Kristalina Georgieva : « L’économie mondiale semble tenir bon »

Face au choc de la guerre au Moyen-Orient

L’économie mondiale continue de faire preuve de résilience face au choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient, selon la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). « L’économie mondiale semble tenir bon », a souligné Kristalina Georgieva dans une récente analyse sans toutefois occulter les fortes disparités entre pays et régions.

Bien que la guerre ait alimenté la hausse des prix des produits de base, ravivé les tensions inflationnistes et affecté les conditions financières, « à ce jour aucun signe de ralentissement mondial n’est apparu », a affirmé la patronne du FMI qui relève, par ailleurs, un fort dynamisme économique des deux grandes puissances mondiales que sont les États-Unis et la Chine.

Pour autant, cette résilience mondiale apparente masque des disparités considérables, les pays importateurs d’énergie et ceux dont la marge de manœuvre est restreinte étant les plus vulnérables. En effet, « certains pays avancés et certains pans de leur population ont été frappés plus durement que d’autres », a fait savoir Kristalina Georgieva citant l’exemple de l’Afrique où les répercussions négatives du conflit sont plus nettes.

A cela s’ajoute le fait que le niveau d’incertitude et de risque demeure élevé en raison de la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz et des dommages causés par les combats aux infrastructures au Moyen-Orient.

« Au déclenchement des hostilités, nous nous sommes d’abord inquiétés des répercussions du conflit sur les prix de l’énergie et du possible effet d’entraînement sur l’inflation », se souvient-elle reconnaissant que ces répercussions ont d’ailleurs été considérables.

Bien que le pétrole se négocie aujourd’hui à des prix [30] % supérieurs à ce qu’ils étaient avant la guerre, il faut pourtant noter que « les prix actuels sont inférieurs à ce qu’ils étaient plus tôt dans le conflit, malgré la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz », a-t-elle souligné.

Certains pays, dont la Chine, sont parvenus à atténuer les perturbations en puisant dans leurs importantes réserves de pétrole, contribuant ainsi à réduire les pressions exercées par la demande dans les pays d’Asie.

Si l’augmentation de la production et le recours à des raffineries situées à l’extérieur de la région du Golfe n’ont pas suffi à absorber entièrement le choc, ces mesures ont néanmoins permis de « contenir l’augmentation des cours du pétrole », a-t-elle noté, estimant, en outre, que les mesures prises pour limiter la demande et la transmission des prix ont atténué les répercussions du conflit jusqu’à présent.

Les conditions financières restent accommodantes

La dirigeante du FMI relève également que les marchés financiers ont aussi fait preuve de résilience. « Les taux de rendement des obligations d’Etat ont augmenté considérablement depuis le début de la guerre, mais les actifs risqués ont rebondi grâce à de bons résultats, et nous n’observons aucun véritable signe d’une fuite plus importante vers la sécurité ». 

Soulignons également le rôle prépondérant joué par les investissements technologiques massifs, et plus particulièrement par ceux réalisés dans l’intelligence artificielle (IA) et les centres de données dans les pays où l’activité économique se maintient. C’est le cas des Etats-Unis qui bénéficient actuellement de ce cycle technologique mondial, tout comme les pays asiatiques dont les exportations de technologie se sont raffermies.

En somme, « une combinaison de résilience économique et de progrès technologiques a permis d’amortir les effets du choc énergétique sur la croissance mondiale », a conclu la DG du FMI expliquant que si certains pays se sont à cet égard distingués, d’autres ont été frappés plus durement en raison de leur emplacement géographique, de leur degré de dépendance énergétique et de la marge de manœuvre dont ils disposaient.

Alain Bouithy

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