Littérature-monde : une imposture !

S’il est une évidence, qui ne peut être niée, c’est que le monde est fait de différences. Et, ce sont les différences qui l’enrichissent. D’autant plus, quand on les laisse s’exprimer aisément, quand on ne les bâillonne guère par plusieurs artifices possibles de l’hégémonisme de la raison du plus fort. S’il y a le monde occidental, il y a le monde méridional ; s’il y a des écrivains du nord, il y a des écrivains du sud (parce qu’un écrivain reste, avant tout, un être de chair). S’il y a le monde, il y a le pays (au sens premier du terme) ; et, il faut bien qu’il y ait un pays et un monde, pour que l’échange continue. De la même façon, un écrivain part d’un terroir ou peint des tableaux d’instants ‘‘I’’ d’un terroir ou des terroirs, réels ou/et imaginaires. Au vu de cette observation générale, le concept de Littérature-monde ne serait qu’une vague éphémère, qui ne monte que pour agiter les océans paisibles, charriant par la même occasion ses protagonistes au gré des vents et des océans qui les éjectent à la face du monde. En fait, c’est grâce à l’épisode du Festival Etonnants Voyageurs (à Brazzaville du 13 au 17 février 2013), qui a mis de côté un grand nombre d’écrivains talentueux originaires du Congo-Brazzaville, pour aller célébrer urbi et orbi le ‘‘sacre’’ d’Alain Mabanckou, que nous nous sommes rendu à l’évidence que nous avons plutôt affaire là à un concept bling-bling, mieux un arbre qui cache la forêt. Certains esprits éclairés n’ont-ils pas, avant nous d’ailleurs, entrepris de questionner cette invention quelque peu ubuesque, qui n’a d’égale que l’esthétique de son plumage, comme pour « questionner la validité de cette nouvelle catégorie littéraire de « littérature-monde en français » en l’analysant à la fois sur le plan méthodologique et institutionnel de façon à faire apparaître les enjeux masqués du débat dont certains dépassent largement le cadre de la littérature » ? (C. ALBERT, in « La littérature-monde en français » : une nouvelle catégorie littéraire ?) Depuis 2007, les langues n’ont pas tari en mots antagoniques à ce concept monté de toutes pièces comme pour tenter d’exploiter la misère ou les déboires des autres, à l’instar des stars du show-biz qui se lancent dans l’Humanitaire. Et, parmi toutes ces voix discordantes, s’élevait, au sommet, celle de l’actuel Secrétaire Général de la Francophonie, promoteur du Prix des Cinq Continents, dont Alain Mabanckou (un des signataires du Manifeste pour une Littérature-monde en français) est un des récipiendaires. Elle pourfendait quelque tares de cette notion : « permettrez de vous faire irrespectueusement remarquer, mesdames et messieurs les écrivains, que vous contribuez dans ce manifeste, avec toute l’autorité que votre talent confère à votre parole, à entretenir le plus grave des contresens sur la francophonie, en confondant francocentrisme et francophonie, en confondant exception culturelle et diversité culturelle. ». Et, sur le blog d’Alain Mabanckou, on pouvait lire, la même année, la réaction on ne peut plus directe d’un internaute sur cet avatar : « Il y a quelques contradictions dans la démarche, et elles nous font penser que les signataires de ce manifeste sont les notables de cette nouvelle tendance : littérature-monde. Ils affirment que la langue n’appartient pas à la nation, mais ils laissent à l’écart nombre de leurs collègues, talentueux et ostracisés par la collection Continents Noirs. Je n’achèterai pas le manifeste. Je le chercherai peut-être en bibliothèque. Que Gallimard arrête de se foutre de nos gueules, et on croira ce que ces 44 auteurs en quête d’honneurs (surtout les nôtres, qui se sentent accueillis dans la mafia littéraire, et qui ne sont pas à l’initiative du manifeste) nous disent, et on croira que Diouf est dans l’erreur. Au moins, sa posture à lui est claire. Celle des écrivains l’est moins. ». Une Littérature-monde : n’est-ce pas un appauvrissement de la littérature ? Littérature-monde ? N’est-ce pas là une manière d’opérer un suicide collectif sur la face du monde, en signant l’arrêt de mort des diversités littéraires, remplies de nuances, d’implicites culturels ou de sources d’inspirations différentes, que de prôner une telle hypocrisie ? Les 44 signataires de ce manifeste ne sont pas sans savoir toutes les nuances qui existent de fait dans le monde : du monde francophone au monde lusophone ; du monde anglophone au monde hispanophone… Qu’adviendrait-il alors des différences entre les courants littéraires classiques et les nouvelles tendances d’écriture littéraire, qui déjà enrichissent à foison le paysage littéraire ? Les vers de Mallarmé étaient classiques mais ceux de Césaire libres… mais on les aime tels qu’ils sont, ou on ne les aime pas… D’ailleurs, il existe plusieurs mondes, d’autant plus pour un littérateur, un homme aux divers univers. Alors, nous refusons de cautionner cette tendance illusionniste d’un monde merveilleux qui, au fond, ne contribuerait qu’à reproduire un univers d’hégémonisme qu’elle feint d’attaquer avec des galaxies de stars de la plume toujours en quête de plus de gloire individuelle. Il faut tout simplement stopper cette manie qui veut casser du sucre sur le dos des autres. Car, cette tendance à vouloir berner les masses dans les illusions d’un monde merveilleux, en gommant et en niant subrepticement les réalités diverses bien compliquées, nous semble être, sinon une imposture, du moins une erreur. « Ce qui tend à signifier que cette catégorie de « littérature-monde en français », annoncée à grand bruit, est bien une catégorie fictive qui, pour séduisante qu’elle soit, ne recouvre aucune réalité », peut-on renchérir avec le propos de C. ALBERT, mais aussi de B. WILFERT-PORTAL «Pour une littérature-monde est traversé de contradictions, de difficultés et d’enjeux non-dits qui invitent à le lire au moins autant pour ce qu’il ne dit pas que pour ce qu’il dit. ». Le fait de monter au créneau non pas à l’occasion de quelque festivités littéraires mais plutôt pendant le débat de l’élection présidentielle français de 2007 a mal caché de surcroît l’effet d’un coup médiatique recherché par les 44. L’Etat peut-il seulement gendarmer la