Propositions de modifications du Code marocain de la famille

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TRIBUNE. Depuis le début du projet de modification du Code de la famille, je n’ai cessé d’y penser avec force pour deux raisons :

– En tant que marocain, ma préoccupation principale et quotidienne est de participer à l’amélioration et à la prospérité de la société.

– En tant que professionnel de la santé psychique, un certain nombre de problèmes sociaux et familiaux auxquels je suis confronté, sachant qu’un certain nombre de ces cas pourraient être évités si des lois préventives étaient en place.

Ainsi, j’ai décidé de participer en présentant quelques points de vue issus de mon expérience dans le domaine social

  1. Plus de protection pour les femmes
  2. La femme à la maison est une fonctionnaire du gouvernement :

Valoriser le travail des femmes à la maison car elles élèvent et soutiennent les futurs citoyens. Un groupe de citoyens, s’il est équilibré et bien formé, produira une société prospère et saine. Les mères sont donc des employées du gouvernement et leur travail doit être reconnu et récompensé par un revenu mensuel financé par l’état.

– Pension de retraite :

 Une mère qui travaillait au foyer doit bénéficier de la pension de retraite à soixante ans. Il est clair que cette pension doit être payée par l’État, comme c’est le cas pour tout fonctionnaire du gouvernement.

– Le droit de bénéficier des gains et des biens du mari :

Si la femme travaille à la maison et que le mari travaille à l’extérieur, tout ce qu’il gagne appartient aux deux époux. Par conséquent, la femme doit également avoir le droit de gérer et de bénéficier des gains de son mari.

– Divorce et indemnisation :

 En cas de divorce, l’épouse doit bénéficier de la moitié des biens enregistrés au nom de l’époux, que ces biens aient été acquis avant et/ou pendant la vie conjugale.

– Rendre le divorce quasiment impossible dans tous les cas si le couple a des enfants en bas âge

2- Égalité des droits des femmes et des hommes

L’homme et la femme sont les deux ailes de la société, et si les ailes ne sont pas égales, l’oiseau de la société ne pourra pas voler dans le ciel, et si les hommes et les femmes ne sont pas égaux, la société ne pourra pas se développer et prospérer. Ce qui est permis à un homme est permis à une femme, et ce qui est interdit à l’un d’eux est interdit à l’autre.

3- Mariage

– Mariage civil et mariage religieux

Nous sommes dans une société où la diversité religieuse est une réalité et tous les Marocains ne sont pas musulmans. Les Marocains qui ne sont pas musulmans ou, comment vont-ils se marier puisque nous n’avons pas de mariage civil ? Un athée marocain, un bahá’í ou un chrétien doit-il se marier selon la Sunna de Dieu et de son Messager ?

Aussi, une femme marocaine ne peut épouser un étranger que s’il se convertit à l’islam. S’agit-il d’une sorte de conversion religieuse par hypocrisie ou par la force ?

N’est-il pas honteux de voir des Marocaines obligées de se rendre en Turquie par exemple, pour se marier civilement avec un étranger, comme si elles étaient apatrides ?

Je propose d’établir le mariage civil et le citoyen aura la liberté de choisir le mariage religieux ou civil.

– L’âge de la majorité est requis sans aucune exception

-Autorisation parentale requise :

 Comment pouvons-nous avoir une société saine, pacifique et unie si l’un des parents rejette ce mariage ? Mais ce rejet doit aussi être justifié et non fondé sur des préjugés

– L’attestation de formation au mariage est nécessaire et obligatoire

L’État est responsable de la société, et en l’occurrence des projets de mariage. Par exemple, la banque ne financera pas un projet si le succès n’est pas garanti. Le mariage est une institution et l’État doit en être le garant.

4- Planification familiale

Il n’est pas raisonnable pour nous d’avoir des enfants avec le projet « Dieu est le pourvoyeur ». Avoir un bébé est une entreprise énorme et nécessite beaucoup de réflexion.

 L’État est le tuteur de ces enfants et a la responsabilité de s’en occuper. Pour cette raison, le gouvernement doit établir un programme de contrôle des naissances

Une structure institutionnelle doit être mise en place pour protéger les enfants et les tenir à l’écart de toute forme d’abus ou de violence physique, psychologique ou économique. Permettre à un enfant de grandir dans un tel climat assure le développement d’un citoyen antisocial

5- Héritage

Évidement je respecte les textes religieux à ce sujet

L’équité exige que la ou les filles, le ou les fils qui travaillent et contribuent aux revenus de leurs parents pour construire une maison, ou une écurie, ou obtenir un capital exploité par le père, conservent la preuve de ces contributions financières. Au décès du père et avant le partage de l’héritage, ces filles ou ces fils, ayant contribué à la prospérité du père, doivent récupérer les sommes qu’elles ou qu’ils lui ont versé dans son vivant. Autre exemple, un fils ou une fille qui travaille avec son père dans les terres ou dans le commerce pendant des années, sans salaire, une fois le père décédé, la valeur du travail et de la contribution du fils ou de la fille qui a travaillé avec le père (sans rémunération) doit lui être restituée avant le partage de l’héritage

6- Liberté individuelle

La société devrait être régie par des lois et non par des convictions religieuses ou personnelles. La société doit être équilibrée et tolérante et les citoyens doivent se sentir libres pour pouvoir s’épanouir et participer à la prospérité de la société. Il est impossible de contrôler les convictions des citoyens et d’imposer des lois à partir des convictions des législateurs. Cette liberté concerne l’aspect philosophique, l’aspect religieux, l’aspect vestimentaire et l’aspect sexuel. Tout cela dans le respect de la vie sociale selon la culture et les traditions. Le citoyen doit être libre mais sans offenser la sensibilité du milieu dans lequel il évolue. Aussi, il faut savoir, le fait que l’État en imposant des lois justes fondées sur la logique et les droits de l’homme universels, ceci contribue à l’évolution de la mentalité des citoyens et de l’ouverture d’esprit.

Docteur Jaouad-MABROUKI

Psychiatre, psychanalyste de la société arabe.

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