Maroc. Pourquoi les marocains souffrent du « complexe Mawazine » ?

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LIBRES PROPOS. Chaque année, avant et pendant le Festival Mawazine, les Marocains critiquent sans relâche cet événement sur les réseaux sociaux. Mais il n’y a aucune critique à l’égard du Festival Gnaoua d’Essaouira, du Festival du Rire de Marrakech, du Festival du Cheval d’El Jadida, du Festival Timitar d’Agadir, du Festival Ahidous d’Ain Louh, du Festival des Oasis de Marrakech ou du Festival de musique andalouse de Fez.

Bref, des dizaines de festivals de musique et d’arts ont lieu chaque année dans toutes les villes marocaines et l’on ne lit aucune critique sévère à leur encontre, hormis celle visant Mawazine.

– Est-ce parce que le Festival Mawazine est une perte de temps et d’argent ? N’est-il pas logique que cela s’applique également à d’autres événements musicaux ?

– Parce que la musique, la danse, la joie et le plaisir sont immoraux et contredisent les principes de la religion ? Et les autres musiques, non ? Qu’en est-il des boîtes de nuit qui prospèrent tous les jours de l’année ? Et les chikhates dans les bars toute l’année ?

– Parce que c’est de la musique satanique ? La musique a-t-elle plusieurs définitions ? Comment juger s’il s’agit d’une musique satanique ou spirituelle ? Toutes les musiques n’obéissent-elles pas aux mêmes règles de jeu ? N’est-ce pas simplement un jugement basé sur des croyances et des préjugés ?

– Quelle est la différence entre les chanteurs de textes religieux et les chanteurs de chants d’amour ? Est-ce la voix et la musique du chanteur qui nous emportent et font vibrer nos émotions, ou est-ce le texte lui-même ? En lisant uniquement le texte d’une chanson ou d’un texte religieux, ressentirions-nous les mêmes vibrations provoquées par la voix et la musique? Aussi, quelle est la différence entre danser sur de la musique religieuse ou moderne ? La danse n’est-elle pas simplement un ensemble de gesticulations physiques qui obéissent au rythme de la musique ?

– Est-ce parce que ce festival affirme explicitement l’esprit moderne et libéral des Marocains, notamment des jeunes ? Ce festival est comme une discothèque, à ciel ouvert, sous les yeux du monde entier. Ce festival dénonce la réalité de la jeunesse marocaine et se moque de l’étiquette illusoire marocaine de « société conservatrice », et nous le voyons au grand jour, un Maroc moderne et libre. Il est là le «complexe Mawazine » des Marocains. Si ce festival s’était déroulé dans le secret comme les boîtes de nuit, les langues n’auraient pas bougé. C’est aussi comme pendant le mois de ramadan « mange chez toi mais pas en public ». Combien de temps encore les Marocains continueront-ils à pratiquer la politique de l’autruche ?

Docteur Jaouad-MABROUKI

Psychiatre, psychanalyste de la société arabe.

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