Un enfant qui torture un animal : « un signal d’alerte »

PARLONS-EN. Quand un enfant ou adolescent tue un chaton, attache un chiot et le frappe, enferme un animal pour le regarder souffrir, nous devons nous inquiéter. Il ne s’agit jamais d’un simple « jeu ». C’est un signal d’alerte qu’il faut prendre très au sérieux. Cruauté envers les animaux : de quoi parle-t-on ? On parle de cruauté animale lorsqu’un enfant ou un adolescent inflige volontairement de la souffrance à un animal : coups, torture, privation, mise à mort… Ce comportement est parfois ponctuel, mais peut aussi être répétitif, voire sadique. Il ne faut pas confondre ce type de conduite avec la simple curiosité des tout-petits (moins de 6–7 ans), qui peuvent parfois, sans comprendre, blesser un animal en jouant. Mais à partir de l’âge scolaire, la capacité à comprendre la douleur d’autrui est attendue. Et si un enfant continue de blesser les animaux, il faut s’interroger. Pourquoi un enfant peut-il devenir cruel avec les animaux ? Il n’existe pas une seule cause. Mais plusieurs facteurs psychologiques, familiaux et sociaux peuvent interagir : Un climat violent à la maison : dans de nombreux cas, l’enfant est lui-même exposé à la violence, ou en a été victime. Il rejoue ce qu’il a vu ou subi. Un manque d’empathie : certains enfants ont du mal à se mettre à la place d’autrui. Ils ne perçoivent pas la souffrance de l’animal comme importante, voire comme réelle. Un besoin de contrôle : faire souffrir un être plus faible peut être une manière de reprendre un sentiment de puissance, surtout quand on se sent impuissant dans sa propre vie. Une imitation : l’enfant reproduit ce qu’il voit dans les vidéos, sur les réseaux sociaux, ou dans son entourage. Que révèle ce comportement sur l’enfant ? Chaque cas est unique. Il ne s’agit pas de « diaboliser » l’enfant, mais de comprendre ce que son comportement exprime. Lorsqu’un enfant fait du mal à un animal, il faut penser à comprendre. Un enfant qui torture un animal n’est pas forcément “mauvais”, mais son comportement est « mauvais » et il a besoin d’être aidé. La cruauté envers les animaux peut être le signe d’un trouble psychique plus profond : Un trouble du comportement, notamment si l’enfant est agressif aussi envers les humains. Un traumatisme psychologique, si l’enfant a été victime ou témoin de violences. Parfois, des traits émotionnels inquiétants, comme l’indifférence à la souffrance, l’absence de culpabilité, ou une froideur affective. Pourquoi il ne faut surtout pas banaliser ? Un animal maltraité. Un enfant en détresse. Ignorer, minimiser, ou excuser ce type de comportement peut avoir des conséquences graves. Les recherches montrent que les enfants cruels envers les animaux ont plus de risques de développer des comportements violents à l’adolescence et à l’âge adulte. La violence ne s’arrête pas toujours aux animaux : elle peut s’étendre aux autres enfants, aux proches… puis devenir une manière habituelle de se comporter dans la société. Que faire en tant que parent, éducateur ou témoin ? Ne jamais rire ou tolérer ce comportement. Protéger l’animal immédiatement et mettre l’enfant à distance. Parler avec l’enfant, sans violence, mais avec fermeté : « Tu ressens la douleur. Un animal, comme toi, ressent la douleur. » Chercher de l’aide professionnelle : un psychiatre ou psychologue peut aider à comprendre ce que ce geste révèle, et proposer un accompagnement. En intervenant tôt, on protège l’animal, mais surtout, on offre à l’enfant une chance de sortir de la spirale de la violence. Par Docteur Jaouad MABROUKI Psychiatre, psychanalyste de la société marocaine