Congo – pouvoir – sacrifices : l’élite et des dirigeants, dans le collimateur de pratiques ésotériques et de rituels (lecture 5 minutes)

PARLONS-EN. En cas de disparition d’un proche de dirigeants politiques ou des décès des parents de personnes fortunées, les coupables dans la société congolaise semblent connus : les membres des loges ésotériques et des sociétés secrètes. Chaque mois ou presque, un frisson traverse la République du Congo. Dans l’ombre du pouvoir, les rumeurs macabres s’épaississent. Décès d’enfants, de femmes, de proches collaborateurs… Le sang coule, discrètement. Signe indien ? Malédiction dynastique ? Loges ésotériques ? Ou orchestrations rituelles d’un pouvoir qui flirte depuis toujours avec l’invisible ? Mort naturelle ? L’ésotérisme – la politique – les malheurs, une triade sous tension dans une société inculte où les populations deviennent naïves et prennent tout pour argent comptant. Même les chrétiens, majoritaires au Congo, préfèrent s’abreuver des inepties plutôt que de faire preuve de discernement à la lumière biblique. Tout est confus alors que tout est distinct, comme dans la Trinité chrétienne ayant des symboles et des missions distinctes. Rouge comme la sorcellerie, le pouvoir ou les loges Au Congo, on ne gouverne pas seulement avec des armes, des lois et des deals internationaux. On gouverne avec l’invisible, le sang, les symboles. Depuis quatre décennies, M. Sassou, président revenu aux affaires après avoir marché sur des milliers de cadavres en 1997, est enveloppé d’une aura à la fois militaire, maçonnique et mystique. Ce dernier ne serait, selon des observateurs, pas simplement un stratège politique, mais un initié, membre présumé de loges ésotériques dites rouges et noires aux ramifications transcontinentales. Ces loges – mélange opaque de franc-maçonnerie africaine, de rites kabbalistiques revisités et de pratiques ancestrales – seraient les creusets où se nouent pactes de sang, fidélités mystiques et contrats de pouvoir. Le rouge y symbolise la puissance par le sacrifice ; le noir, la domination par la peur. La figure présidentielle y occuperait un rôle central, à la fois grand maître et offrande tutélaire. Deux rites supposés : chambre rouge et marche inversée Les témoignages recueillis à demi-mots évoquent plusieurs rites comme « L’offrande de l’ombre » ou « le déchaînement du feu noir ». Mais deux rites majeurs retiennent l’attention : le rite de la Chambre rouge et le rite de la marche inversée. 1/ Le rite de la Chambre rouge pratiqué dans certaines résidences d’État ou villas privées consisterait en une mise en scène sacrificielle impliquant une pièce close, tapissée de drap rouge, éclairée à la chandelle, où une offrande – souvent féminine ou juvénile – serait présentée devant un autel noir gravé de symboles mêlant chien du Kebe-Kebe et iconographies maçonniques. Ce rituel serait pratiqué lors de grandes échéances politiques ou de renouvellements de cycle présidentiel. 2/ Le rite de la marche inversée quant à lui est un rituel nocturne effectué à l’approche d’événements sensibles, durant lequel les initiés marcheraient à reculons autour d’un cercle symbolique, récitant des incantations en langues anciennes (yombe, téké ou mboshi), tenant en main une opale noire ou un talisman imbibé de sang. Ce rite viserait à inverser les malédictions ou à renvoyer les menaces mystiques à leurs auteurs supposés. Une symbiose troublante avec les rites ancestraux mboshi L’environnement mystico-politique du pouvoir actuel s’est largement nourri des traditions du Nord-Congo, notamment des pratiques initiatiques mboshi. Trois éléments reviennent fréquemment dans les récits : l’Andzimba, le Ossa -a –pâlé et le Kiebe-Kiebe. L’Andzimba est une société secrète traditionnelle, à la fois éducative et ésotérique, qui encadrait la transmission du pouvoir et des secrets communautaires. Elle formait les jeunes initiés aux arts du camouflage, du silence et du contrôle psychique. Cette secte de rituel principal à dominance sacrificielle est pointée de doigt d’enlèvement des personnes et les tuants en les mutilant. Certains cadres actuels du régime en seraient issus notamment de la Cuvette Ouest et dans la Sangha. Le Sud du Congo n’est pas exclu des crimes rituels qui connaissent la recrudescence à l’approche de chaque élection mais aussi en temps normal, pour s’attirer, l’influence, argent et fonctions. Isidore Mvouba par exemple était cité dans un scandale qui avait entraîné un massacre des 8 femme amputé des yeux, cœur, parties génitales. Pour sa part, le Ossa -a -pâlé est un rite de sacrifice des sociétés secrètes Mondo et Ottoté (kouyou), Otwèré ( mbochi), Onyanh ( bangangoulou). Il est la forme la plus aboutie du pouvoir ultime dans les pays Mboshi. Dans ce rituel, une jeune fille vierge est battue et épouvantée jusqu’à l’effroi le plus absolu pour recueillir son liquide céphalorachidien, breuvage de divination et de décuplement des facultés psychiques à un niveau sans équivalent. Enfin, le Kiebe-Kiebe, selon le poète Daniel Isaac Itoua, est une danse rituelle d’origine métaphysique, souvent reprise de façon cryptée dans les cérémonies privées du pouvoir. Elle symbolise la protection du chef par la force occulte et le sacrifice pour des syncrétistes des plus faibles comme barrière contre la défaite. Il est placé sous l’autorité du serpent noir, Odi, triomphant dans sa montée de l’arbre du monde, symbole du recours aux forces chthoniennes les plus basses. La question centrale est moins celle de la véracité des faits que de la logique qui les rend crédibles. Dans une société où la mémoire coloniale a détruit les repères spirituels traditionnels sans les remplacer, la sorcellerie est devenue un langage de pouvoir. Elle n’est pas qu’une superstition ; elle est une technologie de domination, un mode de régulation sociale, une scénographie du sacré noir. Signe indien ou renouvellement sacrificiel ? Plusieurs hauts gradés de la franc-maçonnerie congolaise, plusieurs illustres ministres et anciens dirigeants politiques, des enfants de ministres et hauts cadres sont tous morts en moins de six mois. On peut y rajouter deux épouses de ministres décédées ; des mères et pères d’enfants des ministres ou des personnes occupant de hautes fonctions ou avenir dans les mêmes conditions… Des disparitions brutales. Les réseaux sociaux compilent ces drames jamais démenti par les mises en cause comme autant de pièces d’un puzzle interdit. Pour certains, c’est un mauvais sort : le pouvoir serait maudit, condamné à vivre ses derniers jours dans le sang. Pour