LITTERATURE. Ci-gît Le Cardinal achevé (1) : un roman de Dominique M’Fouilou

IN MEMORIAM: Le Cardinal Emile Biayenda assassiné dans la nuit du 22 au 23 mars 1977 Une fois de plus, Dominique M’Fouilou, l’un des romanciers les plus féconds du Congo, nous revient avec un nouveau récit qui mélange histoire et roman. Ci-gît Le Cardinal achevé, un récit qui trouve sa source dans l’un des drames les plus graves qui ont secoué l’Histoire politique du Congo. Le président Marien Ngouabi, préoccupé par la situation socioéconomique aléatoire que traverse le pays, pense se « réconcilier » avec son prédécesseur. Conscient du pouvoir qui veut changer de position, l’entourage du président se montre hostile au changement préconisé. Un complot énigmatique se tisse autour de lui et l’emporte dans sa mise en œuvre, ainsi que tous les éventuels témoins gênants, principalement le président Massamba-Débat et le cardinal Emile Biayenda. Et tout le récit de se focaliser sur le complot qui tue d’abord Marien Ngouabi avant de s’en prendre tour à tour à son prédécesseur et au cardinal, ce dernier pouvant être défini comme le héros principal dont la mesure où sa mort devient « nationale » en bouleversant tout le pays en général et les chrétiens en particulier. Du début à la fin du récit, tout est amertume, tout est tristesse et la mort survient à tout moment en emportant plusieurs personnages ? Et, c’est quand le cardinal est enterré en l’église Saint François de Brazzaville, que la vie reprend le dessus sur l’absurdité de la politique car l’on comprend à la fin que le cardinal a été emporté par un complot militaire et tribalo-politique. Histoire et roman dans Ci-gît Le Cardinal achevé Les romans de Dominique M’Fouilou n’inventent rien, sinon l’écriture. Presque dans tous ses récits, le ou les narrateurs apparaissent comme des reporters ou des cameramen qui rapportent le vécu quotidien des Congolais avec toutes leurs (mé)aventures sociales et politiques où le tragique occupe une place importante. D’ailleurs dans l’avant propos du roman, l’auteur nous dévoile déjà la véracité de sa création : « De ce que j’ai gardé en mémoire des entretiens avec mon oncle (…), il ne me restait que ce récit précis sur l’enlèvement et l’assassinat du cardinal Emile Biayenda survenu le 22 mars 1977. Je n’ai rien inventé de cette histoire… » (p.7). Histoire et récit se marient bien dans ce roman quand on se réfère à l’histoire politique du Congo et au mystère dans lequel les Congolais ont enfermé, malgré eux, la véritable définition politico-historique de la mort de leur troisième président. Epousant la technique du roman-réalité héritée du XIXe siècle où le spatio-temporel se fonde sur des bases référentielles, Dominique M’Fouilou voudrait démontrer dans son récit que, du roman historique à la réalité, il n’y a qu’un pas qu’il faudrait franchir, la mission que doivent se prévaloir les historiens dont le travail s’avère scientifique. Marien Ngouabi, le Cardinal et le téléphone de la mort Si la mort de Marien Ngouabi est programmée par son entourage, celle du cardinal est liée au téléphone qui est devant lui dans cette maison où il se trouve au mauvais moment. Le roman nous retrace la rencontre sur rendez-vous du président avec le cardinal pour discuter de la cession de l’école Javouey à l’Eglise catholique après sa nationalisation des années post-révolution. Aussi, pour avoir été reçu par Marien Ngouabi, le jour même de son assassinat, le cardinal Biayenda est convoqué à l’Etat major par le C.M.P (Comité Militaire du Parti crée pour gérer et enquêter sur la mort du président). Le prélat et son vicaire Badila se voient inquiétés par cette convocation du vice-président du C.M.P : « Avec une intuition remarquable, le cardinal avait dit au vicaire les mots qu’il fallait pour le tranquilliser (…). Si ce rendez-vous était dangereux, il posait un extraordinaire problème de sécurité » (p.22). Quand Marien Ngouabi reçoit un coup de fil qui l’annonce une situation extraordinaire dans le milieu militaire, il ne peut continuer sa discussion avec le cardinal. Aussi, son attitude montre à ce dernier que « quelque chose » ne va pas à Brazzaville ce 18 mars 1977. Et quand l’annonce du tragique de l’après-midi tombe dans les oreilles du cardinal, la convocation de ce dernier par le CMP se voit remplie d’interrogations. La discussion entre le prélat et son vicaire devient prémonitoire car elle annonce l’éventuel complot des vrais assassins du président qui mettraient sa mort sur le dos de son prédécesseur Massamba-Débat et du cardinal Emile Biayenda qui aurait « détruit » ses fétiches au cours de leur dernière rencontre de la matinée. Et tout le complot s’est tissé autour de cette matinée qui réunit le président Marien Ngouabi, le cardinal Biayenda et le coup de téléphone « militaire » ainsi que la présence « absente » de Massamba-Débat dont les conversations téléphoniques avec son successeur étaient sur la table d ‘écoute ; Aussi, le téléphone dans sa fonction de « traître involontaire », facilite l’énigme dans laquelle se trouve engluée la mort de ces trois grandes figures du pays. Ci-gît Le Cardinal achevé ou le récit de la mort En général, le roman apparaît souvent comme une addition de bonheur et de malheur fictionnels qui définit la dualité de l’humain. Dans « Ci-gît Le Cardinal achevé », aucun sourire ne se dessine sur la face des personnages dans le coulé narratif. De l’incipit à la clausule, en dehors de la joie qu’éprouvent les président et vice-président du C.M.P dans la réalisation de leur complot machiavélique, c’est l’amertume et le drame qui se métamorphosent en mort et qui accompagnent le lecteur au fur et à mesure qu’il tourne les pages du livre. Dans l’après midi, le président meurt assassiné chez lui dans un cafouillage qui entraîne mort d’homme. Quelque temps après, son prédécesseur Massamba-Débat est arrêté et condamné à mort à la surprise de tout le monde avec disparition de son cadavre. Quelques jours après, le cardinal Emile Biayenda se voit rattrapé par sa présence matinale du 18 mars 1977 chez le président Marien Ngouabi. Et le téléphone qui