
ALLONS PLUS LOIN. Un budget ne se juge pas à son solde, mais à sa capacité d’honorer les engagements. La loi de finances rectificative 2026 affiche un excédent budgétaire de 217 milliards de fcfa. Pourtant, l’État continue d’accumuler des retards de paiement envers ses créanciers, les retraités, les étudiants boursiers, les agents qui dépendent des budgets de transfert et les opérateurs économiques. Cet écart entre les performances budgétaires annoncées et les obligations effectivement honorées ne relève pas d’un simple problème de trésorerie. Il interroge la capacité d’Anatole Collinet Makosso (ACM), Christian Yoka et Cie à transformer une présentation comptable en réalité économique.
Trois « guichets » permettent d’en mesurer les limites.
Le guichet du créancier
Peut-on revendiquer un excédent budgétaire tout en accumulant des arriérés de paiement ? Tenez, l’État annonce un solde positif de 217 milliards de fcfa alors qu’il doit mobiliser 1300 milliards de fcfa d’ici la fin de l’année pour rembourser une dette dont l’encours dépasse 9273 milliards de fcfa. Cela s’appelle habiller une insolvabilité en performance. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, Christian Yoka a qualifié de « simple incident technique » le défaut de paiement de 13,59 milliards de fcfa enregistré en avril. Faux, les agences de notation et autres retiennent une autre lecture : un paiement non effectué demeure un arriéré, quelle que soit la terminologie employée. Les marchés financiers ne jugent pas les discours, mais les échéances honorées. Yoka et ACM doivent savoir que la crédibilité d’un État repose moins sur son narratif que sur sa capacité à respecter ses engagements. Gouverner les finances diffère de la gestion de projets de l’AFD.
Le guichet du retraité et autres
Si les créanciers internationaux disposent de mécanismes de pression, les retraités, eux, n’ont souvent que leur pension pour vivre, tout comme les étudiants, les personnes qui dépendent du budget de transfert. Les parlementaires ont 15 mois d’arriérés, les retraités, ont 45 mois d’arriérés de novembre 2016 à décembre 2021, 2 mois de retard en 2024, puis 5 mois en 2026 en dépit des engagements pris par ACM en 2021 puis en 2023, selon lesquels tous les arriérés de pensions devaient être apurés au plus tard le 31 décembre 2024. Retarder durablement le versement des pensions ne constitue pas un simple arbitrage budgétaire. Il s’agit d’une dette sociale dont les conséquences sont considérables. Derrière les statistiques se trouvent des personnes ayant consacré leur vie au service de l’État. Idem pour les opérateurs économiques et les personnes qui dépendent des budgets de transfert.
L’affichage d’un excédent budgétaire apparaît difficilement conciliable avec la persistance d’impayés envers les anciens fonctionnaires et autres qui n’ont pas leurs dûs. Une question se pose alors : où se situe la priorité de la dépense publique ?
Le guichet de la rente
Le gouvernement invoque régulièrement la volatilité des cours du pétrole pour expliquer les tensions budgétaires. Cet argument ne peut plus expliquer la situation actuelle.
Les révélations récemment publiées concernant Marie-No Gandzion évoquent des contrats passés avec la SNPC ainsi que l’existence d’un important patrimoine immobilier à l’étranger dispersé entre Paris-Miami-Strasbourg- Libreville. Il convient de rappeler que ces éléments relèvent d’allégations publiques qui devraient aboutir à des affaires pénales.
Au-delà des personnes, ces révélations alimentent un débat plus large sur la gouvernance de la rente pétrolière. Lorsque les ressources générées par le pétrole ne se traduisent ni par le paiement régulier des créanciers ni par celui des retraités et autres, la question sur leur destination devient inévitable. Raoul Ominga doit éclairer la lanterne du public.
La gouvernance interne, la transparence des circuits financiers et l’efficacité de l’utilisation des ressources publiques sont mises en cause.
Une incompétence ou une logique de gestion ?
Ce qui apparaît comme de l’incompétence peut aussi être interprété comme la conséquence d’une hiérarchisation assumée des priorités publiques. Les tableaux budgétaires peuvent être techniquement cohérents tout en restant déconnectés des réalités des créanciers, des retraités et autres. Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement comptable mais dans la capacité à aligner les chiffres sur les paiements, les promesses sur les résultats et les annonces sur les faits. Les 20 missions de ACM après les 12 batailles perdues sont du même ordre : vides politiquement , stratégiquement et socialement. Ce collectif budgétaire interroge à côté d’un mur d’échéances de plus de 400 milliards de fcfa à payer courant octobre-septembre. À cela s’ajoutent 2,5 milliards de dollars levés en six mois à 10%, conditions financières très élevées qui profitent à Yoka et à sa société.
Le réel finit toujours par rattraper les comptes
L’histoire économique montre que les crises financières ne naissent pas d’un manque de statistiques mais lorsque les indicateurs officiels cessent de refléter la réalité. Le 3 août prochain, si aucune réponse n’est apportée à leurs revendications, les retraités qui seront rejoints par des tiers, prévoient de se rassembler devant la Primature. Ce jour-là, le débat budgétaire prendra un autre visage même si les incompétents Bouya, Collinet et Yoka envoient des bataillons. Plusieurs parlementaires et Cie qui broient le noir ont finalement accepté de croiser le fer. Aucun excédent comptable ne suffira à effacer des mois d’attente. Au-delà des chiffres, c’est désormais la crédibilité de la gestion publique qui est en jeu. Et c’est cette crédibilité qui déterminera, plus que les annonces, la confiance des citoyens comme celle des partenaires financiers du Congo.
L’effort apporté par Françoise Joly la vipère, le colonel Louis Marc Sakala et Cie devient insuffisant. M. Sassou gagnerait en créant une véritable task force de gestion à défaut de remanier le gouvernement comme il a voulu le faire récemment, ou alors, il est préférable pour lui de quitter les affaires.
Ghys Fortune Bemba Dombe
Journaliste engagé, fondateur du groupe de médias Talassa.



