Littérature congolaise : « Trait d’union »1 de Hem’sey Mina ou l’écriture cosmopolitiste

Trait d’union. Du nord au sud, est un recueil composé de trois nouvelles disproportionnées (« Révélations scandinaves », « la journée de la femme » et « l’appel d’Océanie »), portant sur des thématiques très variées, en étroite ligne avec le monde actuel. L’auteur pose de façon fictionnelle, cette question du cosmopolitisme comme valeur et possibilité requises des sociétés actuelles. Tout le fond thématique de ce livre, réside en son articulation titrologique et les éléments d’illustration qui la complètent ou la prolongent. Cette corrélation sur le plan sémantique, permet à juste titre, de cerner cette poétique du cosmopolitisme ou ce sens de l’universel. Ainsi, l’auteur essaie de mêler les univers, de confronter les réalités ou les cultures dans une logique de partage. Ce qui en revanche, nous permet de considérer le discours paratextuel et son aboutissement ou son prolongement, donc le texte, comme l’expression d’une transfrontalité. Le livre peut ainsi se lire, parallèlement, comme étant la métaphore du pont. Une telle déduction survole l’aspect concret des identités relationnelles, les liaisons directes ou indirectes, la rencontre des cultures dans toute souveraineté, ou encore la mise en pratique des valeurs humanistes. Déjà, le titre apparait très expressif de cet universalisme, fondamentalement basé sur les valeurs ontologiques, socio-culturelles, voire économiques. Les deux syntagmes nominaux, à savoir : « Trait d’union » et « Du nord ou sud », se rapprochent dans cette sémantique du symbolisme, ou encore en rapport avec des réalités interprétables d’une société à une autre. Dans un premier temps, il faut entendre un rapprochement, une démarche vers, ou encore, une similitude ou un rapprochement entre un point A et un point B. Ce qui sous-tend une problématique de l’unité ou de l’égalité des peuples. C’est en d’autres termes, un système de pensée reliant le Nord au Sud dans un cadre symbolique. Cette liaison des espaces, perçue tant physiquement que mentalement, permet de mettre fin au régionalisme, à la misanthropie, à la xénophobie et à la ségrégation. C’est sans nul doute, d’une quête de l’humanisme ou de l’universalisme à laquelle nous invite Hem’sey Mina dans ce recueil de nouvelles. Nous en percevons davantage le sens dans les trois nouvelles. En effet, dans l’ensemble, il est question d’évoquer la problématique de l’immigration, des risques et atouts de la mixité ou des mariages interraciaux, avec des personnages qui évoluent d’un espace à un autre, d’un pays à un autre, d’un continent à un autre, en s’alliant aux autres. Cette problématique du cosmopolitisme se découvre avec force sur la page de couverture. Nous avons là, la preuve de la conjonction des mondes et la mise en place des réalités diverses, entre modernisme et tradition. Le jumelage de l’Afrique traditionnelle(les cases, le cocotier, les voyageurs…), et des sociétés modernes (l’immeuble, l’avion…), pose également la question de l’interculturalité ou de la multiculturalité. Il s’agit en fait de la rencontre des cultures. Enfin, ce troisième titre de Hem’sey Mina, après les deux premiers (J’ai rêvé d’une entreprise « 4 étoiles » et Sur la photo, c’était presque parfait), est véritablement un saut qualitatif vers le cosmopolitisme. C’est toute une esthétique du décloisonnement et de l’ouverture qu’il faut percevoir ici. Rosin Loemba Ecrivain et critique littéraire [1]Hem’sey Mina, Trait d’union. Du nord au sud, Pointe-Noire, Les Lettres mouchetées Editions, 2018.
Une lecture de l’ouvrage d’Hem’sey MINA, J’ai rêvé d’une entreprise « 4étoiles ».

L’ouvrage d’Hem’sey Mina portant le titre ci-après : J’ai rêvé d’une entreprise « 4 étoiles ». Parcours de jeunes auditeurs financiers, se donne à lire comme l’accentuation d’un réalisme auctorial à travers lequel le témoignage d’une expérience est un motif culminant du texte littéraire. Cette littérature de soi ou sur soi s’énonce comme un discours réel en se démarquant logiquement des canons de la fictionnalité et s’atteste dès le seuil par l’indication générique « Récit ». On comprend dès lors que ce premier ouvrage d’Hem’sey Mina retrace l’itinéraire d’une vie, le cheminement d’une carrière professionnelle. Déjà dès le « mot de l’auteur », on découvre l’orientation qu’Hem’sey Mina donne à la jeunesse en terme de réussite. Car, essentiellement, le livre tourne autour de la question de la jeunesse, c’est donc un appel à la conscience juvénile pour un développement intégral, le jeune compris comme l’avenir de demain : « Jeune homme, jeune femme ; si tu chavires Ne méprise pas ta jeunesse et va au bout de tes rêves À toi qui liras ce livre Ne vis pas une vie qui n’est pas la tienne. » Ce fragment textuel a l’allure interpellatrice vient ensemble que le titre dévoiler la trajectoire thématique du livre. Une thématique qui comme nous l’avons souligné, prend appui sur la jeunesse tout en brossant le cadre socio-professionnel. Cet ouvrage porte une trace assez importante de la pratique citationnelle. Ces trente trois chapitres portent une orientation thématique, renforcée par une épigraphe : soit un proverbe, soit une citation. Et tout cela témoigne de la culture de l’auteur ; ces citations tirées de divers horizons constituent pour Hem’sey Mina, un voyage auquel il convie le lecteur. Il s’agit précisément de l’histoire d’Eden, un jeune très gagné par le goÛt de l’effort qui après l’obtention de son baccalauréat à l’âge de dix sept ans, sera admis à une grande école de commerce, et puis sera engagé dans un grand cabinet en qualité d’auditeur financier. Eden est conscient des contraintes que lui imposent une telle profession mais hélas celles-ci ne dissipent pas son vœu, d’où l’effort, l’audace, la disponibilité, la perspicacité sont autant de qualités qui le caractérisent. Il exerce sa profession bec et ongle, corps et âme, mais malheureusement cette profession n’aura de récompense pour lui que l’ingratitude et la marginalité. Il sera donc licencié mais ses espoirs demeureront inébranlables. Ce livre d’Hem’sey Mina promène le lecteur dans l’univers professionnel de l’audit financier, plusieurs termes techniques spécifiques liés sont abordés, y compris des termes anglophones propres au monde des affaires. En clair, il ne s’agit pas d’un précis de l’audit financier, mais un parcours comme tout autre qui dévoile en quelques sortes les exigences, la servitude, les atouts tout comme l’ingratitude d’un tel métier et pourtant noble. Le licenciement arbitraire d’Eden en est la parfaite illustration. L’orientation ici se lit en ces termes : « Aux étudiants qui voudraient faire de l’audit, je pourrai recommander mon parcours ou celui de Tyson. C’est un parcours que nous avions choisi sans regret. Il n’y a pas de mauvais choix dans la vie, seulement chaque choix entraine des conséquences.» À travers cet extrait, on s’aperçoit également qu’il est posé dans ce livre la question du choix des métiers, du parcours scolaire et universitaire. L’élève après l’obtention du baccalauréat est souvent confronté à une impasse sur la filière ou l’option à faire. Ainsi donc, ce choix devient déterminant. En décrivant l’univers professionnel d’Eden, Hem’sey Mina appelle à une éthique des entreprises ou du milieu professionnel tout court.
Littérature : Hem’sey Mina a rêvé d’une entreprise «4 étoiles»

«Tout au long de mes études, j’ai envié mes professeurs et ces chefs d’entreprises qui nous racontaient des choses incompréhensibles. Je voulais leur ressembler, me prouver que leur monde était à portée de main. C’est donc ainsi que je me suis engagé sur ce chemin sinueux qu’on définit comme étant ‘’la réussite’’. Tout ce que j’ai entrepris, c’était à travers de solides barrières que m’imposait la banlieue», peut-on lire sur la quatrième de couverture de ce récit de 220 pages sorties des entrailles du jeune congolais Hem’sey Mina, paru aux éditions L’Harmattan de Paris. Ce premier produit d’Hem’sey Mina est un récit de trente et trois chapitres, chacun portant un titre. La particularité de cette œuvre d’Hem’sey est que deux chapitres de cette œuvre sont suivis de poèmes de 17 vers pour le premier et 20 vers pour le second. Il met en scène un groupe de jeunes gens d’une banlieue parisienne dont la réussite dans la vie est leur but principal à atteindre à travers les études. Il porte le sous-titre de «Parcours de jeunes auditeurs financiers». Chaque chapitre s’ouvre par une citation ou un proverbe. Il attire également l’attention des jeunes émigrés en France venant d’Afrique pour aller chercher le bien-être, les diplômes et pour fuir la pauvreté quant à ce piège qui souvent se referme sur eux sans qu’ils s’en rendent compte. Les trente-trois chapitres, précédés par un avant-propos, retracent avec rebondissements, l’histoire du jeune Eden, qui fait face à des problèmes liés aux réalités de l’existence et découvrent les maux cachés comme la contrariété, l’anxiété, l’ennui ou encore de manière générale, la souffrance et la face cachée du cœur de l’homme. Eden est en effet un auditeur financier, employé dans une entreprise 4 étoiles pendant deux ans. Il a atteint son objectif, celui de réussir dans la vie avec des diplômes, un emploi respectable, un bon salaire et conséquemment beaucoup d’argent. Eden gagne plus même plus d’argent que sa mère. Comme tous les jeunes de son âge, il se laisse avaler par la société avec le comportement que génère le semblant de bien-être, en compagnie de ses amis et promotionnaires. Des noms porteurs Dans le chapitre premier de cette œuvre, l’auteur qui emploi la première personne du singulier cache mal la confusion qui peut naitre dans les esprits entre son être physique et le protagoniste qui joue le grand rôle du livre. Les différents noms qu’on lui donne lui prédisent déjà un avenir radieux. Il se nomme Eden qui, en hébreux, renvoie au paradis. C’est la personne qui lui a donné le jour après neuf mois de grossesse qui le lui donne. Personne n’ignore que vivre au paradis suppose mener une vie harmonieuse, belle et paisible. Tout y est beau. De son père, il tient le nom Elikia. Ce mot signifie Espoir en Lingala, une des langues nationales du pays d’origine de ce jeune auteur, le Congo-Brazzaville. Le troisième qu’utilisent ses amis, Mignon, revoie à un beau, gentil et coquet garçon dans ce cadre, ce personnage qu’on peut rapprocher de l’auteur était destiné au succès dans la vie. Toutes les portes lui avaient été ouvertes pour une vie décente. Plaidoyer pour l’égalité des métiers Hem’sey Mina aborde la délicate question qui oppose souvent les parents et leur progéniture. Celle de l’éducation à travers laquelle il fait une espèce de plaidoyer en faveur de tous les métiers. Il déplore le classement les métiers d’agriculteur, de boulanger, de charpentier, d’éboueur, de mécanicien, de menuisier, de serrurier, de vitrier et tout un lot d’autres liés au travail manuel sur une liste noire pendant que d’autres sont présentés comme de vrais métiers, notamment le fait d’être agent de la fonction publique, ingénieur, médecin, politicien et militaire pour faire un coup d’Etat et accéder aux hautes fonctions de chef de l’Etat. Il partage aussi sur le comportement négatif de la jeunesse qui s’adonne à des affrontements violents entre groupes. Il ne manque de pointer du doigt les différences salariales dans le travail. A la page 37, il écrit ce qui suit : «la politique de promotion dans une entreprise 4 étoiles est similaire à la perspective d’évolution scolaire. En effet, elle est basée sur un système d’évaluation qui détermine la performance d’un auditeur en fonction des notes qui lui sont attribuées. Ainsi un auditeur ayant obtenu de bonnes évaluations pourrait difficilement se voir refuser l’accès au grade supérieur » Dans cette œuvre, l’auteur découvre l’autre facette de la vie professionnelle ave des agents capables de présenter leur démission net d’aller vers d’autres horizons. Il raconte aussi les retrouvailles et rencontres avec plusieurs de races différentes. L’œuvre s’ouvre par un conseil à la jeunesse : «Jeune homme, jeune femme, si tu chavires, ne méprises pas ta jeunesse et va au bout de tes rêves».