SENEGAL. Au perchoir, Sonko joue au sphinx… pendant que Kirikou s’agite dans la cour de récréation

LIBRES PROPOS. Ce que je retiens de la première séance plénière dirigée par le tout nouveau président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, c’est moins le vacarme habituel que le contraste saisissant entre le calme du maître de cérémonie et l’agitation des fauteurs de trouble.

Face aux provocations, aux interruptions et aux gesticulations du très remuant Abdou Mbow, affectueusement rebaptisé « Kirikou » par ses détracteurs, le nouveau locataire du perchoir a affiché un calme olympien, presque déroutant. Pas de cris, pas de nervosité, encore moins de panique : juste une autorité tranquille, celle qui n’a pas besoin de taper du poing pour rappeler qui tient le gouvernail.

L’homme que certains voulaient voir éternellement dans l’opposition vient de démontrer, une fois de plus, qu’il sait enfiler les costumes que le devoir lui impose. Après la rue, les tribunaux, les campagnes électorales et la Primature, le voilà au perchoir, avec la même aisance qu’un chef d’orchestre devant une partition qu’il connaît par cœur.

Et ceux qui connaissent « Pros » savent qu’il a parfois le verbe taquin et le chambrage facile. Oui, il peut balancer le fauteuil de la Présidence dans la joute politique, mais il rappelle surtout une chose essentielle : les hommes passent, les fauteuils bougent, les institutions, elles, restent debout.

Pendant que certains confondent l’hémicycle avec une cour de récréation et l’opposition avec un concours de décibels, Sonko, lui, s’est installé dans le costume du président de l’Assemblée avec la sérénité d’un vieux briscard. Et à voir certains visages déconfits, le perchoir semble plus lourd à regarder qu’à porter.

Une première séance qui aura finalement livré une image inattendue : d’un côté, un Kirikou qui gigote pour exister ; de l’autre, un Sonko impassible, assis sur son perchoir comme un sphinx, laissant les turbulences s’épuiser d’elles-mêmes.

Car, au fond, le bruit fait toujours plus de vacarme que l’autorité. Mais c’est rarement lui qui écrit l’histoire.

Par Malick BA

Journaliste

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