RD Congo. Le pouvoir, les Lubas et le problème de cohésion nationale

LIBRES PROPOS. Je suis de ceux qui estiment que la victoire militaire contre le Rwanda et ses supplétifs du M23 passe par une vraie cohésion et l’unité des Congolais. C’est d’ailleurs l’une des suggestions que j’ai faites au régime de Félix Tshisekedi lors d’une émission. Ceci dit, peut-on vraiment affirmer que les Congolais sont aujourd’hui divisés au moment où leur pays est confronté à un vrai problème existentiel ? La réponse est à la fois OUI et NON. OUI, parce que la réalité de cette division est perceptible. NON, parce que cette division résulte davantage d’une rupture entre la grande majorité des Congolais et le régime de Félix Tshisekedi perçu comme un pouvoir tribal soutenu essentiellement par des Lubas. Comme j’ai eu à le souligner, les Congolais soutiennent leurs forces armées (FARDC) et les Wazalendos, mais rejettent le régime de Kinshasa. Ce qui apparaît comme un problème social profond n’est que le symptôme d’un mal résultant du comportement d’un groupe d’ethnocrates sans scrupules. La division supposée des Congolais est en réalité une rupture entre le peuple et un pouvoir tribal soutenu par les siens. Dans cette optique, doit-on parler de problème de cohésion et d’unité nationales ? Dans une certaine mesure OUI, parce que les Lubas qui soutiennent ce qu’ils appellent eux-mêmes « pouvoir na biso balubas » (notre pouvoir à nous les lubas) sont des Congolais au même titre que les autres Congolais… quand bien même chez eux la tribu passe avant la mère patrie. Le vrai problème n’est pas celui de la cohésion et de l’unité nationales, mais du rapport de certains Congolais tribalisés (privilégiant la tribu à la mère patrie) à leur pays et leurs compatriotes d’origine ethnique différente. Alors que la grande majorité des Congolais, ethnies et/ou tribus confondues, se mobilisent pour défendre leur pays face aux assauts du Rwanda et de son M23, les ethnocrates lubas sont, eux, préoccupés par rien d’autre que la préservation de « leur » pouvoir, mobilisant pour ce faire les artifices de l’ubwenge pour arriver à leurs fins. Tous les discours sur le soutien aux FARDC, la cohésion nationale et « l’unité derrière le chef de l’État » concourent à cela. Seulement voilà : les Congolais dans leur majorité ne sont pas dupes. On ne construit pas dans le déni de la réalité, le mensonge et la fourberie. Félix Tshisekedi et ses frères de tribu doivent se surpasser pour convaincre de leur bonne foi, car le mal est profond. Outre la gouvernance problématique du régime, le tribalisme de certains de nos compatriotes Lubas a causé et continue de causer d’énormes dégâts dans la société congolaise. Le Rwanda et son M23 le savent pertinemment et l’exploitent… Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko
RD Congo. La CNC demande la libération des prisonniers politiques et d’opinion pour la cohésion nationale

La Coalition pour un Nouveau Congo demande la libération sans condition de tous les prisonniers politiques et d’opinion en République Démocratique du Congo La République Démocratique du Congo est un pays en grave crise avec des statistiques effrayantes : plus de 12.000.000 de morts, plus de 8.000.000 de Congolais déplacés de force et abandonnés, des millions de femmes et enfants violées, une partie du territoire à l’Est est occupée de manière insolente par le M23, un mouvement rebelle exogène. La crise s’amplifie avec la crise électorale qui constitue un piège pour la cohésion et l’unité nationales. Le virus du tribalisme reprend du terrain dans une éventuelle situation d’implosion et de balkanisation de la République Démocratique du Congo. Dans ces conditions, l’atteinte aux droits de l’homme, aux libertés individuelles de pensée, d’expression et d’opinion constitue une mauvaise voie ou un sérieux danger pour l’unité et la cohésion nationales fragiles et secouées. Pour éviter d’aggraver la crise congolaise en brisant définitivement la cohésion nationale et l’unité chèrement acquise, et tenant compte du chaos électoral que nous venons de vivre, la Coalition pour un Nouveau Congo (CNC) demande aux autorités compétentes de libérer sans condition tous les prisonniers politiques et d’opinion. Il s’agit bien de tous les prisonniers, y compris Monsieur Jean-Marc KABUND, Président du Mouvement Alliance pour le Changement, et le Journaliste Stanis BUJAKERA TSHIAMALA, correspondant de Jeune Afrique. Nous devons faire attention, car la cohésion nationale est en panne et le pays court le risque de balkanisation de fait dans les jours qui viennent. La Coalition pour un Nouveau Congo (CNC) demande à tous les membres influents de la société civile, aux associations de défense des droits de l’homme et aux personnalités indépendantes éprises d’esprit de justice et de paix, d’appuyer sa demande de libération sans condition de tous les prisonniers politiques et d’opinion. La Coalition pour un Nouveau Congo (CNC) appuie une mobilisation nationale pour le rétablissement de l’unité nationale et de la cohésion sociale minée. Unis nous vaincrons nos ennemis et bâtirons une grande nation libre, stable, pacifique et prospère. Ainsi fait à Mbandaka, le 22 janvier 2024 Pour la Coalition pour un Nouveau Congo Isidore EKOFO LOKENYO Le Rapporteur.
Congo : Littérature et politique. Notre « maison commune » le Congo (1) pour une cohésion nationale

LIVRE. Souvent la littérature congolaise nous présente le monde politique par le biais des œuvres de fiction. Peu d’acteurs politiques s’expriment ouvertement à travers des réflexions qui mettent à nu certaines tares du sociopolitique. Avec Notre « maison commune » le Congo, Jean-Pierre Heyko Lékoba (2) tente de nous présenter une réalité sociopolitique de son pays. Pour cela, il s’appuie sur l’évolution politico-sociale, de l’indépendance à la deuxième expérimentation du multipartisme en passant par l’ère du marxisme-léninisme des décennies 70-80. Cette réalité n’est autre que l’ethnocentrisme qu’il essaie de combattre pour que le Congo soit véritablement une nation, une maison commune pour ses enfants. De la proclamation de la République en 1958 à nos jours, les acteurs politiques ont joué et jouent encore un rôle très important pour réaliser le vivre-ensemble qui devrait rassembler toutes les sensibilités socio-ethniques du pays en vue de la consolidation de leur symbiose, facteur de naissance d’une nation. Aussi, dans cette réflexion, combien pertinente, on peut remarquer trois principaux segments historiques dans la relation politique-ethnocentrisme. Politique et ethnocentrisme : avant et après l’indépendance Pour Pierre Heyko Lékoba, le multipartisme des années 90 a fait resurgir les configurations ethnocentristes de la politique d’avant les indépendances. Aussi, nous rappelle-t-il la fièvre ethnique qui a secoué les Congolais avec quelques incidents regrettables : « Depuis la naissance du Congo à la république, cette impuissance [d’éradiquer l’ethnocentrisme] confortée par des crises identitaires à répétition, domine la vie politique nationale » (p.38). Heureusement, qu’avec leur volonté de vivre en communauté, nos pères de l’indépendance avaient mis l’intérêt du pays commun dans le vivre-ensemble au-dessus de l’ethnocentrisme dont ils portaient encore des gènes en eux. Et cette maturité politique de braver l’ethnocentrisme doit être attribuée à Fulbert Youlou et Jacques Opangault pour avoir éteint à temps l’incendie de février 1959. Et les années qui vont suivre imposeront aux Congolais un vivre-ensemble en divorçant d’avec la première expérience du multipartisme pour expérimenter le parti unique, comme on va le constater après la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Aussi, pour une vie en communauté interethnique, et pour freiner, tant soit peu, le pouvoir ethnocentriste, les Congolais ont décidé d’affronter quelques pans « égoïstes » de leur tradition, comme le mariage tribal : « Les mixités par le mariage sont un exemple du désir de vie ensemble, par delà les traditions particulières et les origines revendiquées » (p.42). Une longue marche vers la naissance d’une nation sur fond d’ethnocentrisme Avec cette volonté de donner naissance à la nation où le vivre-ensemble serait le leitmotiv des Congolais, on remarque que l’ethnocentrisme devient un drame. Aussi, on constate une réalité regrettable : le présent politique se voit gouverner par le passé, une situation que vivent « les élites successives, bizarrement [qui] sont incapables de s’en libérer, et pour cause, l’identité tribale décide des carrières » (p.59). Pour l’auteur, l’élite africaine en général et congolaise en particulier, devra transcender les enjeux ethno-politiques qui paralysent actuellement le continent. Mais comment peut-on espérer une nation sur la seule base des idées et convictions politiques si des discours ethno-bellicistes continuent à être divulgués par quelques éléments de la classe politique ? Et l’on remarque, excepté quelques aventuriers en politique, qu’il y a des cadres qui, eux, peuvent bien servir le pays autrement : « Et au lieu de se perdre à nouveau dans les aventures politiques sans lendemain, ils investiraient leurs métiers d’origine, y donneraient le meilleur d’eux-mêmes » (p.66). L’ethnocentrisme sur fond de tribalisme combattu par le parti unique des années d’après la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, et surtout au cours des décennies 70-80, s’est curieusement réveillé au début des années 90 avec le retour du multipartisme. Démocratie pluraliste et ethnocentrisme Dans cette réflexion, Jean-Pierre Heyko Lékoba met en valeur la deuxième expérience du multipartisme que le Congo et la plupart des états africains doivent affronter après le fameux discours de Mitterrand à la Baule. L’ethnocentrisme qui était vécu dans un seul parti avec un seul idéal, celui du vivre-ensemble, se confronte malheureusement à l’ethnicité. Les nouveaux partis politiques sont crées en majorité sur des bases ethnocentristes. Et cette situation provoque un drame national au niveau sociopolitique. Et l’auteur de se poser une question capitale : « Et si on ajoute les intonations ethno-bellicistes qui disent tout le contraire des propos entendus, comment pourrait-on espérer des rassemblements nationaux sur base des idées et convictions politiques ? » (p.62). Mais Jean-Pierre Heyko Lékoba ne désespère pas : les Congolais doivent obligatoirement vivre ensemble car « ils peuvent (…) s’obliger à regarder cette réalité en face et convenir de nouvelles modalités d’une vie ensemble qui fassent éclore une ambition nationale » (p.66). Notre « maison commune » le Congo : une pédagogie politique S’il y a un écrivain qui essaie de conscientiser politiquement les Congolais, c’est aussi Jean-Pierre Heyko Lékoba dont la pédagogie politique se manifeste par son raisonnement dialectique : sa réflexion avance par une série de questions-réponses à travers laquelle il dévoile son patriotisme dans le vivre-ensemble congolais. Il a confiance à son peuple même si « l’ouverture démocratique [a été] mal engagée dans les années 90 (…) dans la majorité des pays africains [où] elle n’a produit que crises et drames » (p.101). Il n’est pas raisonnable pour lui de laisser l’intrigue ethnocentriste se développer longtemps dans l’espace public. Il fait sienne cette interrogation ci-après de l’écrivain Gabriel Mwènè Okoundji : « Sommes-nous à ce point incapables de récréer nos liens disloqués et distendus par les tumultes de notre histoire ? » (p.80). Mais c’est surtout dans les réalités de son terroir de la Cuvette Ouest que l’auteur réalise son optimisme du vivre-ensemble, imaginant l’ethnocentrisme mourir de sa propre mort dans l’espace et dans le temps. Ci-après une pensée mbéré qui nous est traduite par l’auteur lui-même en français : « Les contingences venus d’ailleurs peuvent déborder les rites et traditions du clan et ralentir sa marche, mais elles ne peuvent ni obstruer son horizon, ni limiter sa détermination à retrouver son chemin, encore moins, réduire sa volonté d’y arriver » (pp.102-103). Une pensée qui pousse à la réflexion sur le vivre-ensemble, sur la cohésion nationale. Notre « maison commune » le Congo, une analyse sociopolitique qui doit interpeler tous les Congolais ;
L’école au chevet de la cohésion nationale

TRIBUNE. Lors du Conseil des ministres tenu à Brazzaville en République du Congo, le 20 novembre 2019 au palais de la nation sous l’autorité du président de la République chef de l’État SEM Denis SASSOU NGUESSO, plusieurs projets de loi ont été soumis par plusieurs ministres. Mais le plus emblématique à mes yeux est celui portant sur l’institution, l’organisation et statuts des lycées interdépartementaux prévus par la loi 25-95 du 17 novembre 1995 initiée sous le régime du président Pascal LISSOUBA. Ces établissements interdépartementaux qui permettront à coup sûr le brassage de la population constituent un outil essentiel pouvant créer des liens séculaires entre les congolais, car on comprend mieux la personne lorsqu’on connait sa culture et ses habitudes. Notre pays a déjà connu une expérience similaire. On se rappellera des internats que nous avons connus dans les lycées d’établissements publics depuis les années 1970 juqu’aux années 1990 et dans lesquels on pouvait sans exceptions trouver des élèves venant de tous les coins de la République. A titre d’exemple, l’internat mixte du lycée de la Libération devenu Pierre Savorgnan de BRAZZA , situé à Bacongo recevait des élèves venus des quatre coins du pays , de Ouesso dans le département de la Sangha à MVOUTI dans le département du Kouilou en passant par OWANDO, Mouyondzi et les autres localités du pays. Ainsi tous ces élèves faisaient leurs courses au marché Total de Bacongo et découvraient la culture et les habitudes du coin. Certain(e)s internes trouvèrent même des copins et copines dans ce milieu et ont même fondé des familles avec les hommes et femmes rencontrés dans ce coin. Des exemples de ce genre se sont aussi produits au lycée Karl Max de Pointe Noire et dans les autres internats du pays et ont permis un brassage à ne point douter. A notre époque le Lycée technique du Premier Mai de Brazzaville était le symbole même d’un pays dont la cohésion était de mise. Il y avait un brassage tel que toutes les ethnies s’y trouvaient. Ce brassage était tellement fort que les relations s’établissaient par appartenance à une génération, à une classe, aux séries et non par rapport aux ethnies. Ainsi à titre personnel mon meilleur ami au lycée technique fût un certain GAKOSSO ONDONGO habitant le quartier Mikalou à Talangai, un quartier que j’avais fini par bien connaitre à force d’y aller souvent les week-ends et pendant les périodes de vacances scolaires. C’était donc la belle époque qui a malheureusement connu un coup de frein après l’avènement de la démocratie qui au lieu d’affermir la cohésion nationale a malheureusement consacré le repli ethnique avec la création de plusieurs partis politiques à connotation régionale. Cette mesure qui consiste à lutter contre le tribalisme est certes nécessaire mais elle n’est pas suffisante, nous devrons aller plus loin dans les mesures à prendre afin d’éradiquer ce fléau qui plonge notre pays et sape la cohésion nationale indispensable au développement de notre pays. J’avais, il y a peu, proposé la mise en place d’une haute autorité de lutte contre le tribalisme ( HALT ) et le vote d’une loi interdisant à un ministre de nommer aux postes de direction plus de 30% des cadres originaires du même département que lui. Des telles décisions peuvent s’appliquer facilement et permettront de stopper le spectacle désolant que nous voyons dans les cabinets ministériels transformés parfois en des cours dans lesquelles les parents, frère, sœurs ainsi que les ressortissants du même département que le ministre font la loi et sans nommés sans compter. La volonté de faire revenir cette forme de brassage des populations en partant de l’école est un acte politique de grande portée qui peut faciliter la cohésion de notre peuple et la réaffirmation des liens inter-ethniques.C’est ici l’occasion de rendre un hommage et de féliciter le ministre de l’enseignement primaire et secondaire Anatole COLLINET MAKOSSO pour avoir mis sur orbite cette idée novatrice qui dormait dans les tiroirs des salons feutrés de la république depuis 1995. Il convient pour plus d’efficacité que le gouvernement de la république aille plus loin dans sa volonté de vouloir combattre sinon réduire l’ethnocentrisme et son corollaire, le tribalisme pour que notre pays retrouve sa cohésion d’antan.Le Congo d’abord, le Congo pour toujours. Fait à Paris le 28 novembre 2019Henri Blaise NZONZAdynamiquepourlecongo@yahoo.com