Congo Brazzaville. De l’incivisme dans les lycées de la Capitale

Opinion d'un ancien Proviseur

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Ouabari Mariotti. Source photo: sacer-infos

TRIBUNE. Certains milieux scolaires de Brazzaville, Capitale du Congo, particulièrement des lycées, deviennent à la surprise générale, le théâtre hallucinant d’un dangereux développement d’un incivisme qui se caractérise de diverses formes.

Ont été signalés, il y a quelque temps, des affrontements des groupes adverses de lycéens, sur l’esplanade du Lycée Savorgnan de Brazza, dans le quartier Bacongo, avec une fâcheuse extension des échauffourées sur l’avenue de l’OUA, à proximité du camp de la Gendarmerie Nationale.

Il a été également relevé un accrochage identique, entre élèves, au Lycée Thomas Sankara, et dans les rues adjacentes, à Mikalou-Kombo, secteur Nord de Brazzaville.

Ce sont là deux scènes de débordement d’élèves qui se sont déroulés, face à des passants, paisibles citoyens éberlués, et en présence des éléments de force publique. Alertés, ceux ci ont adopté une attitude particulière afin de s’adapter à la situation, jouant la carte de la sécurisation des lieux, adjointe à la retenue et l’apaisement, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Tout dernièrement, au Lycée Technique du 5 Février 1979, avenue du Maréchal Gallieni, au quartier Mpila, l’on ne sait pour quels motifs, le Drapeau National, symbole de la République, a été profané. L’étendard tricolore, vert jaune rouge a été descendu de son mât, sans autre forme de procès, devant un attroupement d’élèves, et remplacé par une pièce d’étoffe noire, servant d’emblème.

Le lever et le baisser du drapeau ne constitue ni une décoration, ni un élément d’aménagement. C’est une opération à caractère symbolique pour affirmer l’engagement à la République et rendre hommage à la Nation. En hissant la bannière noire, en lieu et place du Drapeau National, les acteurs d’un tel acte avaient quelle intention? Je ne m’y avancerai pas.

Dans l’histoire des peuples, la bannière noire serait la représentation de la la mort et de la rébellion. Elle a été utilisée par les pirates et les anarchistes. Pour la première fois, en 1830, elle est brandie, en France, où elle flotte sur l’Hôtel de Ville de Paris, pendant l’insurrection de juillet. Le pavillon noir a été également déployé comme un emblème politique islamiste. Le Parti Fondamentaliste Somalien, le Hizbul Islam, se l’est approprié à la fin des années 2000.

L’agissement contre le Drapeau Congolais au Lycée Technique du 5 Février 1979 a valu la fermeture, jusqu’à nouvel ordre, de l’établissement. De sévères mesures disciplinaires contre les personnels administratif et enseignant ainsi qu’à l’endroit des élèves ont suivi.

Ainsi est posé le problème du phénomène de l’incivisme dans trois lycées de Brazzaville. Trois structures de formation, et non des moindres, dans le paysage scolaire du Congo, aussi bien en personnel d’encadrement, enseignant et administratif confondus, qu’en effectif d’élèves. Ce à quoi s’ajoute la place de ces établissements dans la formation au second cycle d’enseignement des jeunes.

L’incivisme au lycée est donc un comportement social grave. Il pourrait se muer en fait social. Si l’on n’y prend garde, les actes posés dans les trois lycées de Brazzaville pourraient s’étendre à d’autres établissements du pays d’autant que les causes pourraient être les mêmes partout. Parce que le civisme s’apprend comme les mathématiques, les langues vivantes, la physique-chimie, l’histoire-géographie, les sciences de la vie et de la terre, la technologie. Des matières scolaires, voire des enseignements obligatoires. Les règles du civisme ne sont pas innées. Ne les a pas apprise, les ignore. Il en découle le comportement incivique décrié.

Le civisme est un engagement qui commence à l’école. Ainsi, l’éducation au civisme a un impact majeur sur le climat à l’école. D’une part, elle amène les élèves à prendre conscience de ce que le patrimoine de l’école est un bien public, donc le leur. De l’autre, elle influe sur leur environnement et leur relation avec le personnel de l’établissement.

Si ce n’est encore fait, l’enseignement civique et moral doit rentrer dans les programmes des collèges et lycées. Il vise à préparer à l’exercice de la citoyenneté et de comprendre les valeurs de la République.

Au delà de l’apprentissage de l’instruction civique et morale à l’école, manière pédagogique d’inculquer aux élèves les bons principes du civisme et de la morale, autre chose pourrait contribuer à stabiliser les élèves. Il n’en demeure pas moins vrai que les conditions matérielles et le niveau des structures d’accueil à l’école déterminent eux aussi l’état d’esprit des élèves. L’établissement scolaire, en lui même, du point de vue de ses équipements, les moyens et l’environnement de travail qu’il offre sont indispensables au même titre que les cours de civisme.

Les pouvoirs publics devraient revenir à la question tant réclamée de la bourse de lycée et de collège, aide financière de l’Etat accordée sous des normes de ressources pour permettre aux familles éligibles d’assurer les frais liés à la scolarité de leurs enfants. L’internat mixte, au lycée, est une autre préoccupation. Fut un temps où ces apports financiers de la Nation à la formation des élèves, en sus des enseignements ont bien existé, les périodes où le Congo était moins pourvu en ressources qu’aujourd’hui. Ils ont quasiment disparu. La volonté politique pourrait les ressusciter. En sortiraient gagnants la Nation, le système éducatif, les élèves, les parents d’élèves et la cohésion nationale.

Ce sont là les quelques avis de l’enseignant que je suis, de surcroit, ancien Proviseur du Lycée Victor Augagneur-Karl Marx, sur les actes d’incivisme qui prévalent dans les lycées de Brazzaville.

Paris 8 février 2024

Ouabari Mariotti

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