Burkina Faso : le boom de l’or propulse la croissance à 5,3 % en 2025 (FMI)

Portée par l’envolée des cours de l’or, l’économie burkinabè a enregistré en 2025 sa meilleure performance depuis plusieurs années, selon le Fonds monétaire international (FMI). PAGESAFRIK.COM présente une synthèse des principaux constats de l’institution sur  l’évolution récente de l’économie du pays, tels qu’exposés dans son rapport au titre des consultations de l’article IV.

La croissance s’est accélérée en 2025 grâce au boom minier.

La croissance du PIB réel a atteint 5,3 %, la contribution grandissante de l’extraction d’or et des services associés renforçant une tendance observée depuis la consultation de 2024 au titre de l’article IV. En revanche, la contribution de l’agriculture n’a progressé que de 0,3 point de pourcentage du PIB par rapport à 2024, car les précipitations se sont normalisées et la production de coton a reculé. Dans le secteur minier, la croissance a rebondi de -6,7 % en 2024 à 1,9 % en 2025, bien que, selon certaines déclarations, elle ait été atténuée par l’adoption du nouveau code minier, notamment les modifications portant sur les modalités de participation de l’État, la durée des permis et les exigences d’approvisionnement local.

L’inflation est devenue négative en 2025 en raison d’effets de base

Alors que l’inflation mesurée par l’IPC s’est établie à 4,2 % en 2024, l’IPC moyen a reculé de 0,5 % en 2025, essentiellement sous l’effet de la baisse des prix alimentaires, elle-même due à une plus grande disponibilité des céréales dans l’ensemble de la zone UEMOA. En 2026, l’inflation moyenne sur 12 mois est restée négative et a poursuivi sa décrue en avril, tandis que l’inflation en glissement annuel est devenue positive tous les mois sauf au mois d’avril. L’évolution en glissement mensuel est aussi devenue positive, signalant une reprise de l’inflation à un rythme annuel d’environ 2,4 %.

La flambée des cours de l’or a dopé les exportations et fait basculer le solde courant en territoire excédentaire, reflétant une hausse de 70 % du ratio prix or/pétrole en 2025

Après un bond de 44 % des prix de l’or, les exportations ont progressé de 63 %, l’or représentant presque 90 % du total. Les importations, tirées par une forte demande de produits pétroliers, ont augmenté de 12 %. En conséquence, le solde des transactions courantes, qui affichait un déficit de 3,5 % du PIB en 2024, est passé en excédent de 6,3 % du PIB en 2025. Le secteur minier a attiré d’importants flux d’investissements directs étrangers (IDE), tandis que les placements des titres publics sur le marché régional expliquent le rebond des entrées de portefeuille. Globalement, la position extérieure en 2025 a été nettement plus solide que ne le justifient les fondamentaux et les politiques souhaitables.

Le rééquilibrage budgétaire opéré en 2025 a dépassé les attentes

Alors que les déficits budgétaires en 2023–24 dépassaient 6,0 % du PIB en moyenne, l’exercice 2025 s’est clôturé sur un déficit de 1,8 % du PIB, nettement inférieur à l’objectif de 4,0 % fixé lors de la troisième revue au titre de la FEC. La stricte discipline budgétaire a permis un ajustement de 4,0 points de pourcentage du PIB par rapport à 2024, qui a produit un excédent primaire de 0,4 % du PIB. Le montant total des recettes et des dons a augmenté de 1,6 point de pourcentage du PIB grâce à la hausse des recettes minières et des recettes tirées des prix réglementés des produits pétroliers (plus-values). Les autorités ont respecté le plafond d’investissement public fixé dans le budget rectificatif de 2025 et affecté les recettes exceptionnelles tirées de l’or et de l’énergie à la réduction du déficit. Les dépenses et les prêts nets ont reculé de 2,4 points de pourcentage du PIB, sous l’effet d’une baisse de 2,5 points de pourcentage des investissements financés sur ressources intérieures. La maîtrise de la masse salariale a contribué à hauteur de 0,5 point de pourcentage, tandis que des subventions imprévues plus élevées qu’anticipé à l’électricité et au butane ont réduit l’ampleur de l’assainissement. Cet aspect était déjà anticipé au moment de la 4e revue, ce qui a incité les autorités à renforcer le suivi des subventions au butane, réservées aux ménages, ce qui est difficile à appliquer. La rigueur de l’exécution budgétaire a été maintenue au T1 2026, avec un excédent déclaré de 0,6 % du PIB.

Les conditions de financement intérieures et régionales se sont quelque peu détendues

Les rendements moyens des nouveaux titres publics ont diminué, passant de 9,3 % en mars 2024 (le chiffre déclaré lors de la consultation de 2024 au titre de l’article IV) à 8,2 % en 2025, et même à 7,1 % en avril 2026. Néanmoins, l’échéance moyenne a elle aussi diminué, passant de 4,6 ans en mai 2024 à 3 ans en avril 2026 (graphique 3 du texte). Conformément à la stratégie de gestion de la dette à moyen terme, la part des obligations non syndiquées à plus d’un an est passée de 45 % des émissions en 2024 à 53 % en 2025, ce qui a permis au Trésor burkinabè d’allonger très légèrement l’échéance moyenne de la dette publique, de 6,6 ans en 2024 à 6,7 ans en 2025. Le net recul des besoins de financement intérieur a également joué en ce sens (le déficit s’étant réduit et le financement extérieur, à hauteur de 1,3 % du PIB, en couvrant les trois quarts). L’appétit des investisseurs demeurant vif et les soumissions dépassant les objectifs, une nouvelle amélioration du profil de la dette intérieure pourrait intervenir en 2026, à moins que les retombées du conflit au Moyen-Orient ne viennent peser sur le climat régional. L’amélioration des conditions de liquidité dans la région et l’assouplissement monétaire progressif (la BCEAO a réduit ses taux de 25 points de base le 4 mars 2026) ont soutenu cette demande.

La liquidité bancaire intérieure s’est également redressée, mais les prêts improductifs et l’évolution de la situation sécuritaire dans la région continuent de peser sur la dynamique du crédit

La monnaie au sens large a augmenté de 18,3 % en 2025, tirée par les flux de trésorerie du secteur minier ; cependant, on observe une dégradation des indicateurs de solidité financière. Le ratio des prêts improductifs, qui s’établissait à 8,9 % fin 2024, a atteint 10,9 % à fin juin 2025 (un chiffre supérieur à la moyenne de l’UEMOA). Cette dégradation reflète sans doute une vérification et un suivi insuffisants de la qualité des emprunteurs, ainsi que des effets décalés de la pandémie de COVID-1 et la crise sécuritaire en cours. Le crédit au secteur privé s’est contracté de 4,1 % en 2025 après avoir reculé de 2,2 % en 2024. Cette baisse continue tient à une combinaison de facteurs :

  1. le remboursement des avances dues depuis la période de la COVID-19, dont certaines ont bénéficié d’une prolongation d’échéance ;
  2.  la liquidité abondante dans le secteur minier et les secteurs liés, qui comptent désormais en grande partie sur leurs ressources propres pour se financer ;
  3. un appétit relativement faible pour le crédit hors du secteur minier en raison de préoccupations sécuritaires et iv) la réticence des banques à prêter au-delà des secteurs établis comme le coton et l’exploitation minière. Les banques locales ont refinancé la dette du Niger et du Sénégal arrivée à échéance, qui, pour la plupart des banques, représente une faible part de leur bilan. Les autorités ont créé la société holding Yennenga Holding BFA, qui n’est pas encore en activité, pour consolider les participations dans trois banques et une entreprise de réassurance afin d’améliorer les performances et de faciliter la syndication des prêts pour les grands projets publics.

Les risques de surendettement extérieur et de surendettement public sont modérés.

L’analyse de viabilité de la dette (AVD) indique des risques « faibles » de surendettement en ce qui concerne la dette publique extérieure et la dette publique globale sur la base de signaux mécaniques. Compte tenu de la forte dépendance à l’égard des exportations d’or, des risques de détérioration des finances publiques, de la vulnérabilité aux phénomènes météorologiques extrêmes et de l’instabilité de la situation sécuritaire, les services du FMI continuent d’exercer leur jugement et estiment que les risques sont « modérés ».

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