RD Congo. Un Ministre de devrait pas dire ça…

TRIBUNE. Commentant le tout récent carnage de Goma, Patrick Muyaya, le Ministre de l’Information et Porte-parole du gouvernement congolais s’est exprimé en ces termes : « Lorsqu’un militaire américain prend son fusil et tire une dizaine de personnes dans un camp ou dans une école, je n’entends pas des gens dire qu’il a reçu un ordre quelconque pour un cas de dérapage”.

Ce parallélisme est très malsain pour la simple raison qu’aux Etats-Unis où les militaires n’ont pas l’autorisation de se promener avec des armes, il s’agit là d’une bavure policière, je dis bien « POLICIÈRE», agissant seul et sous le coup d’une panique pathologique d’un psychopathe qui tire individuellement sur la masse.

Ce qui s’est passé à Goma n’est pas une bavure policière mais le résultat d’une opération MILITAIRE bien planifiée. D’après l’hebdomadaire Jeune Afrique, « Une source proche du renseignement militaire pointe la responsabilité du gouverneur du Nord-Kivu, le lieutenant-général Constant Ndima Kongba, qui depuis l’état d’urgence, assure la direction du commandement des opérations militaires dans la province. Mais certains proches du gouverneur assurent qu’il n’a pas eu la main. Dans la nuit du 30 août, il a reçu un appel du colonel Mike, qui dirige la GR à Goma. Ce dernier lui a expliqué que le général Kabi avait décidé que le 13e régiment serait déployé pour encadrer la manifestation « 

Tout le narratif officiel débité au lendemain du carnage par le porte-parole du gouvernement était un tissu de mensonges. Un correspondant C.T. sur place à Goma dont je masque le nom et qui a vécu en direct ce sinistre événement donne une autre version des faits : « Moi je suis à goma, écrit-il, la manifestation n’a pas eu lieu,un jour avant,les services de sécurité ont encerclé le lieu la nuit (l’église et la radio), à 4 h ils ont commencé par tuer la journaliste et ses invités faisant 6 morts, après ils ont brûlé l’église avec les fidèles dedans,les gens voulant se sauver,chacun de son côté recevait une balle. Ceci est la version réelle. »

En scrutant le témoignage de C.T., l’on comprend clairement que la tuerie était bien coordonnée dans l’espace et dans le temps. Quelqu’un a dû donner l’ordre d’attaquer et il s’agit d’identifier dans la chaîne de commandement d’où provenait l’ordre de tuer et de piller les biens de l’église comme on le voit dans les images.

Est inacceptable toute analogie entre un policier psychopathe américain en rupture avec la société et qui tue en masse ses propres concitiyens avec un escadron des militaires qui agissent dans une opération commandée par la hiérarchie. Sans le savoir peut-être, le porte-parole du gouvernement congolais est en train de remuer le couteau dans la plaie béante des familles qui ont perdu les leurs et dans la douleur de tout un peuple qui a le net sentiment d’être mis en insécurité par ses propres mandataires publics. En croyant défendre le gouvernement et le chef de l’Etat, il enfonce un peu plus ce dernier dont dépend directement le commandement de la Garde Républicaine.

Un ministre responsable ne devrait jamais parler avec un tel degré de légèreté sur un sujet brûlant qui concerne l’assassinat lâche de centaines de vies congolaises. Cette autorité a juste perdu une occasion de se taire.

Par Germain Nzinga

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