
ZOOM. Jusqu’aux années 1970, la localité de Kibouendé, Baratier pour les intimes, était plus peuplée que Kinkala le chef-lieu. Le séminaire de Mbamou lui avait donné l’avantage, le lycée de Kinkala et le déplacement du séminaire vers Brazzaville le lui reprendra.
Mais jusqu’à la fin des années 90 il y avait une plus grande activité à Kibouendé qui se remarquait pas la profusion des bars-dancings, cafétérias (nzo kafi) comme grand K, La cabane , De la lune, Chez Ta Kikoueta, Ta Mayetela , Ta Jules, Ta Nsouka etc. Les touristes venaient de Brazzaville pour les weeks end, les baptêmes, enterrements, dots et la localité était animée.
Kibouendé ce n’était pas que le centre, mais plusieurs villages très dynamiques autour. Mayongongo, Mpayaka, Massamba-Kayi (du nom d’un autre de mes oncles), Moussenongo (chez tâta Bidié), Yokama (littéralement « tu passes, prends », exaltation de la générosité), Mingari, Kingoma, Foufoundou, Nzamba, Ngabouloumou, Manieto, Mbamou, Nzalayokela, Minkono, Ngamalié le plus téké des villages mais aussi Mpouo, Mbanza Mboma, Kingoma, Ngabangola, Nzoulouboungou, jusqu’à Reine-ville qui se partageait avec l’influence de Mayama. L’occasion encore une fois, de citer le quartier Paul Moudimba, du nom de notre patriarche, et son CEG du même nom. Mais il y avait aussi les quartiers Faranca tatu (3 francs), Mongo Marie etc.
Le jour de marché c’était les jeudis et les grands commerçants c’était les tâ Kibozi, Mayetela, Kinzonzi Jules qui ont bâtis des fortunes discrètes, mais encore vives dans le Congo d’aujourd’hui. Sans l’Etat !
Il y’avait l’église Saint Philippe, quartier Lamisho (la mission) qui rythmait la vie de cette cité depuis le commencement. Un de ses derniers curés charismatiques était le père Jean Pierre Gallet (décédé en 2016), qui se plaisait à enseigner le latin aux paysans. Les guerres de citations étaient le sujet de rigolade au nsamba à la « villa Biayanaya » chez tâta Badila (oncle). Gallet a aussi construit le pont sur le Djoué. Avant lui, le petit séminaire de Mbamou juste à côté, a beaucoup donné de son caractère à la ville. Etant intervicarial, il recevait des élèves-séminaristes de tous les coins du Congo (Fort-Rousset, Mossendjo, Loango…) qui étudiaient de la 6e à la 1ere, dont nombreux sont restés et ont enrichi la communauté. Le père Morizur (mort en 2003) en fut directeur à partir de 1945. On lui doit de nombreuses réalisations.
Kibouendé, terre de légendes et de personnalités fortes qui s’effacent peu à peu de nos mémoires. Ntounda Néré, qui devint chef de village par zèle. Militant UDDIA, après la visite du président Youlou alors que celui-ci remontait dans le train, Ntounda lui demanda, « mais moi tu me laisses où? ». Ce à quoi Youlou répondit « Mais, je te laisse ici ». Et Ntounda Néré de se retourner vers la foule: « vous avez entendu, c’est moi le chef ici! ». Originaire de Mouyondzi, il était chez lui à Kibouendé et c’était le chef adulé.
Souvenirs de Sita Dia Mboua, réputé voleur de chien. On ne sait par quelle puissance, tous les chiens le suivaient à son passage. Il parait qu’il allait les revendre à Brazzaville pour nourrir les bêtes sauvages du parc zoologique. Légende ou réalité? En tout cas, ce récit écouté au coin du feu dans mon enfance a longtemps hanté mon esprit et chaque fois que mon chien à Brazzaville ne revenait pas vite j’y pensais. J’ai fini par appelé un de mes clébards, Sita. Pour conjurer le sort, persuadé que Sita dia Mboua, ne tuerait pas son homonyme.
Et ce faux féticheur qui vivait vers Mongo ba Nzenza. Il nous bouffait 200 francs pour nous faire des fétiches de force, alors qu’on avait que neuf ou dix ans. On voulait être aussi fort que le célèbre Pivot Malatou, fils de Kibouendé.
Moutila Ngoulou, ça vous parle? Il a laissé son nom comme voleur de talent.
J’y suis allé toute mon enfance dans les années 1970 et 80, plusieurs fois par an avec mon père. A l’époque quand mes oncles venaient de France ce n’était pas Pointe-Noire qui était l’étape obligée après Brazzaville, mais bien Baratier!
Puis vinrent les guerres qui ont complètement ravagées la cité qui était sans doute la plus atteinte du Pool. Celle de 1999 surtout. Tous les habitants avaient fui, la forêt a repris ses droits, et Kibouendé étaient le siège du plus gros contingent de ninjas errants, experts en culture du cannabis.
Aujourd’hui Kibouendé-Baratier ne brille plus de tous ses feux que dans nos coeurs. Il ne s’est jamais relevée de ces affres. La mort du chemin de fer n’a pas aidé, surtout que les routes goudronnées (celle de Bzv/Kinkala au sud et Bzv/Mindouli/Pointe Noire au nord) passent très loin de la localité qui en appelle à une route de jonction depuis deux décennies, en vain. Le rebaptisation de l’avenue de la gare en avenue Denis Sassou Nguesso a été l’intervention jugée la plus utile par les autorités. Aujourd’hui regroupé dans la communauté des communes de la vallée de la Madzia, le coin a besoin d’investissements sérieux.
Par Hervé Mahicka
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