Le cinéma sénégalais, vedette de la grande rétrospective du Festival du film africain de Tarifa

Le grand pari de cette édition du Festival du cinéma africain de Tarifa est la rétrospective Entre l’encre et l’écran, une section parallèle qui approfondit la relation entre la littérature et le cinéma, à travers seize titres produits des années 1960 à nos jours, couvrant des pays comme le Sénégal, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Mauritanie, le Burkina Faso, l’Algérie, l’Angola, le Maroc et l’afro-descendance cubaine. Parmi les cinéastes présents dans cette section, certains historiques se distinguent, comme Ousmane Sembène et Djibril Diop Mambéty, tous deux originaires sénégalais. Guelwaar d’Ousmane Sembène, une comédie de 1992, qui raconte l’histoire d’un fervent prêtre catholique qui meurt et est enterré par erreur dans un cimetière musulman. Il s’agit d’une satire d’une Afrique pleine de petits conflits, à une bureaucratie paralysante et à des dogmes et des croyances religieuses confrontées, élaborée avec une ironie subtile et pleine de petits détails révélant la maîtrise de Sembène. Le réalisateur est né en 1923 dans le sud du Sénégal. Il publie son premier roman en 1956, Le Docker Noir, et c’est en s’apercevant que la plupart de son public cible est analphabète, il décide de devenir cinéaste et part étudier à Moscou. À son retour en Afrique, Sembène commence une longue et illustre carrière de cinéaste. Il est souvent considéré comme le « père du cinéma africain », un titre en cohérence avec le premier Africain à avoir réalisé un film de fiction distribué hors Afrique, Borom Sarret (1963). Ses romans et ses films révisent les multiples visages d’un continent issu de la période coloniale, faisant face aux tensions de l’indépendance et de la modernité. Son œuvre est une histoire passionnante de la transformation politique et sociale de l’Afrique au long du XXe siècle. Le film Manda-Bi (1968) y sera aussi projeté. Un autre film sénégalais est Hyènes (1992) de Djibril Diop Mambéty. Ce film se déroule à Colobane, une petite ville endormie par la chaleur au Sénégal, qui apprend le retour de Linguère Ramatou, une femme surprenante devenue riche. Linguère annonce qu’elle donnera de l’argent et une nouvelle vie à la ville à une seule condition : condamner Draamaan, son ex-amant, à mort pour trahison. Djibril Diop Mambéty (1945-1998) était un réalisateur, acteur, orateur, compositeur et poète sénégalais. Bien qu’il n’a réalisé qu’un petit nombre de films, il a reçu une reconnaissance internationale pour son originalité, sa technique cinématographique expérimentale et son style narratif non conventionnel. Appartenant à l’ethnie wolof, il est né dans une famille musulmane à Colobane, près de Dakar, et est décédé à Paris. Fils d’un religieux musulman et membre de la tribu Lebou, Mambéty a mis en scène sa ville natale dans certains de ses films. Son intérêt pour le cinéma a commencé par le théâtre et, après avoir été diplômé dans une école de théâtre au Sénégal, il a travaillé comme acteur au Théâtre National Daniel Sorano de Dakar. Hyènes (1992) est le deuxième et dernier film de Mambéty. Une adaptation de La Visite de Friedrich Dürrenmatt conçue comme une suite de Touki Bouki. Dans la section compétitive En bref, il faut souligner Astel, un court-métrage de la réalisatrice sénégalaise Ramata – Toulaye Sy basé sur une famille qui aide à gérer les vaches dans une région du nord du Sénégal, tandis que la fille de 13 ans doit faire face aux changements qui menacent sa relation avec son père. L’affiche, œuvre de l’artiste italo-sénégalaise Maïmouna Guerresi L’affiche de cette édition a été créée par Maïmouna Guerresi, artiste multimédia italo-sénégalaise et auteur d’une œuvre imprégnée de spiritualité soufie. Cette œuvre, qui appartient à sa série Aïsha au pays des merveilles, apporte une énergie féminine à cette image puissante qui fait allusion au « métissage culturel et spirituel ». Le film d’ouverture et le film de clôture de la 19ème éditionLe film d’ouverture de cette édition du festival, le documentaire Marcher sur l’eau (Aïssa Maïga, 2021), une coproduction entre le Niger et la France dont le récit se passe dans le village de Tatiste, au Niger, où Houlaye, une adolescente de 14 ans, et d’autres enfants, parcourent des kilomètres pour aller chercher l’eau dont le village a besoin pour survivre. Le vendredi 3 juin, après la cérémonie de remise des prix de la 19ème édition du FCAT, sera projeté le film de clôture, La Femme du fossoyeur (Khadar Ayderus Ahmed, 2021), un film somalien présenté à la Semaine de la Critique de Cannes l’année passée. Un portrait tendre sur un couple de Djibouti confronté à un grave problème de santé.