
SPORTS. L’arrivée il y a une année de Cristiano Ronaldo dans un club de foot saoudien, suivie un an plus tard par de nombreuses autres stars notamment Karim Benzema, Ngolo Kanté, Sadio Mane et probablement Neymar Jr dans les semaines qui viennent, est loin d’être anecdotique ni un simple calcul de promotion footballistique.
Mohamed Ben Salmane, le jeune prince de l’Arabie Saoudite, âgé à peine de 37 ans, a levé l’option de payer ces stars en millions de dollars comme pour opérer de gros investissements en vue d’un plan politique plus ample consistant à rendre son pays plus attractif et plus compétitif sur la scène internationale.
Qui pouvait croire il y a encore deux ans que des match de football joués en Arabie Saoudite pouvaient être autant médiatisés sur plus d’une centaine des chaînes internationales et deviendraient capables d’attirer le regard des milliards de téléspectateurs du monde ?
Et pourtant c’est désormais le cas. L’Arabie Saoudite, le Koweit et tous ces pays émergents sont en train d’amorcer un virage politique important, passant de l’économie extractive du pétrole vers l’économie attractive qui leur permettra de contenir la non rentabilité des énergies fossiles avec l’avènement de la voiture électrique et la prédominance des énergies durables.
Outre l’aéroport international King Fahd devenu le plus grand du monde avec ses 780 km2 et ses 10 millions de passagers en transit par an, le jeune prince saoudien est en train de construire sur 70km d’étendue une ville intelligente futuriste à Neom dans la province de Tabuk, conçue de telle sorte qu’il n’y ait ni voitures ni rues, et que la ville n’émette pas de carbone. En octobre 2022, les travaux d’excavation ont commencé sur toute la longueur du projet et ce, avec l’ambition à moyen-terme d’attirer de centaines de millions de touristes par an.
Il n y a que très peu qui comprennent que ces pays du Moyen-Orient sont en train de prendre une grande longueur d’avance sur ce que sera le monde dans les cinquante ans à venir et encore très peu ont prêté attention à la déclaration très applaudie de MBS à la dernière réunion de la Ligue Arabe lorsqu’il disait avec tout le sérieux : “ Mon plus grand rêve c’est de voir l’Arabie Saoudite et tous les états arabes devenir la première puissance du monde et nous y arriverons bientôt “. Ne prenons pas ce dirigeant à la légère. Il sait de quoi il parle. Dans sa tête, le football saoudien et ses stars ne sont qu’un jeu dans le grand Jeu Géopolitique plus vaste qui l’occupe et qui devrait constituer l’horizon à moyen terme de ses ambitions politiques.
À l’inverse des dirigeants jouisseurs ou marionnettes de l’Afrique noire, lui et ses pairs par contre réinvestissent l’argent du pétrole dans de vastes projets qui les aideront à parer aux grands changements géopolitiques à venir et, tout compte fait, à occuper la première place sur l’échiquier mondial.
Ils sont en train de donner une leçon de management politique au monde en ce sens que ce n’est plus les ressources minières qui font la force d’un État mais plutôt la réutilisation de l’argent que génèrent ces ressources pour investir dans les vastes projets du futur qui rendront le pays plus attractif sur la scène mondiale. Malheur aux peuples dont l’unique horizon politique de leurs dirigeants se réduit à gagner les élections et à se remplir les poches.
Par Germain Nzinga



