Afrique. Le petit jeu de la CEDEAO et les trois scénario de la crise du Niger

TRIBUNE. 1. Retour à l’ordre constitutionnel via le retour aux affaires de M. Bazoum. Un scénario de plus en plus difficile à envisager de par le ralliement de beaucoup de pays africains aux putschistes et surtout de l’opinion favorable de l’ensemble des populations du Sahel au courage du nouveau régime.

2. Refus des putschistes au retour de Bazoum suivi de l’Opération militaire de la CEDEAO pour arrêter ou tuer les officiers auteurs du coup d’état. Christopher Musa, le Chef d’état-major de la République Fédérale du Nigéria précisait hier mercredi sur la Voix de l’Amérique : “Nous sommes prêts et en position, nous attendons le feu vert du président Tinubu”. Les putschistes nigériens avec l’appui du Burkina Faso et du Mali résistent.

À leur combat se joignent l’Algérie, la Guinée, la Mauritanie, conférant ainsi une dimension continentale à la guerre prolongée sur une longue durée, avec d’énormes pertes en vies humaines, l’implosion de la Cedeao, l’autodétermination de chaque ancienne colonie française et la disparition de la monnaie Franc CFA.

3. Cette réaction musclée de la coalition Mali-Burkina Faso et Niger peut aussi entraîner une guerre totale dans la région du Sahel avec l’intervention des puissances militaires étrangères.

Ce scénario est à prendre au sérieux suite aux dernières déclarations d’un officiel français Gilles Platret au micro de Radio Sud : « La France ne quittera pas le Niger. D’après le sondages, poursuit-il, on a conclu que la France doit rester militairement présente en Afrique et ailleurs. Son retrait coûterait très cher à terme. Nous avons besoin de rester très présent sur le continent africain. Niger est la seule base qui nous reste après avoir été chassés d’autres pays. Il y’a des intérêts stratégiques évidents pour la France de rester présente. Notre intérêt principal est de rester présent sur place le plus longtemps possible ». Il ajoute même à la fin « Nous ( français ) devons rester ici sinon c’est la dégringolade totale de la France qui le paiera cher dans l’avenir. Il y a donc un intérêt national».

En d’autres mots, ce qui se passe au Niger touche directement et au plus haut point les intérêts de la France et devient d’un point de vue stratégique une question de vie ou de mort pour l’Hexagone qui poussera la France à intervenir militairement en soutien aux forces de la Cedeao, et bien évidemment sous le mandat de la fameuse Communauté internationale. Voilà pourquoi hier mercredi l’Etat-major français déclarait « le départ des forces armées françaises du Niger n’est pas à l’ordre du jour… »

Par ailleurs, la Russie déjà en guerre en Ukraine ne réussit pas à ouvrir un second front et se contente des déclarations de soutien. La Chine quant à elle se préparant à se défendre militairement dans l’éventuelle guerre contre les Usa au Taïwan décide de garder une position équilibriste en se mettant à l’écart du conflit du Sahel. Ce qui laisse libre cours aux forces coalisées extérieures occidentales ayant déjà des bases militaires au Niger et donc une très bonne connaissance du terrain.

Cette intervention coordonnée (Cedeao et France et alliés) des armées bien équipées sur le sol comme en l’air, avec des matériels sophistiqués de communication, provoquera alors un chaos généralisé dans le Sahel et l’effondrement du Niger, du Mali, du Burkina Faso et… du Sénégal où Macky Sall s’emploie à y créer lui-même les conditions du même chaos qu’il organise pour sa survie politique.

Dans la projection stratégique de la France et alliés, l’effondrement de l’ensemble de ces pays par leur système sécuritaire, économique et social va servir à créer trois effets domino :

a) la réinstallation des présidents à la légitimité douteuse et pro-occidentale : Mahamat Idriss Derby au Tchad, Macky Sall revenu à un troisième mandat pour sauver le pays en feu et Bazoum rétabli sous le prétexte de l’ordre constitutionnel;

b) l’organisation d’une parodie d’élection démocratique au Mali/ Burkina Faso pour y installer comme jadis des hommes liges, des pions du système néolibéral;

c) et enfin la réorganisation et le renforcement de l’entreprise des djihadistes au Sahel et au Maghreb qui, nous le savons depuis la chute de Kadhafi, sont devenus les bras armés des forces impérialistes pour déstabiliser l’Afrique, l’affaiblir et rendre ses ressources plus facilement accessibles et exploitables à peu de frais.

Le défi majeur pour les puissances occidentales et orientales , c’est l’instauration sur me continent africain d’un nouvel ordre politique contrôlé de l’extérieur dans ce nouvel environnement géopolitique où l’Afrique semble pouvoir relever la tête. Leur stratégie consiste à diviser des populations au sein d’un même pays ensuite de diviser et d’opposer des gouvernements africains les uns contre les autres pour imposer leur loi. Le collaborationnisme de certains régimes africains devenant l’arme des puissances extérieures.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le récent discours du président E. Macron : « Conformément aux échanges que j’ai eus avec mes homologues, une nouvelle transformation (de la doctrine militaire française en Afrique) débutera dans les prochains mois et sera basée sur le principe de la co-construction impliquant la diminution visible des effectifs français sur le sol africain et en concomitance une montée en puissance des partenaires africains de la France ».

Ce qui revient à dire que les puissances néocoloniales ont levé l’option d’agir derrière leurs proxies africains à qui Macron et alliés promettent « leur offre de formation, d’accompagnement et d’équipements au meilleur niveau ». C’est donc la mise en place de ce partenariat militaire que Macron qualifie d’un « nouveau modèle d’intimité et d’imbrication entre nos armées ».

Une “intimité” tout de même suicidaire pour l’Afrique mettant en face de nous un nouveau dispositif de guerre de cobelligérance où derrière le Nigéria qui attaque le Niger, il faudra voir une complexité d’acteurs militaires et politiques en présence. Ceci dit, derrière une éventuelle victoire de toutes ces forces, il faudra y voir le retour en force de l’ordre néocolonial et le triomphe de ses méthodes de prédation impitoyable et d’assujettissement des peuples africains.

La seule inconnue redoutable contre ce plan, c’est l’opinion publique des jeunesses populaires africaines informées et averties via les réseaux sociaux et chauffées à blanc pour en découdre avec l’oppression des forces extérieures et intérieures. Le monde veut à tout prix ignorer que l’Afrique dans son ensemble a pris un tournant vers la décolonisation des mentalités et vers la conquête de ses libertés et il devient quasi impossible de l’arrêter.

L’adversaire redoutable de la CEDEAO et des forces impérialistes, ce n’est point les putschistes, mais la farouche soif de liberté des peuples africains dont les putschistes ont juste canalisé les aspirations profondes.

L’avenir à court-terme en Afrique n’est pas si sombre. Il est porteur de fortes promesses de liberté et d’auto-détermination. N’en déplaise à ceux qui refusent de lire les signes de temps!

Par Germain Nzinga

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