
Mahamat Kaka doit craindre Dieu et traduire en justice les personnes citées dans la plainte de l’AILC
PARLONS-EN. Le paradoxe tchadien est explosif : le pays exporte du pétrole depuis 2003, mais son Trésor continue de s’endetter pour boucler ses fins de mois. En août 2026, l’État a levé 29,2 milliards de FCFA sur les 35 milliards recherchés, à des taux allant jusqu’à 6 %. Pendant que les recettes pétrolières devraient renforcer les finances publiques, les tensions de trésorerie persistent et les fonctionnaires en subissent les conséquences. Où passe donc l’argent du pétrole ?
L’affaire SHT–AILC donne à cette question une dimension encore plus inquiétante. Des contrôleurs de l’AILC venus examiner la gestion de la SHT auraient été interpellés et leur matériel saisi. Quelques jours plus tard, Ousmane Abderaman Djougourou, alors patron de l’AILC, était remplacé. L’ancien responsable affirme que ses investigations avaient fait apparaître d’importantes irrégularités présumées dans la gestion et la commercialisation du pétrole. Pourquoi ceux qui contrôlent les comptes pétroliers se retrouvent-ils écartés au moment où leurs investigations deviennent sensibles ?
Plus grave encore, des sources proches du dossier évoquent des mouvements financiers pouvant atteindre 3,5 milliards de dollars, soit près de 2 000 milliards de FCFA, sur un compte lié à la SHT logé à AbuDhabi. Une accusation d’une telle ampleur impose une enquête immédiate. Comptes bancaires, contrats, virements, cargaisons et bénéficiaires doivent être examinés.
À cette affaire s’ajoute la plainte attribuée à l’AILC visant notamment Tahir Hamid Nguilin, ministre des Finances, et Idriss Brahim Mahamat Itno, directeur du Budget, autour de soupçons de détournement, de faux et de prises illégales d’intérêts liés notamment à des exonérations fiscales accordées à des entreprises pétrolières. Ces accusations doivent être vérifiées et les personnes citées doivent pouvoir se défendre. Mahamat Kaka ne peut pas laisser planer le doute, il doit garantir que la justice examine le dossier sans protection politique, familiale ou clanique.
C’est là que la responsabilité du chef de l’État est directement engagée. Mahamat Kaka doit craindre Dieu, mais surtout faire prévaloir la justice et l’intérêt du peuple tchadien. Les personnes citées dans une plainte officielle ne doivent être ni condamnées d’avance ni protégées d’avance. Elles doivent être entendues, les documents examinés et les responsabilités établies. La SHT n’est pas une propriété familiale, le pétrole n’est pas une caisse privée et le budget de l’État n’est pas le patrimoine d’un clan.
Pendant ce temps, le peuple paie. Le Trésor emprunte, les intérêts s’accumulent et les fonctionnaires ne doivent pas devenir la variable d’ajustement d’une gestion financière défaillante. Les 29,2 milliards de FCFA levés en août devront être remboursés. Voilà le paradoxe qui scandalise : un pays producteur de pétrole qui s’endette régulièrement pour tenir jusqu’à la fin du mois, alors que des soupçons graves entourent la gestion de ses ressources stratégiques. Chaque franc détourné ou gaspillé est un franc qui manque aux salaires, aux hôpitaux, aux écoles et au développement.
Le temps des arrangements doit prendre fin. Mahamat Kaka doit ouvrir les livres, laisser la justice travailler et traduire devant les juridictions compétentes toute personne dont l’implication serait établie, quel que soit son rang ou sa proximité avec le pouvoir. Les comptes de la SHT doivent être audités, les flux pétroliers retracés et les conclusions rendues publiques. Si tout est propre, que les preuves soient publiées. Si les accusations sont fausses, qu’elles soient démontées. Et si l’argent du peuple a été détourné, que personne ne soit protégé. Le pétrole appartient au Tchad, pas à une famille, pas à un clan, pas à un système.
Par Makaila N’guebla
Journaliste
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