Maroc. Bank Al-Maghrib met fin au statu quo en relevant son taux directeur à 2%

La Banque centrale s’attend à un niveau d’inflation nettement plus élevé en 2022, suivi d’un ralentissement moins marqué en 2023

0
720
Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib. DR.
Publicité

En réaction à une forte accélération de l’inflation, Bank Al-Maghrib a décidé de relever le taux directeur de 50 points de base (pbs) à 2%. Il se situait jusqu’à récemment à 1,5%.

Cette décision, à laquelle s’attendaient la totalité des investisseurs étrangers sondés en septembre dernier par Attijari Global Research (AGR) (alors que la plupart des institutionnels pronostiquaient une stabilisation), met ainsi fin  au statu quo opté depuis juin 2020 par la Banque centrale.

Elle vise à «prévenir tout désancrage des anticipations d’inflation et assurer les conditions d’un retour rapide à des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix», a expliqué Bank Al-Maghrib à l’issue de la troisième session de l’année 2022 de son Conseil tenue mardi 27 à Rabat.

Publicité

Pour rappel, lors de sa première session de 2020 (mardi 17 mars), tenant compte des évaluations d’alors et de l’évolution de l’inflation à moyen terme, et dans l’objectif de soutenir l’activité économique, le Conseil avait décidé de réduire le taux directeur de 25 points de base à 2% tout en promettant de continuer à suivre de très près l’ensemble de ces évolutions.

Un trimestre plus tard (mardi 16 juin), le Conseil de Bank Al-Maghrib avait cette fois-ci décidé de procéder à une deuxième réduction du taux directeur de 50 points de base, le ramenant à 1,5%, et de libérer intégralement le compte de réserve au profit des banques. Lequel taux est resté en vigueur jusqu’à la récente décision de BAM.

Selon l’institution publique, qui assure continuer à suivre de près la conjoncture économique, tant au niveau national qu’international, et en particulier l’évolution des pressions inflationnistes, l’économie continue à ce jour de pâtir d’un environnement externe défavorable et des répercussions d’une sécheresse particulièrement sévère, avec une nette décélération de la croissance et une forte accélération de l’inflation.

Et si l’inflation continue d’être alimentée par des pressions d’origine externe, la Banque centrale constate toutefois que «les dernières données disponibles montrent une large diffusion vers les prix des produits non échangeables».

Ainsi, tenant compte de ses prévisions de juin, elle table désormais sur un niveau d’inflation nettement plus élevé en 2022, suivi d’un ralentissement moins marqué en 2023.

Les données disponibles dénotent une diffusion de plus en plus large de la hausse des prix

L’analyse des données relatives aux huit premiers mois de l’année montre que «l’inflation a poursuivi son accélération pour atteindre 8% en août après 7,7% en juillet, 6,3% en moyenne au deuxième trimestre et 4% au premier»,  a relevé BAM expliquant qu’elle est tirée essentiellement par le renchérissement des produits alimentaires et des carburants et lubrifiants.

L’organisme public en veut pour preuve : sur les 116 sections de biens et services qui composent le panier de référence de l’indice des prix à la consommation, 60,3% ont connu une augmentation de plus de 2% en août contre 42,2% en janvier.

Tenant compte de ces évolutions, Bank Al-Maghrib anticipe désormais sur une accélération de l’inflation à 6,3% sur l’ensemble de l’année, contre 1,4% en 2021, avant de revenir à 2,4% en 2023.  Selon ses projections, sa composante sous-jacente, portée par la hausse des prix des produits alimentaires qui y sont inclus, passerait de 1,7% à 6,3% en 2022 puis décélérerait à 2,5% en 2023.

La croissance économique marquerait un net ralentissement cette année à 0,8%

La Banque centrale est persuadée que la croissance économique marquerait un net ralentissement cette année à 0,8%, résultat d’un recul de 14,7% de la valeur ajoutée agricole et d’une décélération à 3,4% du rythme des activités non agricoles.

Elle devrait, en revanche, s’accélérer à 3,6% en 2023 suite à la hausse prévue de 11,9% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’un retour à une production céréalière moyenne de 75 millions de quintaux. Tandis que les activités non agricoles continueraient en revanche de ralentir, leur rythme devant revenir à 2,5%.

Selon les projections de BAM, la forte dynamique des échanges devrait se poursuivre cette année avec une hausse des exportations de 34%, tirée essentiellement par les ventes du phosphate et dérivés et celles du secteur automobile.

Avec la baisse relative des cours du phosphate et dérivés, la Banque centrale s’attend à un recul des exportations de 1,1% en  2023 ; tandis que les importations diminueraient de 4,6%, en lien principalement avec les replis prévus des cours des produits pétroliers et des approvisionnements en blé.

Par ailleurs, les recettes voyages connaîtraient une nette amélioration à 79,8 milliards de dirhams cette année et se stabiliseraient à ce niveau en 2023 ; les transferts des MRE devraient continuer de progresser pour totaliser près de 100 milliards de dirhams sur l’ensemble de l’année avant de revenir à 92,4 milliards en 2023 ; les recettes des IDE avoisineraient l’équivalent de 3,2% du PIB annuellement sur les deux prochaines années alors que les avoirs officiels de réserves s’établiraient à 343,7 milliards de dirhams à fin 2022 et à 360,7 milliards à fin 2023.

« S’agissant du besoin de liquidité des banques, il se creuserait à 85,1 milliards de dirhams à fin 2022 et à 89,6 milliards à fin 2023 », selon les pronostics de BAM qui s’attend à ce que le crédit bancaire au secteur non financier augmente de 4% en 2022 et de 3,6% en 2023.

Alain Bouithy

Publicité

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here