Congo : le jubilé apocalyptique d’un régime épuisé (lecture en 3 minutes)

La République du Congo entre dans une année symbolique. Si l’on cumule ses deux longs règnes (1979-1992 et 1997-2026), Denis Sassou Nguesso, avec toutes les péripéties, entre dans le jubilé de 50 ans de pouvoir.

Dans l’Ancien Testament, le jubilé (Lévitique 25) est l’année de la libération : libération des esclaves, rémission des dettes, retour de chacun à sa terre, restauration d’un équilibre social brisé. Or, au Congo, le jubilé se présente à l’inverse : la dette est abyssale, multipliée par des emprunts colossaux et une captation par les élites ; la jeunesse est prisonnière de la pauvreté, la violence des bandes qui créent le désarroi, comme l’a avoué le directeur des informations à la grande édition du journal de 20 h 00 de Télé Congo, le 17 août 2025 ; la terre n’est pas rendue, mais confisquée par les mêmes clans depuis un demi-siècle ; la justice n’est pas restaurée, mais réduite à une fiction… Le jubilé congolais n’est donc pas une année de grâce mais une parodie apocalyptique. Là où la Bible annonçait libération et renaissance, le Congo vit captivité et effondrement. Le jubilé, au lieu d’être une réinitialisation, devient la célébration de l’usure et de la mort politique. 50 ans de pouvoir ininterrompu ont produit une société où la violence est banalisée, où la police est impuissante, où la jeunesse se déchire au lieu de bâtir l’avenir. L’apocalypse qui vient n’est pas seulement une métaphore biblique. Elle est aussi une description politique de ce qui va advenir.

Quatre trajectoires sont possibles d’ici à la présidentielle de 2026

La première est celle de la banalisation du chaos. Elle suppose les affrontements récurrents, morts filmées en direct, embrasement multiquartiers. La violence urbaine devient la norme, et l’État se réduit à une façade. La deuxième mène au durcissement répressif. Avec ce scénario, le pouvoir a commencé la fuite en avant. Les procureurs de la République de Pointe-Noire et de Brazzaville ainsi que le directeur général de la police, King André Obami Itou Fils, ne vont pas nier les rafles massives, tortures, morts en garde à vue et les massacres perpétré des bébés noirs. Il sied de dire que cet autoritarisme brut alimente la radicalisation et isole le régime internationalement. La refondation minimale est la troisième trajectoire. Ici, le régime, sous pression, adopte une doctrine de sécurité claire, crée des centres de commandement, médicalise les événements, et associe justice et prévention. Ce scénario n’est possible que si une volonté politique réelle émerge. Enfin, la refondation ambitieuse est la quatrième trajectoire. Elle est improbable mais nécessaire avec une coalition exécutive-justice-villes-société civile qui refonde la sécurité citoyenne. Cela suppose un choc politique majeur, un sursaut collectif, et une mise en parenthèse du système Sassou. Le livre biblique de Lévitique au chapitre 25, verset 10, rapporte : « Vous proclamerez la liberté dans le pays pour tous ses habitants. » Mais les 50 ans de Sassou proclament l’absence de liberté, la confiscation de la mémoire et la perpétuation d’un État-spectateur. Certes, le 15 août, le Congo a célébré la fin d’un cycle politique usé, entré dans son jubilé apocalyptique, mais il n’est pas impossible de remédier aux choses si les décideurs choisissent entre la banalisation du chaos ou le sursaut de la refondation.
Cette démarche s’impose.

Anatole Collinet Makosso, Florent Tsiba et Cie qui ont géré les festivités du 65ᵉ anniversaire de l’Indépendance du Congo, devraient en être conscients.

Ghys Fortune BEMBADOMBE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *