RDC. Félix Tshisekedi au micro de Tina Salama : un exercice de communication raté…

OPINION. J’ai suivi avec attention l’interview que Félix Tshisekedi a accordée à Tina Salama. Le manque de professionnalisme de l’équipe de communication de la présidence de la République se passe de tout commentaire. Quelques observations relatives à cet entretien :

PRIMO. On n’a pas l’impression d’avoir affaire à un exercice de Question-Réponse digne de ce nom entre un président de la République et sa population, mais plutôt à un exercice de communication mal ficelé où, cruelle ironie de l’affaire, c’est la porte-parole de la présidence qui pose des questions à son chef. Mieux, les questions sont posées avec une certaine désinvolture. Quelques exemples : « Pour parler des difficultés, il y a l’accès aussi aux soins de santé, alors ILS posent une question sur la couverture santé universelle… » (4e min 50); « Alors, à quand le déploiement de la SADC ? Et ILS posent en même temps la question de savoir est-ce que finalement avec toutes ces forces en présence en RDC… » (20e min).

Mais le « ILS », c’est qui ?

Tina Salama et certains thuriféraires du régime répondront qu’il s’agit des Congolais. D’accord. Mais dans ce genre d’exercice, on identifie clairement les personnes qui posent les questions au président : on se limitera au nom et au métier et/ou profession de l’individu. Par exemple, Madame Malamba, enseignante à l’Institut Tondolo, aimerait savoir pourquoi ceci…; Monsieur Kimba, chômeur, se demande pourquoi cela; Maman Geraldine, femme de militaire, s’interroge sur le salaire des militaires…, etc. Ça rend l’exercice beaucoup plus crédible.

SECUNDO. La présence de Tina Salama comme intervieweuse a totalement décrédibilisé l’exercice. En tant que porte-parole de la présidence, il ne lui revenait pas d’endosser ce rôle. L’équipe de communication de la présidence aurait dû sélectionner deux ou trois journalistes professionnels INDÉPENDANTS pour faire le travail. D’ailleurs, à certains moments, Madame Salama se met à compléter — voire même à parler à la place de — Félix Tshisekedi (« Il y a des avancées en justice avec la nomination de 5000 magistrats… » 16 min56’’) au lieu de se limiter à poser les questions que la population a fait parvenir à celui-ci.

TERTIO. Certaines réponses de Félix Tshisekedi semblaient assez alambiquées. Pour un entretien qui a été enregistré, on ne peut que se poser des questions sur le professionnalisme et la rigueur de l’équipe de communication de la présidence. La maîtrise des dossiers laisse à désirer. On laisse Félix Tshisekedi dire n’importe quoi. La question relative à la rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda en est un exemple patent. Félix se contente de parler des rapports entre le peuple congolais et le peuple rwandais alors qu’il est plutôt question de rapport entre États. L’appréciation de la problématique est tout aussi problématique. Deuxio, il parle de « pressions diplomatiques » et d’arrêt de coups de feu sur la ligne de front (48e min), alors que le Rwanda occupe plusieurs villes du Nord-Kivu via le M23.

Cerise sur le fufu pour finir : à la question de savoir pourquoi il n’a pas installé son QG dans la partie Est du pays, notamment à Goma, comme il l’avait promis, Félix Tshisekedi répond : « La technologie aujourd’hui nous permet d’être présents à plusieurs endroits en même temps — ( « sans se déplacer » lâche entre-temps Tina Salama ) — ou à des endroits sans être là forcément… » (56e min). La suite de l’explication se passe de tout commentaire…

Pour rappel, Félix Tshisekedi avait promis d’installer son QG à Goma pendant la campagne électorale. Donc en 2018. La technologie de l’époque était-elle si différente de celle d’aujourd’hui ? A-t-on assisté depuis 2018 à une « révolution » en matière de communication numérique pour tout reposer sur le dos de la technologie ? Comment a-t-on pu laisser glisser de telles énormités pendant la préparation et l’enregistrement de l’entretien ?

Un exercice de communication pathétique qui met en exergue le manque de professionnalisme et de rigueur de l’équipe de communication de Félix Tshisekedi. Une insuffisance professionnelle qui coûte des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars par mois au contribuable congolais…

Je bois mon lait nsambarisé…

Par Patrick Mbeko

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