Le combat des joueurs marocains dépasse les limites du football

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LIBRES PROPOS. Le match de samedi dernier qui a vu le Maroc éliminer l’équipe du Portugal était riche en événements symboliques. Pour ma part , je me suis interrogé sur des épisodes apparemment anodins et qui pourtant étaient porteurs de messages subliminaux.

1.J’ai vu jouer il y a quelques mois cette même équipe du Maroc à la dernière CAN organisée au Cameroun. Les Lions d’Atlas ne démontraient pas autant de la combattivité et de la gnaque dont ils font preuve sur le terrain au Qatar. Au-delà du dispositif tactique très louable de leur entraîneur qui a réussi à donner une âme à ce collectif et de la possible gloire rêvée de soulever la coupe du monde le 18 décembre prochain, cette équipe joue son va-tout pour une cause inédite qui semble trop importante et, en raison de celle-ci, chaque joueur se rend prêt à des sacrifices au-delà de l’humain pour arracher la victoire à chaque rencontre disputée. Cela se lit à chacun de leur match et impressionne tous les analystes de football moderne.

2.Je me suis longtemps demandé ce que pouvait être cette cause pour laquelle les lions d’Atlas se battent becs et ongles. La première réponse m’est venue avec le drapeau palestinien affiché lors de la photo d’ensemble prise après leur victoire contre le Portugal. Première coupe du monde organisée dans un pays arabe et première équipe d’un pays arabe à atteindre la poule de la demi-finale, la charge émotive et celle symbolique sont trop importantes pour être occultées.

Tout le monde sait par ailleurs que Mohamed VI, le roi du Maroc, venait de renforcer les relations entre le Maroc et Israël, passant d’une simple coopération sécuritaire secrète avec l’Etat hébreu à une relation politique et économique assumée. En exhibant le drapeau palestinien devant les caméras du monde, les joueurs marocains ont affiché une volonté politique bien à l’opposé de la politique du gouvernement chérifien. Difficile de l’expliquer mais ce qui est évident c’est cette fracture évidente entre les dirigeants chérifiens et le petit peuple déterminé à défendre la cause panarabe à laquelle, soit dit en passant, beaucoup de joueurs marocains ont dédié leur victoire sur les réseaux sociaux.

3.Cet enchaînement de victoires d’une équipe africaine exprime bien un processus en marche qui déconstruit l’ordre footballistique mondial jusqu’à arriver à ouvrir la porte à neuf équipes africaines au prochain mondial en 2026.

Mais il y a encore plus profond. Il émerge un peu plus caractère géopolitique du mondial 2022 après qu’une équipe africaine en l’occurrence le Maroc ait pu, sur son parcours élogieux, éliminer de grandes équipes légendaires telles la Belgique, l’Espagne et le Portugal. Une toute première fois dans l’histoire du football mondial qu’une équipe africaine atteigne ce niveau de compétition et ce, dans un contexte géopolitique très électrique avec la guerre de l’Ukraine et les velléités consécutives d’affranchissement qui s’observent par-ci par-là dans le chef des peuples opprimés.

Que personne ne vous trompe! Ces victoires de football africain sur les anciens colonisateurs prennent une autre épaisseur géopolitique. Et c’est le journaliste marocain Abdellah Tourabi qui exprime mieux ce sentiment des millions d’africains quand il écrit : “Le Maroc incarne presque malgré lui le combat de David contre Goliath, celui du Sud contre le Nord, des dominés contre les dominants. C’est un combat qui dépasse le football “.

Cet idéal très fort de vouloir démontrer au puissant d’hier que l’opprimé est désormais aussi fort que lui rendra âpre et rude la rencontre du Maroc contre la France autant sur le terrain entre les 22 joueurs qu’en dehors du terrain entre les millions de téléspectateurs. Que ce soit à Rabat ou à Paris, les forces de l’ordre sont donc prévenues du risque évident de débordement. Un pressant appel à tous les mélomanes du ballon rond de ne pas désacraliser le facteur qui unit les peuples et les nations à travers le jeu. Cultivons tous le flair play et acceptons que le meilleur gagne!

Par Germain Nzinga

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