À Gaza, un cessez-le-feu de plus en plus fragile

L’ONU a prévenu mardi que le cessez-le-feu à Gaza apparaît de plus en plus fragile, alors que se poursuivent les frappes israéliennes ainsi que les activités armées menées par le Hamas et d’autres groupes. « Loin des projecteurs, la situation à Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, ne cesse de se dégrader », a dit le Sous-Secrétaire général des Nations Unies chargé du Moyen-Orient, de l’Asie et du Pacifique, Khaled Khiari, lors d’un débat au Conseil de sécurité consacré à la question palestinienne, dans un contexte de fortes tensions régionales. Bien que des efforts diplomatiques soient en cours afin de consolider le cessez-le-feu à Gaza et mettre en œuvre la phase II du Plan d’ensemble du Président américain Donald Trump visant à mettre fin au conflit dans l’enclave palestinienne, les pourparlers relatifs au désarmement du Hamas et des autres groupes armés n’ont, à ce jour, abouti à aucun accord, s’est-il inquiété, évoquant des craintes quant à un éventuel retour à des hostilités généralisées. Violence des colons en Cisjordanie Le haut responsable onusien a également signalé qu’en Cisjordanie, la fréquence et la gravité des agressions perpétrées par les colons continuent de s’intensifier. Des communautés palestiniennes entières sont désormais régulièrement confrontées à des actes de violence meurtrière, de vandalisme et de harcèlement, souvent en présence de soldats israéliens, voire avec leur participation, a-t-il dénoncé, exhortant dans la foulée les autorités israéliennes à prendre des mesures immédiates pour y mettre un terme. Il a également indiqué que la situation dans les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie demeure alarmante. Les opérations militaires israéliennes et les restrictions d’accès ont entraîné le déplacement prolongé de plus de 33 000 résidents issus des camps de réfugiés de Jénine, de Tulkarem et de Nour Chams. Ces camps demeurent en grande partie désertés, marquant ainsi la crise de déplacement la plus vaste et la plus durable qu’ait connue la Cisjordanie depuis plusieurs décennies. Tony Blair met en avant des progrès L’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, est intervenu en sa qualité de membre du Conseil exécutif du Conseil de la paix dans le cadre du Plan d’ensemble américain visant à mettre fin au conflit à Gaza. Il a exhorté les membres du Conseil de sécurité de l’ONU à apporter un soutien politique « clair et constant » à la mise en œuvre du Plan d’ensemble, et à mobiliser des contributions financières en faveur de la réponse humanitaire et du relèvement à Gaza. « L’espoir réside dans les progrès substantiels réalisés dans la mise en œuvre du plan du Président [Trump] », a-t-il affirmé. Ces avancées se traduisent notamment par la création du Comité national pour l’administration de Gaza et par le déploiement progressif de la force internationale de stabilisation, qui a déjà achevé sa mission d’évaluation préalable. L’ancien Premier ministre britannique a également mis en avant les efforts de mobilisation financière, indiquant que plus de 7 milliards de dollars d’engagements fermes avaient été réunis pour soutenir Gaza. Opération dans le camp de Qalandiya De son côté, le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, a exprimé, mardi la préoccupation de l’ONU concernant des informations selon lesquelles l’armée israélienne a mené lundi une opération de 18 heures à l’intérieur et aux abords du camp de Qalandiya, situé dans le gouvernorat de Jérusalem, en Cisjordanie. « Cette opération a impliqué des fouilles à grande échelle, des détentions et des restrictions de mouvement, entraînant des blessures, des dégâts matériels et le déplacement temporaire de Palestiniens », a-t-il noté. Les forces israéliennes ont également fermé des barrages routiers existants et érigé des monticules de terre dans les zones avoisinantes, provoquant la fermeture temporaire d’écoles et de cliniques, tout en entravant l’accès des ambulances. Le porte-parole a souligné que cette opération s’inscrit « dans une tendance récurrente ayant entraîné des pertes humaines, des déplacements de population, des dommages aux biens civils et des restrictions d’accès, en particulier dans les camps de réfugiés ». ONU
Gaza : 71 milliards pour survivre et reconstruire

Après deux ans de guerre à Gaza, l’addition est vertigineuse : 71,4 milliards de dollars seront nécessaires sur dix ans pour relever l’enclave palestinienne, selon un rapport de l’Union européenne, de l’ONU et de la Banque mondiale. L’urgence est immédiate : 26,3 milliards doivent être mobilisés dès les 18 prochains mois pour remettre en marche les services vitaux, rebâtir des infrastructures dévastées et relancer une économie à l’arrêt. Un chantier colossal, à la mesure de l’ampleur des destructions et de la crise humanitaire. Au-delà de l’estimation globale des besoins de reconstruction, le rapport détaille également l’ampleur des destructions causées par le conflit et qui sont estimées à 35,2 milliards de dollars. Les pertes économiques sont évaluées à 22,7 milliards de dollars, ce qui porte le montant total estimé des effets du conflit sur les biens matériels à 57,9 milliards de dollars. Le rapport ne se limite pas aux seules pertes financières globales et précise également les secteurs les plus gravement touchés, notamment le logement, la santé, l’éducation, le commerce et l’agriculture. Près de 372 000 logements ont été détruits ou endommagés, plus de la moitié des hôpitaux sont hors service, la quasi-totalité des écoles ont été détruites ou endommagées, et l’économie à Gaza s’est contractée de 85 %. Logement en tête des priorités de reconstruction Au-delà du constat des destructions, le rapport hiérarchise les besoins de reconstruction par secteur. Le logement arrive en tête avec 16,2 milliards de dollars. Suivent l’agriculture et le système alimentaire (10,5 milliards de dollars), la santé (10 milliards de dollars) ainsi que le commerce et l’industrie (9 milliards de dollars). Ces secteurs représentent ensemble près des trois tiers des besoins totaux de reconstruction et constituent les « priorités les plus urgentes », selon le document. Sur le plan géographique, ce sont les gouvernorats de Gaza et du Nord de Gaza qui ont subi les dégâts les plus importants. Par rapport aux conflits de 2014 et 2021, le niveau de destruction dans la bande de Gaza est d’une ampleur tout à fait différente. Emploi, sécurité alimentaire et services sociaux Si les destructions se concentrent dans certaines zones, le rapport élargit le constat aux effets humains dans l’ensemble de la bande de Gaza. Il met en évidence l’impact catastrophique sur le développement humain dans toute l’enclave palestinienne, dont le retard est estimé à 77 ans. Environ 1,9 million de personnes ont été déplacées, souvent à plusieurs reprises, et plus de 60 % de la population a perdu son logement. Près des trois quarts de la population active de Gaza avant le conflit ont perdu leur emploi, ce qui a entraîné un taux d’emploi de 9,3 %. Cette situation, combinée aux pertes d’emploi en Cisjordanie, a entraîné une baisse de treize points de pourcentage du taux combiné pour la Cisjordanie et Gaza, le plaçant parmi les plus bas de la base de données de la Banque mondiale. Face à l’effondrement de l’emploi, le document détaille les priorités immédiates de relèvement. La lutte contre l’insécurité alimentaire, les besoins en matière de protection sociale, les questions d’accès au logement, la reprise de l’éducation, ainsi que le soutien en santé mentale et psychosocial aux populations font ainsi partie des besoins à court terme. Nécessité d’un accès humanitaire sans entrave Le rapport identifie aussi plusieurs autres urgences immédiates, notamment la reprise des services de base tels que la santé, l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH) et le déblaiement des décombres. Les coûts de déblaiement et de gestion de plus de 68 millions de tonnes de débris s’élèvent à eux seuls à plus de 1,7 milliard de dollars. Ces priorités opérationnelles immédiates supposent toutefois des conditions sécuritaires et humanitaires minimales. Selon l’ONU et ses partenaires, un cessez-le-feu durable et une sécurité adéquate constituent des conditions minimales. « Un accès humanitaire sans entrave doit être le fondement du relèvement », insiste le rapport, relevant que la libre circulation des personnes et des biens à l’intérieur et entre Gaza et la Cisjordanie sont essentiels. « La communauté internationale doit mobiliser des ressources de manière ciblée, séquentielle et coordonnée, et tous les obstacles au déploiement de l’expertise et des équipements doivent être levés rapidement », conclut le rapport. ONU
RDC : détérioration sécuritaire dans l’Est malgré l’élan diplomatique

La situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se détériorer malgré la multiplication des initiatives diplomatiques, a déclaré l’Envoyé spécial des Nations Unies dans la région des Grands Lacs d’Afrique, Huang Xia, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, mercredi. Les débats au Conseil ont été marqués par un échange vif entre le Rwanda et la RDC, chacun accusant l’autre de violations des engagements pris. Les divergences restent en effet profondes : la RDC exige le retrait immédiat des troupes rwandaises, tandis que le Rwanda met en avant la menace du groupe armé des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Plusieurs délégations ont appelé, lors de la réunion, à un cessez-le-feu vérifiable et à la mise en œuvre des accords de paix de Washington et de Doha. Erosion de la confiance Dans son exposé, Huang Xia a pointé l’érosion de la confiance entre acteurs de la région qui entrave la concrétisation des engagements politiques. « Depuis mon exposé en octobre dernier, si la région a connu une intensification notable des initiatives diplomatiques, la situation sécuritaire et humanitaire s’est détériorée de façon préoccupante », a-t-il dit. Ces initiatives diplomatiques incluent la signature des Accords de Washington le 4 décembre 2025 et la reprise des négociations à Washington, les 17 et 18 mars, après la prise temporaire d’Uvira, au Sud-Kivu, par le groupe armé M23 en décembre ; l’établissement du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez‑le‑feu et l’adoption des termes de référence du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus à Doha ; la reprise, cette semaine, des pourparlers de Doha entre les représentants du gouvernement de la RDC et ceux de l’AFC/M23, co-facilités par le Qatar et les États-Unis ; et au niveau continental, les efforts africains se sont intensifiés autour du Médiateur de l’Union africaine. Malgré ces efforts, a tempéré l’Envoyé spécial, les violences ont pris une dimension nouvelle, marquée par l’utilisation croissante de technologies militaires avancées : attaques de drones, brouillage et spoofing GPS, bombardements. La mort tragique d’une employée du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) le 11 mars à Goma, dans la province du Nord-Kivu, en offre un rappel douloureux, a-t-il estimé. « Ce Conseil ne peut se permettre de voir se reproduire un cycle de violence qu’il examine depuis trop longtemps. La mise en œuvre intégrale des résolutions 2773 (2025) et 2808 (2025) est urgente », a-t-il affirmé. Dans ce contexte, M. Xia a demandé l’appui du Conseil pour exiger des parties au conflit des avancées concrètes. Selon lui, la priorité immédiate est l’instauration d’un cessez-le-feu effectif, vérifiable et pleinement respecté. Sa crédibilité dépend de l’opérationnalisation complète du Mécanisme de surveillance et du Mécanisme de vérification, dont les fonctions de surveillance, de vérification et de rapport sont essentielles pour rétablir une dynamique de désescalade. Impliquer les femmes De son côté, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Sima Bahous, a avancé que la paix en RDC ne sera assurée que lorsque les femmes ne seront plus considérées comme des victimes collatérales, ni leurs corps comme des butins de guerre, mais comme des actrices autonomes au service de la stabilité, de la responsabilité et de la paix. « Sans sécurité, les femmes ne peuvent exercer leur leadership, et sans leur leadership, les efforts de paix et de relèvement sont voués à l’échec », a-t-elle dit. Selon elle, il en va de même pour l’ensemble de la région. Mme Bahous a formulé trois demandes au Conseil de sécurité. Elle a réclamé une représentation égale des femmes dans les efforts de rétablissement de la paix en RDC et dans l’ensemble de la région. Elle a relevé que les Accords de Washington sont totalement muets sur la place des femmes, sur les questions de genre et même sur les violences sexuelles qui constituent à la fois une caractéristique emblématique et un facteur déterminant du conflit. Elle a appelé à protéger la mission de paix de l’ONU, la MONUSCO, ainsi que son mandat essentiel en RDC. Elle a cité le fait que des militantes et des défenseures des droits humains ont bénéficié de sa protection ou encore le fait que les Casques bleus adaptent leurs patrouilles en fonction des alertes reçues de la part de femmes locales. Mme Bahous a réclamé un soutien aux organisations de la société civile dirigées par des femmes et une protection de l’espace civique. « Nous pourrions autonomiser des milliers de femmes actrices de la paix dans la région des Grands Lacs, à un coût bien inférieur aux dépenses militaires, et obtenir des résultats nettement supérieurs », a-t-elle dit. ONU
À la lisière du Sahara, les Nigériennes de retour au pays reconstruisent leur vie

ZOOM. L’odeur sucrée des arachides grillées embaume l’air jusque dans la rue. Il est à peine huit heures du matin dans le quartier Sabon Gari de Tahoua, mais les femmes sont déjà au travail et ont commencé à décharger la moto bleue à trois roues. Amina observe le ballet des travailleuses, les yeux brillants, et slalome aisément entre les ouvrières et les sacs de cacahuètes empilés contre le mur. Elle n’est plus cette femme dont la vie tenait autrefois dans quelques valises sur un trottoir de Tripoli. Aujourd’hui, elle est connue dans le quartier sous un autre titre : la Présidente. Ici, à la lisière du Sahara, au sud du Niger, là où les terres agricoles cèdent peu à peu la place aux vastes pâturages du nord, l’inattendu s’est produit. Tahoua est depuis longtemps une étape sur les routes migratoires qui mènent vers la Libye et au-delà. Pendant des décennies, la cité était surtout connue comme un lieu de passage vers le nord. Mais dans cette ville située au cœur de la région d’Ader, des femmes comme Amina commencent à faire de ce lieu autre chose. Leurs histoires parlent de retour, de reconstruction et d’avenir, un avenir qui ne repose pas sur le risque de tout perdre en empruntant des routes migratoires dangereuses. La vie d’Amina a toujours été marquée par la migration. Aînée d’une fratrie de trois enfants, elle est née en Libye après que ses parents aient quitté le Niger au début des années 1990 à la recherche d’un emploi. « Ils sont partis parce qu’il n’y avait pas d’opportunités ici à l’époque », explique Amina. Pendant trente ans, la famille a reconstruit sa vie en Libye. Puis, en 2015, tout a basculé. Son père est décédé de manière inattendue, emportant avec lui la stabilité qui maintenait la famille unie. « Quand mon père est décédé, tout s’est effondré », se souvient Amina d’une voix calme. « C’était lui qui subvenait aux besoins de la famille. Après cela, nous n’avions même plus de quoi payer le loyer. Nous avons fini par vivre dans la rue. » Luttant pour survivre, la famille a pris la difficile décision de retourner au Niger. C’était un retour dans un pays qu’Amina n’avait jamais vraiment connu, un endroit que ses parents avaient quitté bien avant sa naissance. Ce retour a apporté un certain soulagement. Le fait d’être entourés par leur famille élargie les a aidés à se sentir moins seuls. Mais ce soulagement n’a pas résolu leur problématique la plus urgente : ils devaient reconstruire leur vie. Partout au Niger, la migration continue de façonner d’innombrables vies. Rien qu’en 2025, environ 4,4 millions de migrants ont été recensés dans les dix points de suivi des flux migratoires gérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans le cadre de sa Matrice de suivi des déplacements (DTM) dans le pays. Ces chiffres impressionnants restent souvent abstraits pour beaucoup. Pourtant, derrière ces chiffres se cachent des histoires comme celle d’Amina : une famille à la recherche d’opportunités, confrontée à des risques inattendus et qui tente quand même de se reconstruire. Dans la région de Tahoua, l’OIM a aidé plus de 3 000 personnes grâce à des programmes de protection et de réintégration. Ces initiatives comprennent un soutien psychosocial, des formations et des activités génératrices de revenus qui aident les personnes de retour à recommencer leur vie. Et la vie d’Amina a changé lorsqu’elle a rejoint la coopérative Tatalin Jarin Mata. Au début, elle y a trouvé quelque chose de simple : un lieu où travailler et apprendre aux côtés d’autres femmes qui étaient également revenues après un parcours de migration. Mais ce travail l’a marquée plus profondément. Elle a pu se former à la gestion budgétaire, aux systèmes d’épargne et la prise de décision collective. Peu après, la coopérative a pu s’équiper de motos à trois roues, de bétail et d’outils qui leur ont permis de commencer à produire de l’huile et de la pâte d’arachide. « Au début, nous n’étions pas rassurées », raconte Amina. « Mais petit à petit, nous avons compris que nous pouvions y arriver ensemble. » La coopérative a démarré avec huit femmes. Aujourd’hui, elle a doublé de taille et compte seize membres qui travaillent dans plusieurs domaines d’activité. Outre la production d’huile d’arachide, les employées gèrent des services de livraison et organisent des petites ventes au détail. Le groupe emploie également quatre chauffeurs pour faire les livraisons à moto. « Regardez-nous maintenant ! », s’exclame Amina. « Avant, notre subsistance dépendait toujours de quelqu’un. Aujourd’hui, nous vivons dans une maison en dur, nous payons notre loyer, et si un de nos enfants tombe malade, nous allons directement à la pharmacie sans avoir besoin de personne. » Longtemps invisibles, elles font entendre leur voix, reprennent confiance en elles et retrouvent leur place dans des sociétés profondément régies par des normes patriarcales. La petite boutique de la coopérative est progressivement devenue un lieu de rencontre dans le quartier. Les chauffeurs viennent y chercher leurs livraisons et des jeunes femmes s’arrêtent pour poser des questions sur le fonctionnement de l’entreprise. Pour beaucoup à Tahoua, la coopérative est devenue la preuve que le retour au pays peut ouvrir de nouvelles possibilités. Le rôle d’Amina a également évolué. Au sein du groupe, elle a été élue présidente, et elle est désormais chargée de prendre certaines décisions et de représenter la coopérative lors des réunions avec les autorités locales et les partenaires. Elle n’est plus « la migrante ». Elle est devenue « la présidente ». Lors des réunions de quartier, on lui donne la parole. Et lorsqu’elle s’exprime, en particulier devant les jeunes tentés par ce qu’elle appelle le mirage libyen, on l’écoute. « Lorsque des jeunes me disent qu’ils veulent partir pour la Libye, je leur explique à quoi ressemble vraiment la vie là-bas », dit-elle. « Parfois, la réalité est très différente de ce qu’on imagine. » Elle les encourage plutôt à envisager de trouver un travail plus proche de chez eux. La coopérative est devenue une véritable école pour ces jeunes femmes : elles acquièrent des compétences techniques et y trouvent quelque chose de moins tangible
Guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix menace d’aggraver la faim dans le monde

L’escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait entraîner une flambée des prix des denrées alimentaires et du carburant, avertit une agence des Nations Unies, qui craint des répercussions au-delà de la région et une aggravation de la faim dans le monde parmi les populations les plus vulnérables. Dix jours de guerre, qui ont fait vaciller Téhéran et embrasé le Moyen-Orient, perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement, font grimper les coûts et affaiblissent le pouvoir d’achat des familles. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les personnes qui étaient auparavant en situation précaire pourraient être poussées vers une insécurité alimentaire encore plus grave. Le conflit entraîne déjà des répercussions immédiates sur la sécurité alimentaire au Moyen-Orient. Au Liban, d’importants déplacements internes ont lieu au sein d’une population qui est confrontée depuis plusieurs années à une forte insécurité alimentaire. Transport maritime, énergie et engrais En Iran, les pressions économiques préexistantes aggravent la crise. La stagnation économique, la forte inflation alimentaire et la dépréciation rapide de la monnaie étaient à l’origine de l’insécurité alimentaire avant le conflit actuel, laissant les ménages avec une capacité limitée à absorber de nouveaux chocs. À Gaza, si certains points de passage ont depuis rouvert, les prix des denrées alimentaires restent élevés, ce qui continue de limiter l’accès à une alimentation abordable. Au-delà du Moyen-Orient, le conflit provoque de « graves perturbations » dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, avec un scénario sans précédent de « double goulot d’étranglement » pour le transport, qui affecte les marchés du transport maritime, de l’énergie et des engrais, avec des répercussions évidentes. Cette situation se matérialise déjà dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial. Les perturbations dans cette voie de transit pour environ 20 % des expéditions mondiales de pétrole et de gaz, ont entraîné « une baisse du trafic maritime, une hausse des risques navals et le détournement ou la suspension du fret commercial ». Risque d’inflation mondiale Le PAM avertit que si le conflit s’intensifie, la combinaison du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, autre passage stratégique pour le commerce mondial, pourrait créer « un scénario sans précédent de double goulot d’étranglement pour le commerce mondial et les flux énergétiques ». « Si le scénario actuel devait perdurer, la hausse des prix du pétrole devrait entraîner une augmentation des prix des denrées alimentaires à l’échelle mondiale », prévient l’agence onusienne dans son dernier rapport de situation. La situation actuelle menace non seulement les marchés mondiaux, mais complique aussi l’acheminement de l’aide humanitaire vers les populations vulnérables. « Cela augmente le risque que les personnes attendent plus longtemps pour recevoir de l’aide et soient confrontées à une insécurité alimentaire et à une malnutrition accrues ». Plus largement, ces tensions sur le détroit d’Ormuz font grimper les prix du carburant et du transport. Selon le PAM, cela accentue donc « le risque d’une nouvelle inflation mondiale, avec des répercussions sur les prix des denrées alimentaires dans le monde entier ». Routes et ports alternatifs Face à ces tensions et à la flambée des coûts, le PAM a obtenu des concessions auprès des compagnies maritimes pour faciliter l’acheminement de l’aide. L’agence onusienne indique avoir négocié « avec succès » la suppression des surcharges d’urgence imposées par les principaux transporteurs maritimes. L’objectif est d’alléger la charge financière qui pèse sur le PAM et d’autres partenaires humanitaires. Alors que les fermetures d’espace aérien et de certaines routes maritimes continuent de limiter les opérations, le PAM s’adapte pour maintenir la continuité de l’aide. Il s’agit notamment de s’appuyer davantage sur les fournisseurs et les routes de transit en Turquie, en Égypte, en Jordanie et au Pakistan, ainsi que d’utiliser les corridors terrestres entre les Émirats arabes unis et le Levant lorsque cela est possible. Les ports égyptiens, pleinement opérationnels, et le canal de Suez sont aussi mis à contribution pour soutenir les opérations régionales des agences humanitaires. ONU
Plus de neuf pays sur 10 menacés par le déclin de leurs rendements agricoles

CLIMAT ET ENVIRONNEMENT. Plus de 90 % des pays du monde devraient connaître une baisse des rendements de leurs cultures vivrières d’ici la fin du siècle, selon les nouvelles projections des Nations Unies. Même avec des scénarios climatiques plus favorables et des efforts d’adaptation agricole, la tendance reste alarmante. Ces données, publiées mercredi par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), reposent sur l’analyse de 19 000 régions, réparties dans 176 pays. Elles montrent que le changement climatique menace directement la productivité agricole et, avec elle, le bien-être humain à l’échelle mondiale. « Le changement climatique n’est pas seulement un défi environnemental, c’est une crise majeure du développement », a résumé Pedro Conceição, spécialiste du développement humain au PNUD. Un fléau mondial L’étude s’appuie sur six cultures de base – maïs, riz, blé, soja, manioc et sorgho – et modélise leurs rendements selon deux trajectoires : un scénario optimiste d’émissions de gaz à effet de serre limitées et un autre autre, plus pessimiste. Dans tous les cas, les résultats convergent : pour chaque degré celsius de réchauffement, la production mondiale annuelle de ces six cultures vivrières devrait diminuer de 4,4 % par rapport aux besoins actuels. Un impact inégal Les données montrent que les régions qui constituent aujourd’hui les greniers à blé modernes, ainsi que les pays aux économies plus fragiles et aux technologies plus obsolètes – subiront les pertes les plus importantes. Les États-Unis par exemple, plus grand producteur de maïs au monde, pourrait voir ses rendements diminuer d’un tiers dans certaines régions d’ici le milieu du siècle, ce qui laisse craindre un rétrécissement de la « ceinture du maïs » américaine en l’absence d’adaptation significative. L’Afrique subsaharienne et certaines régions d’Asie sont, elles aussi, particulièrement vulnérables, car elles disposent de moins de ressources pour s’adapter aux changements climatiques. Le Burkina Faso, par exemple, pourrait voir ses rendements baisser de 46 % d’ici 2050. Les économies productrices de blé et de soja ne sont pas à l’abri. En cas de réchauffement climatique important, elles enregistrent les plus fortes pertes de rendement, avec des baisses pouvant atteindre 40 %, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les prix alimentaires, le commerce et la stabilité mondiale. Des conditions géographiques déterminantes Les données du PNUD concluent que les régions confrontées aux chaleurs les plus extrêmes démontrent une plus grande résistance aux changements climatiques, leurs agriculteurs s’étant déjà adaptés à un climat hostile. À l’inverse, les régions côtières sont particulièrement menacées : la montée rapide du niveau de la mer pourrait submerger des terres de cultures entières. Le sud du Vietnam, par exemple, risque de perdre 6 % de ses terres agricoles d’ici 2050, en l’absence d’une meilleure protection de son littoral. Un enjeu au coeur de la COP 30 Ces conclusions font écho à la Déclaration de Belém sur la faim, la pauvreté et l’action climatique centrée sur l’humain, publiée à la veille de la COP 30, qui se déroulera la semaine prochaine au Brésil. Ce texte souligne que les systèmes alimentaires et l’équité doivent être au cœur des stratégies climatiques mondiales. L’étude du PNUD montre également que la réduction des émissions est cruciale : lorsque les pays réduisent leurs émissions à des niveaux modérés, les pertes de récoltes d’ici 2100 sont inférieures à la moitié de celles prévues dans les scénarios d’émissions élevées. « La voie vers un avenir durable et équitable réside dans une action climatique centrée sur l’humain », a déclaré Pedro Conceição. « Garantir à chaque personne l’accès à une alimentation suffisante, nutritive et fiable n’est pas seulement une question de survie ; c’est un fondement de la dignité humaine et du développement ». ONU
Nucléaire iranien : un cap franchi au Conseil vers un possible retour des sanctions

Le Conseil de sécurité de l’ONU a rejeté, vendredi, un projet de résolution visant à prolonger l’allègement des sanctions internationales dont bénéficie jusqu’ici Téhéran dans le cadre de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Si aucun texte n’est adopté d’ici la fin du mois, les sanctions contre le pays pourraient être rétablies automatiquement. Accusant l’Iran de violer ses engagements nucléaires, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont enclenché, fin août, une procédure visant à rétablir les mesures coercitives qui visaient le pays avant l’accord de Vienne de 2015. Ce mécanisme dit de « snapback », ou retour en arrière, autorise tout signataire de l’accord à demander un rétablissement des sanctions en cas de non-respect par Téhéran de ses obligations. Le Conseil dispose alors de 30 jours pour s’opposer à une telle demande. À l’issue de ce délai, les sanctions sont automatiquement rétablies. Techniquement, les membres du Conseil ont encore un peu plus d’une semaine pour adopter une résolution similaire à celle rejetée vendredi. Mais un tel scénario supposerait une percée diplomatique dans les jours à venir. Négocié il y a dix ans dans la capitale autrichienne, le Plan d’action global commun avait pour but de garantir le caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien, sous la surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en échange d’un allégement des sanctions contre le pays. Mais l’édifice, fragilisé depuis le retrait des États-Unis en 2018, s’est fissuré au fil des années, au point de paraître aujourd’hui à bout de souffle. L’escalade de l’été L’alerte avait été lancée au mois de juin par l’AIEA. Selon son directeur général, Rafael Grossi, Téhéran dispose désormais de plus de 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, un seuil proche du niveau requis pour fabriquer l’arme nucléaire. « Une telle accumulation ne peut s’expliquer par un usage civil crédible », avait-il averti. Les inspections de certains sites étant bloquées depuis 2021, l’agence avait reconnu avoir « perdu la continuité de sa connaissance » du programme iranien.AIEA, Ces constats alarmants se sont accompagnés, durant l’été, d’une escalade militaire entre l’Iran et Israël. Pendant plusieurs jours, Tel Aviv a bombardé des sites nucléaires et militaires iraniens, entraînant des frappes de représailles. Le 21 juin, l’armée américaine a ciblé trois installations sensibles à Fordo, Ispahan et Natanz. Si l’AIEA a assuré qu’aucune hausse de radiation n’avait été détectée, la confrontation a accentué les craintes d’un embrasement régional. Dans ce contexte, les Européens ont choisi d’appuyer sur l’interrupteur nucléaire diplomatique le mois dernier, en déclenchant la procédure de snapback. Pour Londres, Paris et Berlin, il s’agit autant de sauver ce qui peut l’être de l’édifice de Vienne que de contraindre Téhéran à revenir à la table des négociations, alors que le Plan d’action global commun arrive à expiration le 18 octobre. Une lueur d’espoir a accompagné la conclusion, le 10 septembre, d’un accord entre l’AIEA et l’Iran ouvrant la voie à la reprise des inspections dans les sites nucléaires du pays, suspendues depuis l’escalade militaire de juin. M. Grossi a salué à cette occasion « un pas important dans la bonne direction ». Contestation de la Russie, la Chine et l’Iran Pour la Russie, la procédure activée par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, est nulle et non avenue. Son ambassadeur, Vasily Nebenzya, a jugé que la « prétendue notification » par les trois pays du déclenchement du mécanisme, dans un courrier adressé au Conseil le 28 août, n’avait « aucune force juridique au procédural ». Il a proposé une « alternative diplomatique » pour relancer les négociations, sous la forme d’un projet de résolution russo-chinois, qui prolongerait l’accord de Vienne pour une durée de six mois. Invité à la réunion du Conseil, l’ambassadeur iranien, Amir-Saeid Iravani, a également contesté la validité de cette notification, tout en dénonçant la politique du « deux poids de mesure » manifestée par les frappes du mois de juin sur son pays. « Le programme nucléaire iranien ne sera pas détruit par des bombes, ni modifié par des sanctions ou écarté de sa voie pacifique. […] La porte de la diplomatie n’est pas fermée. Mais ce sera l’Iran, non pas ses adversaires, qui décidera avec qui discuter », a-t-il dit. Washington, Paris et Londres assument le « snapback » Côté britannique, la lecture est strictement procédurale. Pour l’ambassadrice Barbara Woodward, tout ce qui est nécessaire pour un retour des sanctions, est une notification par un État signataire d’une violation des engagements iraniens. « Et c’est tout ! ». Mme Woodward a toutefois indiqué que son pays restait attaché à trouver une solution diplomatique à l’impasse actuelle. Les États-Unis, eux, ont tiré les conséquences du rejet de la résolution : « Faute de nouvelle action du Conseil, les sanctions de l’ONU contre l’Iran d’avant 2015 sont réimposées à l’issue de la période de rétablissement de 30 jours, le 27 septembre », a tranché la représentante américaine Dorothy Shea, tout en soulignant que ce rétablissement « n’empêche pas une véritable diplomatie ». La France a insisté sur l’escalade du programme iranien et sur l’offre d’extension temporaire déposée par les Européens. « Nous n’avons donc d’autre option que de soutenir la poursuite de la procédure de snapback », a expliqué l’ambassadeur Jérôme Bonnafont, tout en rappelant les conditions de l’offre européenne actuellement sur la table pour une sortie de crise négociée : « reprise d’une coopération effective […] avec l’AIEA » – y compris l’accès aux sites sensibles –, des « rapports spéciaux », notamment sur l’uranium enrichi à 60 %, et la « reprise de négociations directes et sans condition avec les États-Unis ». Et de préciser : « Notre offre d’extension reste sur la table jusqu’à la fin du délai des 30 jours ». Sauf inflexion diplomatique rapide, la perspective d’un prochain rétablissement des sanctions contre l’Iran et, avec lui, de l’effondrement de l’accord de Vienne, se rapproche à grands pas. ONU
L’ONU somme Israël de renoncer au projet de colonie E1, qui couperait la Cisjordanie en deux

Alors qu’Israël est sur le point de prendre le contrôle militaire de la ville de Gaza, un nouveau front s’ouvre en Cisjordanie. Le gouvernement israélien a donné mercredi son feu vert définitif à la création de la colonie dite E1, à l’est de Jérusalem – en plein territoire palestinien occupé. Un projet illégal, selon l’ONU, qui couperait la Cisjordanie en deux, compromettant, de fait, la création d’un État palestinien. Depuis Yokohama, au Japon, António Guterres a sonné l’alarme. « Toute construction de colonies constitue une violation du droit international », a rappelé le Secrétaire général de l’ONU. S’il voyait le jour, le projet romprait le dernier corridor entre la ville palestinienne de Ramallah, au centre de la Cisjordanie, et celle de Bethléem, plus au sud. Et le chef de l’ONU d’ajouter : « La décision des autorités israéliennes d’étendre la construction illégale de colonies, divisant ainsi la Cisjordanie, doit être révoquée ». Initialement élaboré dans les années 1990, puis rejeté sous la pression internationale, le plan approuvé par Israël consiste à implanter 3.400 logements dans un espace de 12 kilomètres carrés, qui relierait Jérusalem-Est à la colonie israélienne de Maalé Adoumim. Une menace existentielle La nouvelle colonie de peuplement accentuerait l’isolement des localités palestiniennes. Déjà fragmentée par le mur de séparation et la présence de nombreux checkpoints, la Cisjordanie se verrait transformée en un puzzle inextricable. « La poursuite de ce projet représente une menace existentielle pour la solution à deux États », a averti mercredi le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. « Il diviserait le nord et le sud de la Cisjordanie et aurait de graves conséquences pour la contiguïté territoriale du territoire palestinien occupé ». La zone concernée est actuellement habitée par environ 5.000 Palestiniens, lesquels ont reçu l’ordre d’évacuer avant l’arrivée des bulldozers. Les médias rapportent que l’opération de destruction de leurs habitations pourrait commencer dès jeudi. Face à ce tournant, António Guterres réitère son appel au gouvernement israélien : mettre fin « immédiatement » à la colonisation, respecter le droit international et se conformer aux résolutions des Nations Unies, ainsi qu’à la jurisprudence de Cour internationale de justice. Dans un avis consultatif rendu en juillet 2024, la plus haute juridiction des Nations Unies avait en effet conclu à l’illégalité de l’occupation israélienne. Onu