Maroc. «Dans un sceau noir» de l’écrivaine Bouthaina Azami: Un pamphlet contre les injustices

Maroc. «Dans un sceau noir» de l’écrivaine Bouthaina Azami: Un pamphlet contre les injustices

Avec un ouvrage vivant et réjouissant «Dans un sceau noir», l’écrivaine, poétesse, journaliste et artiste-peintre marocaine Bouthaina Azami nous promet encore de formidables moments de lecture. Paru aux Editions l’Harmattan puis aux Editions Marsam, ce roman nous donne à apprécier un récit très bien détaillé et parfaitement bien développé autour de divers thèmes dont le laxisme et la passivité des familles, les destinées, les châtiments du passé, les blessures et la réparation des douleurs du passé. «Dans un sceau noir» est un de ces ouvrages qu’on lit pour se distraire,  s’évader, s’émouvoir mais également pour comprendre et éclaircir  certaines questions  dont on n’avait jamais rien compris. On en ressort bouleversé, chamboulé, éclairé certes mais rempli de doutes et d’incertitudes.  A l’origine, il y a ce seau noir où, alors qu’elle n’était encore qu’un bébé, la narratrice a été placée et déposée sur les marches d’un hôtel de Tanger. A force de gigoter, l’enfant a fini par faire basculer ce seau, noir comme sa peau, qui a dévalé l’escalier et expulsé la petite fille sur le pavé, juste aux pieds d’un couple de passants.  «C’est comme une renaissance qui semble se jouer là, d’autant que le couple décide de l’adopter. L’homme, du moins, malgré les réticences de sa femme, Ghita, qui porte en elle un lourd secret et a vécu dans une sorte de monde féodal où la plupart des servantes et nourrices,  ces « Dadas », comme on les appelait et qui l’ont d’ailleurs suivie dans sa nouvelle demeure après son mariage, étaient noires. La narratrice vivra alors entre un père aimant et cette femme, Ghita, qui ne nourrira pour elle qu’une jalousie et une aversion féroces», explique à ce propos l’écrivaine  Bouthaina Azami. l’art et ses relations tantôt orageuses, paradoxales tantôt complémentaires avec la notion du sacré. L’auteure a dédié son ouvrage à l’analyse de cette question comme une sorte de point de convergence de toutes les interrogations philosophiques, religieuses, littéraires, artistiques, historiques et psychanalytiques. Dès la première phrase de ce formidable ouvrage original,  la plume de Bouthaina Azami permet à tout lecteur de s’initier à un regard dont la singularité est de nous permettre d’appréhender ses écrits dans sa sidérante simplicité.  L’ensemble est porté haut par les grands motifs discrètement posés par l’écrivaine.   Dans ce nouvel opus,  Bouthaina Azami aborde les thèmes du laxisme et de la passivité des familles, les destinées, les châtiments du passé, les blessures… «Ce roman est celui de destins croisés qui s’interpellent et s’interrogent. Certains, tout tracés, sont marqués par la résignation, surtout ceux des servantes qui peuplent la maison et dont la narratrice questionnera les lignages mystérieux comme elle s’interrogera, à travers elles, sur ses propres origines. D’autres sont de luttes et de résilience. Toujours est-il que la plupart des personnages portent en eux de lourdes mémoires et, oui, de profondes blessures. A travers eux, le récit sonde des univers qui soulèvent les questions du droit à disposer de soi, des répercussions ravageuses du trauma, du déni, de la violence, sur l’image de soi, du danger des silences et des secrets, mais surtout, in fine, du mystérieux pouvoir réparateur de l’amour»,  poursuit Bouthaina Azami. En effet, il ne s’agit pas, pour elle d’édifier, au prix de l’idéalisation et de la construction romanesque d’une identité sociale quelconque,  mais avant tout d’instruire. Et même si la dimension affective et morale est présente dans ses textes, cet appel affectif ne relève pas de la séduction aveugle et ne cherche pas à manipuler le lecteur au détriment de la littérature elle-même,  au contraire, il s’articule à celle-ci.   Par exemple, Bouthaina remet  en cause les violences conjugales physiques mais aussi psychologiques et leurs conséquences.  Le roman s’ouvre, en effet, sur une scène où la narratrice, après avoir appris la mort de son père, reprend conscience sur le parquet, le corps disloqué, après une soirée de violences verbales et physiques assénées par son compagnon. D’ailleurs, cette scène, selon l’écrivaine,  a une charge symbolique et fait écho à un élément qu’elle a déjà évoqué : « à la mort de son père, dont l’amour lui donnait corps, lui donnait sens, la narratrice se désagrège. A tel point que ce deuil va jouer le rôle d’un catalyseur qui va lui permettre de se défaire complètement, enfin, de l’emprise destructrice de l’homme avec qui elle vit pour entreprendre ce voyage initiatique qui la rendra à elle-même. Les répercussions sociales de la violence conjugale sur la vie sociale? Elles sont ravageuses. Dans le roman, pour rester dans ce contexte, le compagnon de Ghalia l’isole de tout son entourage, jalouse ses amis, la met sous emprise, lui interdit toute interaction sociale, l’obligeant même à quitter son travail… Isolement, enfermement dans un quotidien terrifiant qui mènera presque Ghalia, sujette à des hallucinations dans cette cellule érigée autour d’elle, à la folie». Il faut dire que tous les ingrédients d’un roman de référence sont réunis dans une complicité totale avec le lectorat pour nous donner à vivre  une expérience de lecture jubilatoire et multi-facettes. D’ailleurs dans son parcours riche à plus d’un titre, ce roman est en parfaite continuité avec ses précédents livres.  «Non seulement de par les thèmes qu’il aborde, mais aussi de par le style d’écriture, hybride, où la prose poétique et la poésie tiennent une grande place. De plus, des personnages présents dans des romans antérieurs viennent ici traverser le récit. Les textes se répondent, dialoguent les uns avec les autres», conclut Bouthaina Azami. A lire sans tarder ! Ayoub Akil Bio-express : Bouthaïna Azami est née à Tanger en 1964. Elle est l’auteure de plusieurs romans (Editions L’Harmattan, Paris; éditions Marsam, Rabat) qui ont obtenu d’importantes distinctions, dont le Prix Sofitel Madame Figaro 2014 pour le dernier, Au café des faits divers (Editions La Croisée des chemins, Casablanca 2013). Parallèlement à son activité d’écrivain, elle aime passer par l’image à travers le dessin, la peinture, l’art digital, et a à son actif plusieurs expositions individuelles (notamment à la Villa des arts de Rabat) et collectives… Synopsis : A la mort de son père