiter de cette opportunité pour dire aux politiques que l’important n’est pas de reconnaitre ceux qui ont déjà un nom mais de tout faire pour fructifier le ferment, le vivier afin qu’il devienne arbre parmi les arbres. Je pense qu’il n’y a pas d’honneur à aller saluer un arbre, mais être fier d’avoir donné les conditions nécessaires à la poussée du bourgeon. Je pense qu’il nous faut une politique qui permette de repérer là où la sève jaillit pour l’aider et l’aiguiller.Quelle lecture faites-vous de la mise en scène de votre œuvre «Stèles du point du jour» par Antoine Yirrika ?G.M.O : Je me sens très honoré qu’un des miens, qui porte le même sang que moi, un congolais comme moi, s’empare de cette parole. Je le reconnais et je l’avoue ; j’en souffrais au fond de moi parce que, jusque-là, ma poésie n’avait jamais été interprétée. Mes œuvres n’ont été portées au théâtre que par des français, des canadiens mais jamais à ce jour au Congo par des congolais. Il n’y avait jamais eu d’initiatives à créer quelque chose autour de ma production littéraire. Lorsqu’Antoine Yirrika me fait cette proposition, quel bonheur pour un apprenti poète que je suis d’être reconnu chez soi ! Antoine Yirika fait partie de ceux pour qui j’ai beaucoup de respect parce que porter un tel texte avec peu de moyens qu’il a eu, nécessite à mon avis une grande reconnaissance. Je sais que je n’ai pas écrit en me disant que je serai joué un jour mais le fait qu’Antoine Yirrika s’empare de ce chant, j’en porte une grande fierté. Que dit cette œuvre ? G.M.O : C’est un livre qui a été édité en France et il a eu un grand succès. Il y a même une édition algérienne prévue. Depuis quelques années, un éditeur algérien APIC achète les droits de mes livres en France pour les publier en Algérie avec un coût plus réduit pour les écouler dans le sous continent. Ce livre parle d’un homme, un porteur de souffle, un diseur d’essentiel, un maitre de la parole et d’une femme, la grande conteuse en Tégué. C’est elle qui a injecté la part de l’émotion qui coule dans ma peau. Ces deux personnes sinon ces deux maitres se retrouvent pour s’interroger sur l’essentiel de l’âme congolaise. A-t-on une âme au Congo ? A quoi cela sert-il de nommer un enfant ? Pourquoi avons-nous besoin de nous inscrire sur notre sol de naissance ? J’ai toujours dit que tout homme doit être fier de son village, de sa langue, du lieu d’éclosion de son corps. Ils discutent autour de ces aspects et aussi de l’unité du Congo. J’ai toujours dit que pour tout écrivain venant de la terre africaine, le matin de la parole est encore en partout, et nous devons nous efforcer de creuser sur notre lieu de naissance. Je ne me pose pas de question, moi qui suis né au village Okondo et qui suis arrivé ici à l’âge de neuf ans. Mwéné ! Je ne savais même pas ce que voulait dire Mwéné. On me met sur la natte et on me donne la peau de la panthère et je suis Mwéné. Je fais mes études et on m’oriente en France pour des études de médecine. Puis, un matin, je m’interroge sur la quête poétique qu’il y avait avec ces poètes surréalistes, des poètes comme Tati Loutard né à Ngoyo et qui a justement sublimé la mer. Je dis souvent qu’un grand poète ne peut pas naitre ailleurs qu’au village. Pourquoi répétez-vous que vous n’êtes qu’un apprenti poète alors que vos textes sont lus avec beaucoup d’intérêt ? Est-ce une manière de vous mettre en harmonie avec ceux qui estiment que la perfection n’est pas de ce monde ? G.M.O : Oui, c’est vrai que la perfection n’est pas de ce monde, tout simplement parce que nous ne savons pas ce qu’est la vie. Nous sommes dans ce monde, cette chose qu’on appelle la vie. Si on nous dit de définir la vie, nous aurons autant de définitions. La vie est une énigme comme la beauté, comme le battement du cœur, comme le battement du cœur. Nous essayons chaque jour de réfléchir pour savoir comment résoudre cette énigme. Je me dis donc que nous sommes des apprentis de la vie et que